Johnny sort de prison après dix-huit mois d'incarcération pour contrefaçon, période durant laquelle il a découvert une véritable passion pour la cuisine et la littérature. Il trouve rapidement un emploi de cuisinier dans un petit restaurant new-yorkais où travaille Frankie, une serveuse solitaire et méfiante, échaudée par de nombreuses déceptions amoureuses passées. Johnny tombe rapidement sous le charme de cette femme farouche et multiplie les tentatives d'approche, se heurtant à chaque fois à sa résistance et à sa peur de s'engager de nouveau. Peu à peu, à travers leurs échanges au sein de ce restaurant devenu un véritable microcosme, une relation sincère et fragile commence à se tisser entre ces deux êtres abîmés par la vie.
Frankie et Johnny adapte la pièce de théâtre à succès Frankie and Johnny in the Clair de Lune, écrite par le dramaturge Terrence McNally et créée off-Broadway avec Kathy Bates et F. Murray Abraham dans les rôles principaux. Le réalisateur Garry Marshall, fort du succès de Pretty Woman sorti l'année précédente, souhaite explorer un registre plus intimiste, centré sur deux êtres ordinaires plutôt que sur un conte de fées hollywoodien. Terrence McNally lui-même retravaille son texte original pour l'adapter au format cinématographique, en élargissant notamment le cadre du restaurant et en développant plusieurs personnages secondaires. Le choix de confier les rôles principaux à Al Pacino et Michelle Pfeiffer, deux acteurs au glamour hollywoodien affirmé, suscite d'emblée la controverse, le texte original ayant été pensé pour des interprètes à l'apparence plus ordinaire. Ce choix de casting traduit néanmoins la volonté de Garry Marshall de proposer une œuvre grand public tout en conservant l'émotion brute de la pièce originale. Le compositeur Marvin Hamlisch est chargé d'écrire une partition intimiste destinée à accompagner cette histoire d'amour tardive entre deux âmes solitaires.
À sa sortie, Frankie et Johnny reçoit un accueil critique globalement positif, la presse saluant la performance sensible d'Al Pacino et Michelle Pfeiffer malgré les réserves initiales suscitées par leur glamour naturel. Le New York Times évoque un mélodrame infaillible sous la direction habile et manipulatrice de Garry Marshall, tout en reconnaissant que le film parvient à préserver l'intimité propre au sujet traité. D'autres critiques, à l'image de Time Out, se montrent plus sévères, jugeant que le naturel du texte original se perd légèrement sous le vernis hollywoodien de la mise en scène. Le public accueille chaleureusement ce nouveau film porté par le duo Pacino-Pfeiffer, retrouvant les deux acteurs pour la première fois depuis Scarface dans un registre pourtant totalement opposé. Les spectateurs saluent particulièrement la justesse émotionnelle des scènes de dialogue entre les deux personnages principaux, ainsi que la tendresse portée par les seconds rôles, notamment celui du voisin homosexuel de Frankie. Le film rencontre un succès commercial honorable sans pour autant égaler les scores impressionnants de Pretty Woman. Kate Nelligan remporte le British Academy Film Award de la meilleure actrice dans un second rôle pour sa prestation, tandis que Michelle Pfeiffer obtient une nomination aux Golden Globes dans la catégorie meilleure actrice de comédie ou de film musical, confirmant la reconnaissance critique de son interprétation.
Kathy Bates, qui avait créé le rôle de Frankie sur scène et menait campagne pour reprendre ce personnage au cinéma, voit finalement le rôle attribué à Michelle Pfeiffer, un choix qui suscite une certaine polémique compte tenu de la beauté très hollywoodienne de l'actrice pour incarner une serveuse désabusée. Jeff Bridges est un temps pressenti pour incarner Johnny avant que le rôle ne soit finalement confié à Al Pacino, qui retrouve ainsi Michelle Pfeiffer près d'une décennie après leur collaboration sur Scarface. Le tournage se concentre en grande partie sur les décors intérieurs du restaurant, conçu par l'équipe artistique comme un véritable petit village urbain selon les mots mêmes de Garry Marshall, favorisant une convivialité de tous les instants entre les personnages secondaires. Nathan Lane, encore peu connu du grand public au moment du tournage, y campe le voisin gay et confident de Frankie, un rôle qui contribuera par la suite à sa reconnaissance sur les plateaux hollywoodiens.
Frankie et Johnny explore avant tout la solitude urbaine et la difficulté de se reconstruire après une série d'échecs sentimentaux, thème incarné avec force par le personnage de Frankie, méfiante envers tout nouvel élan amoureux. Le film interroge également la place du hasard et de la rencontre inattendue dans la construction du bonheur, deux êtres que rien ne semblait destiner à se croiser trouvant finalement du réconfort l'un auprès de l'autre. La peur de la vulnérabilité et de l'abandon occupe une place centrale, Frankie exprimant à plusieurs reprises son angoisse de souffrir de nouveau si elle se laisse aller à aimer de nouveau. Le film célèbre aussi la beauté des seconds départs et des amours tardives, loin des clichés de la comédie romantique juvénile habituelle. Enfin, l'œuvre valorise la sincérité et la persévérance patiente comme véritables moteurs d'une relation amoureuse durable, à travers l'insistance douce mais constante de Johnny.
Après de nombreuses tentatives infructueuses pour percer la carapace protectrice de Frankie, Johnny finit par la convaincre, lors d'une conversation nocturne particulièrement intense, de laisser tomber ses défenses et d'accepter enfin de vivre pleinement ses sentiments malgré la peur qui les accompagne. Frankie exprime alors ouvertement ses angoisses les plus profondes, avouant sa fatigue d'avoir toujours peur, que ce soit de la solitude ou, à l'inverse, de l'engagement amoureux. C'est sur les notes du Clair de Lune de Claude Debussy, diffusé de manière presque miraculeuse à la radio au moment précis de cet aveu, que les deux personnages parviennent enfin à une véritable communion émotionnelle. Le film se conclut sur cette scène de réconciliation et d'apaisement mutuel, sans toutefois offrir de certitude absolue quant à l'avenir du couple, préférant laisser planer une note d'espoir teintée de réalisme. Cette fin en clair-obscur souligne la philosophie du film : l'amour véritable ne dissipe pas totalement les peurs, mais offre la force nécessaire pour continuer d'avancer malgré elles.
Le titre original de la pièce, Frankie and Johnny in the Clair de Lune, fait explicitement référence à la célèbre pièce pour piano Clair de lune de Claude Debussy, qui occupe une place symbolique cruciale dans le dénouement de l'histoire, servant de catalyseur à la scène de réconciliation finale entre les deux personnages. Le titre du film, simplifié en Frankie et Johnny, s'inspire par ailleurs d'une ancienne ballade populaire américaine narrant une histoire d'amour tragique entre deux amants du même nom, référence culturelle bien connue du public anglophone de l'époque. Ce choix de titre, en reprenant simplement les prénoms des deux protagonistes, met l'accent sur la dimension intime et universelle de cette histoire d'amour tardive plutôt que sur son inscription dans un cadre narratif plus large. La sobriété du titre reflète ainsi fidèlement le ton pudique et sincère adopté par le film tout au long de son récit.
Les amateurs de cette romance tardive et réaliste apprécieront également Marty, la Comédie humaine de Delbert Mann, qui explore avec la même sensibilité la solitude de personnages ordinaires en quête d'amour. On pense aussi à Prête à tout ou plus simplement à Shall We Dance, qui partagent cette même attention portée aux seconds départs amoureux. Green Card de Peter Weir, sorti la même année, propose également une rencontre improbable entre deux personnalités que tout semble opposer.