En 1987, le milliardaire John du Pont invite les frères Schultz — champions olympiques de lutte — à rejoindre son domaine de Foxcatcher Farm pour créer l'équipe nationale américaine de lutte. Mark Schultz accepte, fasciné par cet homme étrange et son argent ; mais les relations entre du Pont, Mark et son frère Dave vont se dégrader vers une conclusion tragique et incompréhensible. Basé sur une histoire vraie, *Foxcatcher* est un drame d'une profondeur psychologique glaciale sur la folie, la dépendance et l'impossibilité de combler certains vides.
Genèse du film
Foxcatcher est basé sur l'histoire vraie des frères Mark et Dave Schultz et de leur relation tragique avec le milliardaire John Eleuthère du Pont, héritier d'une des plus grandes fortunes américaines. En 1996, du Pont avait tué Dave Schultz lors d'un accès de folie qui n'a jamais été totalement expliqué — un crime qui avait choqué le monde sportif américain et posé des questions troublantes sur la nature de cet homme et sur les dynamiques qui s'étaient développées à Foxcatcher Farm. Mark Schultz lui-même a co-écrit un mémoire sur cette période avant que le film ne soit produit. Bennett Miller, réalisateur de Capote (2005) et Moneyball (2011), a été attiré par la façon dont cette histoire illustrait les pathologies de la richesse extrême et du pouvoir dans la société américaine. Steve Carell, connu pour ses rôles comiques, a accepté de se transformer radicalement pour incarner du Pont — prothèse nasale, démarche particulière, regard hanté — dans ce qui allait devenir l'un des contres-emplois les plus saisissants de la décennie. Le scénario, co-écrit par E. Max Frye et Dan Futterman, cherchait à reconstruire l'atmosphère de Foxcatcher Farm et les dynamiques psychologiques qui avaient mené à la tragédie.
Résumé des critiques professionnelles : Foxcatcher a été accueilli comme l'un des drames américains les plus importants de l'année 2014. La presse internationale a unanimement salué les performances de Steve Carell, Channing Tatum et Mark Ruffalo, et la maîtrise formelle de Bennett Miller qui construisait une atmosphère de malaise progressif d'une efficacité redoutable. Steve Carell en particulier a été cité comme livrant la performance de sa carrière, sa transformation physique et psychologique étant jugée stupéfiante par la majorité des journalistes.
Réception du public : Le film a trouvé un public attentif et exigeant, attiré par la réputation de Bennett Miller et la curiosité suscitée par la transformation de Steve Carell. Son rythme lent et sa noirceur absolue le distinguaient des films de sport habituels, mais ceux qui ont accepté de se laisser porter par son atmosphère ont été profondément marqués. Les débats après les projections ont souvent été intenses sur la nature de du Pont et sur ce que son histoire disait de l'Amérique.
Récompenses obtenues : Foxcatcher a reçu cinq nominations aux Oscars 2015, dont Meilleur réalisateur pour Bennett Miller, Meilleur acteur pour Steve Carell, Meilleur acteur dans un second rôle pour Mark Ruffalo et Meilleur scénario original. Bennett Miller a remporté le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2014. Le film a été récompensé dans de nombreuses associations de critiques pour ses performances et sa réalisation.
Inspirations du réalisateur : Bennett Miller a effectué des recherches approfondies sur John du Pont et sur la vie à Foxcatcher Farm, notamment en consultant des archives, des interviews et le témoignage de Mark Schultz lui-même. Il voulait que le film soit d'abord un portrait psychologique d'un homme que personne ne comprenait vraiment, et secondairement un film sur le meurtre qui en a découlé.
Difficultés de production : La transformation de Steve Carell en du Pont — qui impliquait une prothèse nasale, une perruque, et des heures quotidiennes de maquillage — représentait un défi physique et psychologique pour l'acteur. Carell a passé plusieurs mois à observer des vidéos de du Pont pour s'imprégner de sa façon de parler, de se déplacer et de regarder les gens. Channing Tatum a également dû se préparer physiquement pour les scènes de lutte.
Anecdote sur une scène particulière : La scène finale du meurtre — suggérée plus que montrée, selon le style elliptique de Miller — a été l'objet de nombreuses discussions entre le réalisateur et les scénaristes. Miller refusait de montrer la violence frontalement, préférant que la brutalité de l'acte soit portée par ce qu'on ne voit pas mais qu'on comprend.
Thèmes abordés
Foxcatcher est un film d'une densité thématique remarquable sur les pathologies de l'Amérique. La folie de la richesse — l'idée que certains milliardaires développent des délires de grandeur que personne autour d'eux n'ose contredire — est le thème le plus sombre du film. La dépendance financière comme forme de pouvoir absolu est représentée à travers la relation entre du Pont et les frères Schultz — des champions qui ont vendu leur liberté pour de l'argent. Le film explore la masculinité blessée et ses expressions pathologiques — du Pont cherche dans le sport une virilité que son milieu d'origine lui a refusée. La fraternité — le lien indéfectible entre Mark et Dave — est le contrepoint positif de la relation toxique avec du Pont. Le film aborde la reconnaissance comme besoin fondamental — du Pont achète des champions parce qu'il aspire à être aimé et respecté. Enfin, Foxcatcher est une méditation sur la monstruosité ordinaire — la façon dont un homme peut être à la fois généreux et mortellement dangereux.
Explication de la fin
La fin de Foxcatcher suit les faits réels : en janvier 1996, John du Pont abat Dave Schultz dans l'allée de son domaine, sans raison apparente, sous les yeux de témoins. La façon dont Bennett Miller filme cet événement — de loin, presque hors champ, comme si la caméra elle-même refusait de regarder en face — est l'une des décisions artistiques les plus fortes du film. Du Pont s'enferme ensuite dans sa maison pendant deux jours avant d'être arrêté par la police. Le film se conclut sur des cartons qui résument le destin de chacun des protagonistes — du Pont condamné pour meurtre, mort en prison en 2010 ; Mark Schultz qui a mis des années à se reconstruire. C'est une fin sans catharsis, aussi froide et inexplicable que le crime lui-même.
Signification du titre
Le titre Foxcatcher est le nom du domaine de John du Pont — Foxcatcher Farm — qui était également le nom de l'équipe nationale de lutte qu'il avait fondée. "Foxcatcher" signifie littéralement "chasseur de renards" — une référence à la tradition aristocratique britannique de la chasse au renard, parfaitement adaptée à la prétention aristocratique de du Pont. Ce nom dit tout sur les délires de grandeur de cet homme : il se voyait comme un grand seigneur terrien, un mécène de la noblesse sportive américaine. Et le renard qu'il chassait, en fin de compte, c'était peut-être lui-même.
Actualités
Foxcatcher est considéré comme l'un des meilleurs films américains des années 2010 et la performance de Steve Carell reste citée comme l'une des grandes transformations d'acteur de la décennie. Bennett Miller, réalisateur rare qui prend le temps de ses projets, continue de développer de nouveaux films. John du Pont est mort en prison en 2010. Mark Schultz a continué à donner des conférences et à promouvoir son propre récit de cette période difficile de sa vie. Le film est disponible en streaming et reste une référence dans les discussions sur les pathologies du pouvoir et de la richesse.
Films Similaires
Capote (2005) de Bennett Miller partage la même façon de construire un portrait psychologique lent et glacial d'un personnage dérangeant. Nightcrawler (2014) de Dan Gilroy explore avec la même précision un personnage perturbé dans l'Amérique contemporaine. There Will Be Blood (2007) de Paul Thomas Anderson est la référence du portrait de milliardaire américain fou de pouvoir. Prisoners (2013) de Denis Villeneuve partage cette façon de filmer la violence potentielle qui bout sous une surface calme. The Master (2012) de Paul Thomas Anderson explore de même la dépendance psychologique dans une relation d'emprise.