Tom, surnommé « Fourmi » par ses camarades en raison de sa petite taille et de son effacement, est un collégien de 12 ans qui vit dans l'ombre de son grand frère charismatique et de ses parents absorbés par leurs propres vies. Sa rencontre avec un ancien champion de boxe thaïe tombé dans l'alcoolisme va bouleverser son quotidien et lui révéler une force insoupçonnée. *Fourmi* est un beau film d'apprentissage sur la confiance en soi, le courage et la découverte de sa propre valeur, porté par une performance remarquable de son jeune acteur principal.
Fourmi est le premier long-métrage de Julien Rappeneau, fils du célèbre réalisateur Jean-Paul Rappeneau (Cyrano de Bergerac, Le Hussard sur le toit), qui a construit ce projet intimiste autour du thème du dépassement de soi à l'adolescence. Le réalisateur s'est inspiré de ses propres souvenirs d'adolescence et de la figure des entraîneurs sportifs comme passeurs de confiance pour les jeunes en difficulté de construction identitaire. Le scénario, développé sur plusieurs années, s'est nourri de nombreuses rencontres avec des jeunes gens et des éducateurs sportifs pour acquérir la justesse et l'authenticité qui le caractérisent. Julien Rappeneau a choisi de centrer le film sur un personnage non pas exceptionnel ou doté d'un talent spectaculaire, mais ordinaire et invisible — ce que résume parfaitement le surnom de « Fourmi » — pour parler au plus grand nombre. Le casting du jeune Théo Fernandez, totalement inconnu, dans le rôle titre témoigne du même désir d'authenticité qui avait guidé Jean-Bernard Marlin dans Shéhérazade.
Résumé des critiques professionnelles : Fourmi a été accueilli très positivement par la critique française, qui a salué la sensibilité de la mise en scène, la justesse des interprétations — notamment celle du jeune Théo Fernandez, unanimement encensé — et la façon dont le film parle de l'adolescence sans la condescendance ni le sentimentalisme qui guettent ce type de récit. Les journalistes ont souligné la belle maîtrise formelle de Julien Rappeneau pour un premier long-métrage.
Réception du public : Le film a bénéficié d'un très beau bouche-à-oreille et a dépassé les 300 000 entrées en France, un score remarquable pour un film d'auteur à petit budget. Il a particulièrement touché un public familial et les amateurs de cinéma d'apprentissage à la française. Le jeune public s'est reconnu dans le personnage de Tom et dans ses questionnements sur la place que chacun occupe dans sa famille et son monde.
Récompenses obtenues : Fourmi a été nommé dans plusieurs catégories aux Césars 2020, dont le César du meilleur premier film. Théo Fernandez a reçu le César du meilleur espoir masculin, une récompense unanimement applaudie par la profession.
Inspirations du réalisateur : Julien Rappeneau a cité les films de Truffaut — notamment Les 400 Coups (1959) — comme références fondatrices pour la façon dont il voulait filmer l'enfance de l'intérieur, avec la même proximité et la même tendresse sans mièvrerie. Il souhaitait que le film parle à tous les enfants qui se sentent invisibles dans leur propre famille.
Difficultés de production : Travailler avec un acteur enfant en âge de scolarité implique de nombreuses contraintes légales sur le nombre d'heures de tournage quotidiennes, ce qui a exigé une organisation millimétrée du planning. Julien Rappeneau a accordé une grande importance à la préparation de Théo Fernandez, travaillant avec lui pendant plusieurs mois avant le tournage pour construire le personnage et installer la confiance nécessaire.
Fourmi explore avec finesse la question de la visibilité et de l'invisibilité à l'adolescence — cette période douloureuse où l'on ne sait pas encore qui l'on est ni comment occuper l'espace qui est le sien. Le film parle de la fratrie comme premier espace de comparaison et de hiérarchie involontaire, et de la façon dont on peut être écrasé par l'ombre d'un frère ou d'une sœur sans que personne n'ait voulu ce résultat. La figure du mentor — ici un ancien champion déchu — est traitée non pas comme un sauveur mais comme un révélateur : il ne donne pas à Tom quelque chose qu'il n'avait pas, il l'aide à voir ce qui était déjà là. La boxe est présentée comme un espace de discipline, de connaissance de soi et de dignité plutôt que comme un sport de violence. Le film aborde également la question de la transmission entre générations, de ce qu'un adulte abîmé peut encore offrir à un enfant qui cherche son chemin.
La fin de Fourmi est une victoire à la mesure du film : pas un triomphe spectaculaire, mais une affirmation tranquille de soi. Tom, qui a trouvé en la boxe et dans sa relation avec son entraîneur les ressources pour se tenir debout, n'a pas besoin de devenir champion du monde pour gagner — il lui suffit de ne plus se laisser écraser. La scène finale, simple et lumineuse, montre un garçon différent de celui du début : pas transformé de façon irréaliste, mais plus présent, plus ancré, plus lui-même. C'est la victoire que le film attendait dès la première image.
Fourmi est le surnom moqueur donné au héros par ses camarades, en référence à sa petite taille et à son effacement. Ce titre assume pleinement le point de vue de ceux qui ne voient pas encore ce que recèle cet enfant discret. Mais la fourmi, dans l'imaginaire collectif, est aussi l'animal de la persévérance, de la force cachée et du travail invisible qui construit des choses immenses. En choisissant ce titre, Rappeneau retourne l'insulte en programme : ce film parle de ceux dont on sous-estime la force, et qui finissent par prouver que la taille ne détermine pas la grandeur.
Fourmi a révélé Théo Fernandez comme l'un des jeunes talents les plus prometteurs du cinéma français de sa génération, et le César du meilleur espoir masculin a confirmé ce statut. Julien Rappeneau est attendu pour son deuxième long-métrage avec intérêt, Fourmi ayant établi sa singularité de cinéaste. Le film est régulièrement recommandé dans les contextes éducatifs et familiaux comme un exemple de cinéma d'auteur accessible et émouvant.
Fourmi s'inscrit dans la tradition des films d'apprentissage français avec Les 400 Coups (1959) de Truffaut comme ancêtre tutélaire. Billy Elliot (2000) partage le même schéma d'un enfant invisible qui trouve dans une pratique artistique ou sportive les ressources pour exister. Tomboy (2011) de Céline Sciamma explore avec la même finesse les questionnements identitaires de l'enfance. Mon Maître d'école ou La Guerre des boutons sont des références de la tradition du film d'enfance français. Karate Kid (1984) propose la même dynamique du jeune initié guidé par un maître inattendu dans un registre plus hollywoodien.