Un narrateur anonyme, cadre insomniaque englué dans une existence matérialiste et vide de sens, rencontre le charismatique et anarchiste Tyler Durden lors d'un vol. Ensemble, ils fondent un club de combat clandestin où des hommes se retrouvent la nuit pour se battre à mains nues et retrouver une forme de virilité perdue. Ce qui commence comme un exutoire personnel se transforme rapidement en mouvement souterrain aux ambitions radicalement subversives. Le narrateur perd peu à peu le contrôle de ce qu'il a lui-même contribué à créer.
Le film est adapté du roman du même nom écrit par Chuck Palahniuk, publié en 1996 et largement inspiré de son propre passage dans des groupes de thérapie et de son regard critique sur la société de consommation américaine. David Fincher découvre le livre alors qu'il cherche un projet radicalement différent après le succès de Seven, et se reconnaît immédiatement dans la noirceur satirique du texte. Le réalisateur voit dans cette histoire l'occasion de porter un regard féroce sur l'émasculation ressentie par de nombreux hommes d'une génération élevée dans le confort matériel mais privée de repères identitaires forts. Il confie l'adaptation au scénariste Jim Uhls, en veillant personnellement à préserver l'ironie mordante et la structure éclatée du roman original. Brad Pitt et Edward Norton, tous deux au sommet de leur popularité, sont choisis pour incarner les deux facettes opposées et complémentaires du récit. Fincher impose une esthétique volontairement crasseuse et industrielle, en rupture avec le glamour hollywoodien habituel, afin de coller à l'univers désabusé du roman. Le tournage s'étend sur plusieurs mois, avec une attention méticuleuse portée aux détails visuels et aux effets numériques discrets disséminés dans le montage.
Le film déroute une partie de la critique à sa sortie, certains observateurs dénonçant sa violence et son nihilisme apparent, tandis que d'autres saluent immédiatement l'audace formelle de David Fincher et la performance habitée de ses deux acteurs principaux. Plusieurs critiques peinent à cerner le degré d'ironie du film, hésitant entre lecture satirique et adhésion réelle au discours anti-consumériste qu'il met en scène. La mise en scène nerveuse et le twist final sont en revanche unanimement salués pour leur maîtrise technique. Le film s'impose progressivement, avec le recul, comme une œuvre culte majeure de la fin des années 1990. Le public, plutôt réservé lors de la sortie en salles, redécouvre massivement le film grâce à sa diffusion en vidéo, où il connaît un succès phénoménal auprès d'un public jeune qui s'identifie à sa critique de la société de consommation. Le film devient rapidement culte, généreux en répliques et en scènes devenues iconiques de la culture populaire. Cette seconde vie commerciale contraste fortement avec un accueil en salles initialement décevant au regard du budget engagé. Fight Club n'a pas obtenu de récompense cinématographique majeure lors de sa sortie, mais il figure aujourd'hui dans de nombreux classements consacrés aux meilleurs films des années 1990 et a acquis, avec le temps, un statut de classique incontournable du cinéma américain.
David Fincher a délibérément semé des indices visuels annonçant le twist final tout au long du film, notamment de brèves apparitions du personnage de Tyler Durden insérées à l'image avant même sa présentation officielle au spectateur, un procédé que de nombreux fans n'ont repéré qu'au visionnage répété. Edward Norton et Brad Pitt ont suivi un entraînement physique intensif au combat afin de rendre crédibles les nombreuses scènes de bagarre du film. Le tournage a nécessité une importante préparation technique pour les effets numériques discrets disséminés dans le montage, visibles seulement à un rythme subliminal. La production a également dû composer avec la réticence initiale du studio Fox, inquiet de la noirceur et de la violence du projet, ce qui a nécessité plusieurs négociations sur le montage final.
Le film dissèque la crise identitaire masculine dans une société de consommation jugée émasculante et dénuée de sens, où le confort matériel a remplacé toute forme d'accomplissement personnel authentique. Il interroge également la dissociation psychique et la construction d'une identité alternative comme réponse à un profond mal-être existentiel. La critique du capitalisme et de la culture publicitaire traverse l'ensemble du récit, incarnée par les actions de plus en plus radicales du mouvement fondé par les deux personnages. Enfin, le film questionne la frontière entre libération individuelle et dérive totalitaire, le club de combat se transformant progressivement en organisation quasi terroriste.
Le narrateur découvre que Tyler Durden n'existe pas réellement et qu'il s'agit en fait d'une seconde personnalité créée par son propre esprit, dissocié sous l'effet de son insomnie chronique et de son profond mal-être. Cette révélation rétroactive éclaire l'ensemble du récit précédent, chaque scène impliquant Tyler prenant un sens nouveau une fois cette dissociation psychique comprise. Pour reprendre le contrôle de sa propre vie, le narrateur se tire une balle dans la joue, tuant symboliquement sa personnalité alternative sans se donner la mort lui-même. Le film se conclut sur l'effondrement de plusieurs tours bancaires, orchestré par le projet Mayhem, tandis que le narrateur observe la scène aux côtés de Marla, suggérant un possible nouveau départ malgré le chaos engendré.
Le titre Fight Club désigne directement le club de combat clandestin fondé par les deux personnages principaux, qui devient le point de départ d'un mouvement bien plus vaste et radical que sa forme initiale d'exutoire physique entre hommes en quête de sens.
La musique du film, composée par le duo Dust Brothers, mêle sonorités électroniques, samples industriels et rythmes hypnotiques qui accompagnent parfaitement l'atmosphère trouble et urbaine du récit, contribuant fortement à l'identité sonore singulière devenue culte du film.
Fight Club continue d'être régulièrement cité comme l'un des films les plus influents de la fin du XXe siècle, notamment dans les analyses consacrées à la masculinité contemporaine et à la critique du consumérisme. Chuck Palahniuk a par ailleurs évoqué à plusieurs reprises dans la presse sa relation particulière avec l'adaptation cinématographique de son roman, dont la fin diffère sensiblement de celle du livre original.
Les amateurs du film apprécieront American Psycho pour sa critique similaire de la société de consommation à travers un narrateur peu fiable, Seven pour retrouver la noirceur formelle de David Fincher, ou encore Very Bad Trip pour son exploration décalée de la fraternité masculine.