Au XVIIIe siècle, Fanfan, séducteur impénitent, s'engage dans l'armée du roi Louis XV après qu'une bohémienne lui a prédit qu'il épouserait la fille du roi. Intrépide et désopilant, il enchaîne les aventures rocambolesques à travers l'Europe, toujours guidé par sa soif de liberté et son irrépressible appétit pour la vie. Remake du classique de Christian-Jaque (1952) avec Gérard Philipe, cette version moderne mise sur l'humour, l'action et le charme de son duo d'acteurs. Un film de cape et d'épée flamboyant et décomplexé.
Le Fanfan la Tulipe de 2003 est une relecture du film culte de Christian-Jaque sorti en 1952, dans lequel Gérard Philipe incarnait l'un de ses rôles les plus aimés du public français. L'idée de revisiter ce classique du cinéma de cape et d'épée français a été portée par le producteur Tarak Ben Ammar, qui souhaitait offrir à la France une grande production d'aventures populaires à l'échelle européenne. Le réalisateur Gérard Krawczyk, connu pour ses films d'action (Taxi, Wasabi), a été choisi pour son sens du rythme et de la comédie d'action. Le défi était immense : rendre hommage au film original sans tomber dans la copie servile, tout en le modernisant suffisamment pour séduire un public contemporain. Vincent Perez, après des rôles plus dramatiques (Reine Margot, Cyrano de Bergerac), a été choisi pour incarner un Fanfan plus musclé et plus acrobatique que celui de Gérard Philipe. Penélope Cruz, star internationale en pleine ascension, a rejoint le projet pour incarner Adeline, apportant au film une dimension de production européenne de premier plan. Le tournage a mobilisé des moyens considérables pour les décors, les costumes et les cascades, avec des extérieurs tournés dans plusieurs pays européens. La pression de la comparaison avec l'original a pesé sur toute la production, consciente qu'elle touchait à un monument du cinéma populaire français.
Résumé des critiques professionnelles : La critique française a globalement été sévère avec ce remake, le jugeant inférieur à l'original et lui reprochant de sacrifier la poésie et le charme du film de 1952 sur l'autel d'un spectaculaire tape-à-l'œil. Le manque de la grâce naturelle de Gérard Philipe a été fréquemment souligné. Cependant, certains ont salué la bonne humeur communicative du film et ses séquences d'action réussies, reconnaissant en lui un divertissement populaire honnête.
Réception du public : Malgré des critiques mitigées, le film a connu un succès commercial notable en France, attirant plus de 4 millions de spectateurs en salles — un chiffre respectable pour une production hexagonale. Le public populaire, moins exigeant que la critique sur la comparaison avec l'original, a apprécié le film pour ce qu'il était : un divertissement généreux et spectaculaire. Penélope Cruz a contribué à attirer un public international.
Récompenses obtenues : Le film n'a pas été récompensé dans les grandes cérémonies françaises, les Césars lui ayant préféré d'autres productions. Il a cependant reçu quelques nominations techniques pour ses costumes et ses décors, qui représentaient un travail remarquable.
Inspirations du réalisateur : Gérard Krawczyk a déclaré avoir voulu faire un film d'aventures joyeux et énergique, dans la tradition des grands films de cape et d'épée européens des années 1950-1960. Il souhaitait retrouver cet esprit de légèreté triomphante qui caractérisait le cinéma populaire français d'après-guerre, tout en y injectant les codes visuels et le rythme du cinéma d'action contemporain.
Difficultés de production : La coordination des cascades et des combats à l'épée a représenté un défi logistique et artistique majeur. Vincent Perez, acteur athlétique, s'est impliqué personnellement dans la préparation physique du rôle, mais les scènes les plus dangereuses ont nécessité des doublures professionnelles. Le film a également dû gérer le poids psychologique de la comparaison constante avec l'original, ce qui a créé une pression supplémentaire sur l'ensemble de l'équipe.
Anecdote sur une scène particulière : Penélope Cruz, qui ne parlait pas français couramment à l'époque, a tourné toutes ses scènes en anglais, puis été doublée en français pour la version destinée aux salles françaises. Cette contrainte linguistique a parfois créé des décalages dans le jeu mais a aussi donné au personnage d'Adeline une étrangeté et une distance qui correspondent finalement bien au personnage.
Fanfan la Tulipe est avant tout une célébration de la liberté comme valeur suprême, incarnée par un personnage qui refuse toute forme d'enfermement — que ce soit le mariage forcé, la discipline militaire ou les conventions sociales. L'aventure y est présentée comme le seul mode de vie digne d'un homme libre, et la sédentarité comme une forme de mort lente. La comédie romantique se greffe sur ce propos : l'amour, pour Fanfan, ne vaut que s'il est librement choisi et non imposé par la tradition. Le film fait également une satire légère de l'institution militaire et du pouvoir royal, dans une tradition de comédie populaire française héritée de Molière. Le destin et la prophétie jouent un rôle comique : c'est en croyant fuir son destin que Fanfan court vers lui. Enfin, la solidarité entre gens de peu — soldats, bohémiens, marginaux — est un thème discret mais récurrent.
Fanfan accomplit ce qui semblait impossible : il pénètre dans le palais royal, délivre Adeline, et déjoue les complots qui menaçaient tout le monde. La prophétie de la bohémienne se réalise, mais de manière inattendue : Fanfan n'épouse pas la fille du roi au sens littéral, mais la femme qu'il aime, qui se révèle être digne d'un roi. La fin est joyeuse, spectaculaire et festive, dans la tradition du cinéma de cape et d'épée. Fanfan reste fidèle à lui-même jusqu'au bout : libre, imprévisible et triomphant. Le film se clôt sur un happy end chaleureux qui envoie le public dans la rue avec le sourire.
Fanfan la Tulipe est un surnom populaire, un nom de guerre typique des soldats français du XVIIIe siècle, qui aimaient se donner des surnoms fleuris et héroïques. Fanfan est une forme affectueuse et enfantine de François, évoquant à la fois la gaieté, l'insouciance et la faconde. La tulipe, fleur exotique et précieuse à l'époque, ajoute une note d'élégance et d'originalité au personnage. Ce surnom dit déjà tout sur Fanfan : il est populaire, attachant, un peu enfantin, mais aussi distingué à sa manière. C'est un nom qui fait sourire avant même que l'histoire commence.
Depuis sa sortie en 2003, Fanfan la Tulipe a trouvé une vie confortable à la télévision française, où il est régulièrement rediffusé comme divertissement familial. Vincent Perez a poursuivi une carrière éclectique entre cinéma et théâtre. Penélope Cruz est depuis devenue une star mondiale de premier plan, Oscar de la meilleure actrice en 2009 pour Vicky Cristina Barcelona. Le film original de 1952 reste quant à lui une référence absolue du cinéma populaire français, régulièrement programmé dans les cinémathèques.