Fuyant les troubles politiques qui secouent le Bangladesh, le jeune Fahim et son père Nura quittent le pays en laissant derrière eux le reste de leur famille. Arrivés à Paris sans papiers, ils enchaînent les foyers d'accueil sous la menace constante d'une expulsion. Le don précoce de Fahim pour les échecs le conduit à rencontrer Sylvain, entraîneur bourru mais passionné, qui va devenir bien plus qu'un simple mentor. Alors que le championnat de France approche, la partie que joue Fahim sur l'échiquier devient aussi celle de sa régularisation administrative.
Fahim est directement adapté du récit autobiographique Un roi clandestin, coécrit par Fahim Mohammad, Sophie Le Callennec et Xavier Parmentier et publié en 2014. Pierre-François Martin-Laval a découvert cette histoire vraie en visionnant une émission télévisée au cours de laquelle Fahim, alors âgé de quatorze ans, évoquait la sortie de son livre. Immédiatement saisi par la force de ce parcours, le réalisateur a entrepris d'adapter cette histoire à l'écran en s'appuyant largement sur l'ouvrage original mais aussi sur des témoignages recueillis directement auprès des protagonistes réels. Martin-Laval a ainsi rencontré Fahim et son père pour nourrir son scénario de détails vécus, avant de s'entretenir également avec plusieurs responsables d'associations d'aide aux réfugiés confrontées quotidiennement aux mêmes difficultés administratives. Le cinéaste a dédié son film à Xavier Parmentier, l'entraîneur d'échecs réel ayant inspiré le personnage incarné par Gérard Depardieu, disparu brutalement peu de temps avant la sortie du long métrage. Cette dédicace souligne l'attachement profond du réalisateur à rendre hommage à celui qui a permis à Fahim de devenir champion. Le film s'ouvre volontairement sur des images d'archives des émeutes ayant secoué Dacca au début des années deux mille, afin d'ancrer le récit dans une réalité politique tangible avant de basculer vers le parcours plus intime du jeune héros.
La critique française a globalement salué ce biopic feel good, appréciant l'équilibre trouvé entre humour et émotion grâce au duo formé par Gérard Depardieu et Isabelle Nanty. Plusieurs observateurs ont souligné la justesse du scénario, capable de traiter des thèmes graves comme l'exil et la précarité administrative sans jamais sombrer dans le misérabilisme. D'autres critiques ont toutefois pointé une mise en scène assez classique, privilégiant l'efficacité narrative à une véritable prise de risque formelle. Le traitement des scènes d'échecs a également été salué pour sa simplicité et sa lisibilité, permettant au public non initié de suivre facilement les enjeux des parties disputées. Le public a réservé un accueil très chaleureux au film, touché par le parcours de ce jeune garçon devenu champion malgré des conditions de vie extrêmement précaires. De nombreux spectateurs ont salué la performance du jeune Assad Ahmed, saluée comme une révélation, ainsi que celle de Mizanur Rahaman dans le rôle du père. Le film a également suscité une prise de conscience chez certains spectateurs quant aux difficultés rencontrées par les familles de demandeurs d'asile en France. Fahim n'a pas reçu de récompense majeure dans les grandes cérémonies françaises, mais le film a bénéficié d'un joli succès public lors de sa sortie en salles à l'automne 2019.
Pierre-François Martin-Laval s'est directement inspiré du livre autobiographique de Fahim Mohammad mais a également puisé son inspiration dans les nombreux témoignages recueillis auprès du jeune homme, de son père et des associations d'aide aux réfugiés. Le réalisateur souhaitait ancrer son récit dans une réalité aussi précise que possible, refusant toute forme d'exagération mélodramatique du parcours réel de son personnage principal. Le tournage s'est déroulé à Paris et en Île-de-France, notamment à Suresnes, Aubervilliers et Saint-Ouen-sur-Seine, afin de reconstituer avec fidélité les lieux traversés par Fahim et son père lors de leur parcours d'exil. La production a dû composer avec la difficulté de diriger un très jeune acteur non professionnel, Assad Ahmed, dans un rôle exigeant à la fois émotionnellement et techniquement en raison des nombreuses scènes de jeu d'échecs. Gérard Depardieu a livré une interprétation tout en retenue et en pudeur, contrastant avec l'image plus démonstrative parfois associée à l'acteur, afin de rendre justice à la complexité du personnage inspiré du véritable entraîneur Xavier Parmentier. Le réalisateur a par ailleurs choisi de dédier son film à ce dernier, disparu brutalement, soulignant l'importance de son rôle dans le parcours réel de Fahim.
Fahim aborde frontalement la question de l'exil et de la condition des demandeurs d'asile en France, dépeignant avec justesse les difficultés administratives et matérielles rencontrées par un père et son fils sans papiers. Le film explore également la transmission et la relation filiale, à travers le lien fusionnel unissant Fahim à son père Nura, contraint de sacrifier beaucoup pour protéger son fils. La rencontre entre deux mondes que tout semble opposer, celui de Fahim et celui de son entraîneur Sylvain, constitue un autre axe central du récit, illustrant la possibilité d'une solidarité par-delà les origines et les générations. Le jeu d'échecs devient une métaphore de la stratégie nécessaire pour survivre à un système administratif complexe et parfois hostile. La résilience face à l'adversité, incarnée par la détermination sans faille de Fahim malgré des conditions de vie précaires, traverse également tout le récit. Enfin, le film célèbre la solidarité et l'engagement de ceux qui choisissent d'aider les plus vulnérables, incarnés notamment par Sylvain et par les responsables du club d'échecs de Créteil.
À l'issue du championnat de France des jeunes, Fahim parvient à décrocher le titre de champion, une victoire sportive qui se double d'un enjeu bien plus vital puisqu'elle permet finalement à son père d'échapper à l'expulsion et de régulariser leur situation administrative. Cette double victoire, sportive et humaine, constitue le point culminant du récit et couronne des années de lutte et de précarité traversées par le duo. Le film insiste sur le fait que cette réussite n'aurait jamais été possible sans le soutien de Sylvain et de la communauté du club d'échecs de Créteil, soulignant l'importance du collectif dans le parcours individuel du jeune prodige. La fin du film célèbre ainsi la solidarité comme moteur essentiel de la réussite, plus encore que le seul talent du jeune champion. Cette conclusion positive, fidèle à l'esprit du récit autobiographique original, offre une note d'espoir sur la possibilité d'une intégration réussie malgré des débuts extrêmement difficiles.
Le titre Fahim reprend simplement le prénom du personnage principal, mettant d'emblée l'accent sur le parcours individuel de ce jeune garçon devenu champion d'échecs malgré des conditions de vie précaires. Ce choix minimaliste souligne la dimension biographique du film, directement adapté de l'histoire vraie de Fahim Mohammad et de son livre autobiographique. En optant pour un titre aussi personnel, Pierre-François Martin-Laval invite le spectateur à s'attacher immédiatement au destin singulier de ce jeune héros plutôt qu'à un concept plus abstrait. Le prénom Fahim, d'origine bengalie, ancre également le récit dans les origines du personnage, rappelant dès le titre son identité culturelle avant même son parcours d'exil vers la France. Ce titre simple et direct reflète enfin la volonté du film de rester au plus près de la réalité humaine de son protagoniste, sans artifice ni détour narratif.
Depuis la sortie du film, Fahim Mohammad a poursuivi sa carrière d'échecs tout en menant des études supérieures en France, où il a définitivement construit sa vie après son parcours d'exil. Pierre-François Martin-Laval a continué de mener une carrière de réalisateur et d'acteur, alternant comédies populaires et projets plus dramatiques dans le sillage de son travail sur Fahim. Le sujet de l'accueil des demandeurs d'asile, central dans le film, reste malheureusement d'une actualité constante en France comme dans le reste de l'Europe. Gérard Depardieu, dont la carrière a depuis été marquée par plusieurs controverses judiciaires et médiatiques, conserve avec Fahim l'un des rôles les plus salués de la dernière partie de sa filmographie française.
Les amateurs de Fahim apprécieront Le Jeu de la dame, mini-série consacrée elle aussi à l'ascension fulgurante d'un jeune prodige des échecs confronté à des difficultés personnelles. Welcome, film de Philippe Lioret centré sur le parcours d'un jeune migrant à Calais, partage avec Fahim cette volonté de sensibiliser le public aux réalités de l'exil en France. Le Prodige, biopic consacré au champion d'échecs Bobby Fischer, offre un autre regard sur le monde compétitif des échecs de haut niveau. Samba, comédie dramatique mettant en scène Omar Sy dans le rôle d'un sans-papiers, aborde des thématiques administratives similaires avec une tonalité plus légère. Enfin, La Cour de Babel, documentaire consacré à des adolescents primo-arrivants scolarisés en France, complète utilement le regard porté par Fahim sur la jeunesse immigrée.