Dimanche, 12 juillet 2026
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Faces

Faces

1968 États-Unis
Synopsis

Après quatorze ans de mariage, Richard et Maria Forst constatent que leur couple s'est vidé de tout désir et de toute complicité. Une nuit, Richard annonce brutalement à sa femme son intention de divorcer avant de rejoindre Jeannie, une call-girl qu'il fréquente. Vexée et livrée à elle-même, Maria part de son côté passer la soirée dans une boîte de nuit en compagnie d'autres femmes délaissées, où elle rencontre le jeune et fougueux Chet. Au petit matin, les deux couples improvisés se retrouvent chacun face à leurs propres désillusions, dans une suite de confrontations aussi drôles que déchirantes.

Genèse du film

Faces naît de la volonté de John Cassavetes de poursuivre, après son expérience fondatrice de Shadows, une méthode de cinéma indépendant totalement affranchie des studios hollywoodiens. Frustré par ses collaborations commerciales peu satisfaisantes, il choisit de financer lui-même le film avec sa femme et actrice Gena Rowlands, quitte à hypothéquer plusieurs fois leur maison pour boucler le budget. L'idée originelle vient de son désir d'observer, au plus près des visages et des corps, la lente déliquescence d'un couple installé dans une routine bourgeoise et dans l'usure du désir. Contrairement à Shadows, tourné en grande partie de façon improvisée, Cassavetes rédige cette fois un scénario minutieusement écrit, qu'il fait néanmoins répéter et retravailler intensivement avec ses acteurs afin de préserver une impression de spontanéité. Le tournage s'étale sur plusieurs mois, essentiellement de nuit, dans la propre maison du couple Cassavetes-Rowlands transformée en plateau permanent. Cette genèse artisanale, presque familiale, façonne durablement l'esthétique brute et confinée du film.

Critiques et réception

À sa sortie, Faces surprend une partie de la critique américaine par la crudité de son style caméra à l'épaule et par la longueur de ses scènes de confrontation, jugées éprouvantes par certains observateurs habitués à un cinéma plus classique. D'autres critiques, à commencer par Renata Adler dans le New York Times, saluent au contraire un film d'une intensité rare, capable de renouveler en profondeur le portrait du couple américain en crise. Le public se montre lui aussi partagé, mais le bouche-à-oreille autour de son audace formelle contribue à en faire un succès inattendu pour une production aussi modeste. Le film décroche trois nominations aux Oscars, pour le meilleur scénario original ainsi que pour les seconds rôles de Seymour Cassel et Lynn Carlin, une reconnaissance rare pour un film tourné en dehors du système des studios. À la Mostra de Venise, il obtient le prix Pasinetti ainsi que le prix d'interprétation masculine pour John Marley, confirmant sa réception internationale enthousiaste malgré des débuts plus difficiles aux États-Unis.

Anecdotes de tournage

Cassavetes explique avoir voulu filmer les visages de ses personnages au plus près, presque en état de siège, afin de saisir les micro-expressions qui trahissent le mensonge et le désespoir derrière les sourires de façade du mariage bourgeois. Le tournage, qui s'étend sur près de six mois principalement nocturnes, impose à toute l'équipe un rythme épuisant, Cassavetes décidant lui-même de la fin de chaque nuit de tournage en fonction de la fatigue visible des comédiens. Les acteurs, pour la plupart des habitués de la troupe de Cassavetes, acceptent de travailler sans salaire fixe en échange d'une participation aux bénéfices futurs du film, ce qui provoque d'ailleurs la colère du syndicat des acteurs mené par Charlton Heston. Lynn Carlin, choisie pour incarner Maria, n'avait alors aucune expérience professionnelle de comédienne et travaillait comme secrétaire, ce qui n'empêche pas sa prestation d'être saluée d'une nomination aux Oscars.

Thèmes abordés

Faces dresse le portrait sans concession d'un couple rongé par l'ennui et l'incommunicabilité, incapable de nommer ce qui a disparu de leur relation. Le film interroge la solitude au sein même du mariage, montrant deux êtres qui partagent un toit sans plus jamais réellement se voir. Il questionne aussi la quête désespérée de jeunesse et de désir chez des personnages vieillissants, prêts à se raccrocher à des amants plus jeunes pour se sentir encore vivants. La théâtralité du quotidien, les rires forcés, les fêtes artificielles, deviennent le décor d'une middle-class américaine en pleine crise existentielle. Enfin, Cassavetes explore la frontière ténue entre comédie et tragédie, chaque scène de franche hilarité pouvant basculer en un instant vers la détresse la plus nue.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se termine sur l'image de Richard et Maria assis côte à côte dans les escaliers de leur maison, chacun ayant vécu une nuit d'infidélité qui n'a rien résolu de la solitude qui les habite. Aucune parole de réconciliation n'est prononcée : les deux personnages se contentent d'un silence pesant, suggérant que leur couple continuera sans doute d'exister par habitude plus que par amour. Cette absence de résolution dramatique est délibérée chez Cassavetes, qui refuse tout happy end artificiel pour préserver la vérité crue de ses personnages. La dernière scène laisse ainsi le spectateur face à l'incertitude du lendemain, incarnant l'idée que certaines ruptures ne se referment jamais vraiment, elles se prolongent simplement dans le silence.

Signification du titre

Le titre Faces, littéralement « visages », renvoie directement au parti pris esthétique du film, qui multiplie les gros plans sur les expressions de ses personnages pour en révéler les failles derrière les sourires sociaux. Il évoque aussi l'idée de façade, ces masques que chacun porte en société avant de les faire tomber dans l'intimité du couple ou lors de la solitude d'une nuit de fête. Le pluriel du titre souligne enfin la multiplicité des points de vue offerts par le film, qui ne privilégie ni Richard ni Maria mais observe avec la même attention les visages de tous les protagonistes, y compris les figures secondaires croisées au fil de la nuit.

Actualités

En 2011, Faces est sélectionné par la Bibliothèque du Congrès américain pour être préservé au sein du National Film Registry en tant qu'œuvre culturellement et historiquement significative. Le film continue d'être régulièrement réédité, notamment par la Criterion Collection, qui a permis de redécouvrir des séquences inédites issues d'un montage plus long retrouvé après la mort de Cassavetes.

Films Similaires

On peut rapprocher Faces d'autres portraits de couples en crise comme Scenes from a Marriage d'Ingmar Bergman ou Qui a peur de Virginia Woolf ? de Mike Nichols, mais aussi des films suivants de Cassavetes lui-même, Husbands et Une femme sous influence, qui poursuivent son exploration du désordre intime des relations conjugales.