Un an après avoir perdu son père dans l'effondrement des tours du World Trade Center, le jeune Oskar Schell refuse d'accepter ce deuil impossible à comprendre. En fouillant les affaires de son père disparu, il découvre une mystérieuse clé glissée dans une enveloppe portant un seul mot : Black. Convaincu qu'elle renferme un dernier message que son père voulait lui transmettre, il part à travers les cinq arrondissements de New York à la rencontre de tous les habitants portant ce nom. Ce périple initiatique, semé de rencontres inattendues, va l'aider à apprivoiser sa peine et à se rapprocher enfin de sa mère, restée silencieuse dans son propre chagrin.
Le film est l'adaptation du roman éponyme de Jonathan Safran Foer, publié en 2005 et considéré comme l'une des toutes premières œuvres de fiction majeures à s'emparer du traumatisme collectif du 11 septembre 2001. Le scénariste Eric Roth, déjà auteur de Forrest Gump, s'empare de ce texte dense et labyrinthique pour en tirer un récit resserré autour du seul point de vue de l'enfant. Le réalisateur Stephen Daldry, connu pour Billy Elliot et The Hours, est séduit par la possibilité de raconter un deuil d'ampleur nationale à travers un regard singulier et décalé, celui d'un enfant vraisemblablement atteint du syndrome d'Asperger. Le producteur Scott Rudin porte le projet avec l'ambition assumée d'en faire un film d'awards season, réunissant autour de Daldry des interprètes déjà auréolés d'Oscars comme Tom Hanks et Sandra Bullock. Le choix d'Oskar revient à un jeune inconnu, Thomas Horn, repéré après sa participation remarquée à l'émission Jeopardy, ce qui confère au tournage une tension particulière entre professionnels chevronnés et enfant néophyte. Daldry cherche avant tout à éviter le pathos facile et à préserver l'étrangeté du roman, quitte à heurter une partie du public habituée à des drames plus consensuels sur cette tragédie encore sensible.
À sa sortie, le film reçoit un accueil critique majoritairement mitigé : Rotten Tomatoes ne recense qu'environ la moitié d'avis favorables et Metacritic évoque des critiques partagées, allant de l'éloge de la mise en scène de Daldry aux reproches d'un sentimentalisme trop appuyé. Beaucoup de journalistes saluent la prestation de Max von Sydow, tout en jugeant le personnage d'Oskar parfois irritant et sa quête un peu artificielle sur la durée. Le public se montre plus partagé encore, certains spectateurs étant profondément touchés par cette évocation du deuil enfantin quand d'autres reprochent au film d'instrumentaliser le 11 septembre à des fins mélodramatiques. Malgré cet accueil en demi-teinte, l'œuvre décroche deux nominations aux Oscars 2012, dont celle du meilleur film, ce qui suscite une vive polémique tant elle est absente des autres grandes cérémonies de la saison comme les Golden Globes ou les prix de la critique. Max von Sydow obtient également une nomination à l'Oscar du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation silencieuse du locataire muet.
Stephen Daldry explique s'être inspiré de sa propre expérience du théâtre pour diriger un enfant non professionnel au cœur de presque tous les plans, en construisant les scènes autour de son rythme naturel plutôt qu'en lui imposant une direction d'acteur classique. Le tournage dans les rues de New York s'avère complexe car l'équipe doit recréer l'atmosphère de l'après-11-Septembre sans jamais paraître exploiter la douleur encore vive de nombreux habitants ayant perdu des proches dans les attentats. Une scène a nécessité de nombreuses prises : celle où Oskar affronte pour la première fois sa peur des ponts et des tunnels, Thomas Horn devant exprimer une panique convaincante alors qu'il n'avait jamais joué auparavant. Avant que Thomas Horn ne soit choisi, plusieurs centaines d'enfants avaient été auditionnés pour le rôle d'Oskar, la production cherchant un visage inconnu capable de porter le film sans écraser le duo Hanks-Bullock.
Le film explore avant tout le travail du deuil vu à travers le prisme de l'enfance, en montrant comment un esprit encore en construction tente de rationaliser une perte qui échappe à toute logique. Il interroge aussi la mémoire collective d'un traumatisme national, le 11 septembre, en le ramenant à l'échelle d'une cellule familiale et d'un objet dérisoire, une simple clé. La quête d'Oskar à travers les cinq arrondissements de New York devient une manière de renouer avec l'altérité et de sortir de l'isolement provoqué par le chagrin. Le film aborde également la différence et la neurodiversité, le comportement du jeune garçon suggérant un trouble du spectre autistique jamais nommé explicitement mais omniprésent dans sa façon d'appréhender le monde. Enfin, la relation entre une mère et son fils, tous deux endeuillés mais incapables de partager leur douleur, occupe une place centrale et se dénoue progressivement à mesure qu'Oskar avance dans son enquête.
Après avoir rencontré des dizaines de personnes nommées Black, Oskar finit par comprendre que la clé n'avait en réalité aucun lien avec son père : elle appartenait à un vieil homme nommé William Black, dont le fils avait vendu le vase où elle se trouvait par erreur. Cette révélation, loin d'être une déception, permet à Oskar d'accepter que le sens qu'il cherchait n'était pas dans l'objet lui-même mais dans le chemin parcouru pour le comprendre. Il découvre également que sa mère, bien plus impliquée qu'il ne le pensait, avait discrètement contacté chacune des personnes qu'il s'apprêtait à rencontrer afin de veiller sur lui à distance. Le film se referme sur une scène apaisée où Oskar retourne enfin sur la balançoire du terrain de jeu qu'il évitait depuis la mort de son père, symbole de sa capacité retrouvée à habiter à nouveau le monde sans son père mais avec son souvenir. La fin insiste ainsi sur l'idée que le deuil ne se referme pas par une explication rationnelle, mais par la réconciliation progressive avec l'absence.
Le titre reprend une expression employée par le père d'Oskar, qui décrivait certains sons, certaines émotions ou certains souvenirs comme étant à la fois « extrêmement forts » et « incroyablement près », traduisant une intensité sensorielle propre à leur complicité. Cette formule devient une manière pour l'enfant de qualifier son propre rapport au monde après la disparition de son père, un monde perçu de façon exacerbée et douloureusement proche. Le titre renvoie aussi, en creux, à la proximité physique et émotionnelle du traumatisme du 11 septembre, dont l'onde de choc continue de résonner « tout près » de ceux qui l'ont vécu de l'intérieur. Il capture enfin la tension centrale du récit entre l'excès des émotions enfantines et la nécessité de trouver malgré tout une forme de proximité apaisée avec le souvenir du disparu.
Le roman de Jonathan Safran Foer continue d'être étudié dans de nombreux cursus scolaires américains consacrés à la littérature du 11 septembre, ce qui entretient l'intérêt pour son adaptation cinématographique. Thomas Horn, révélé par ce rôle, s'est depuis largement éloigné des plateaux de cinéma pour se consacrer à des études supérieures, faisant de cette performance une parenthèse rare dans sa vie.
On pourra rapprocher ce film de La Vie devant soi ou de La Vita è bella dans leur manière de filmer un traumatisme collectif à hauteur d'enfant, ainsi que de Reign Over Me, qui aborde également le deuil consécutif au 11 septembre 2001. Les amateurs du travail de Stephen Daldry pourront aussi se tourner vers Billy Elliot ou The Hours, portés par la même sensibilité envers des personnages en marge cherchant à se reconstruire.