Dans un petit village isolé du Liban entouré de mines de guerre, les femmes chrétiennes et musulmanes cohabitent dans une harmonie paisible depuis des décennies. Cependant, alors que des tensions religieuses commencent à embraser le reste du pays, les hommes du village s'échauffent et menacent de déclencher une guerre civile locale pour la moindre futilité. Pour éviter que leurs fils et leurs maris ne s'entre-tuent, les femmes s'unissent en secret et rivalisent d'ingéniosité pour détourner leur attention de la violence. Qu'il s'agisse de saboter les actualités, de faire venir des danseuses ou de droguer la nourriture, elles tenteront tout pour préserver la paix.
La genèse de cette comédie dramatique et humaniste découle directement du contexte géopolitique douloureux du Liban et de l'expérience personnelle de sa réalisatrice, Nadine Labaki. L'idée originelle est née en mai 2008, alors que la cinéaste, enceinte de son premier enfant, a vu la ville de Beyrouth basculer à nouveau dans des affrontements armés de rue entre voisins du jour au lendemain. Prise d'une immense angoisse maternelle, elle s'est demandé jusqu'où une mère pouvait aller pour empêcher son fils de prendre les armes et de tuer son propre voisin. L'inspiration est venue de cette volonté de traiter un sujet tragique par le biais de la fable, de l'absurde et de l'humour plutôt que par le prisme du documentaire de guerre réaliste. Le film n'est pas tiré d'un livre ou d'une histoire vraie précise, mais constitue une allégorie universelle sur l'absurdité du fanatisme religieux. L'écriture du scénario s'est concentrée sur la solidarité féminine comme ultime rempart contre la folie destructrice des hommes. L'inspiration s'est nourrie des récits de vie des villages libanais où la vie quotidienne parvient tant bien que mal à triompher de la géopolitique.
Au moment de sa présentation officielle au Festival de Cannes en 2011 dans la section Un Certain Regard, le long-métrage a reçu un accueil profondément chaleureux et enthousiaste de la part des critiques professionnelles internationales. La presse a salué le courage de Nadine Labaki à aborder le deuil et la tolérance par le biais de la comédie chorale et du réalisme magique, évitant le piège du misérabilisme. Certains critiques ont toutefois souligné quelques facilités scénaristiques ou des ruptures de ton audacieuses, mais tous ont applaudi l'énergie vitale de la mise en scène. La réception du public a été un véritable triomphe d'estime et d'émotion dans les salles obscures, tant au Moyen-Orient qu'en Europe. Le film a ému aux larmes les spectateurs et a réalisé d'excellents scores au box-office pour une production indépendante libanaise. Du côté des distinctions et récompenses obtenues, le film a remporté le prestigieux Prix du public au Festival de Toronto, une récompense majeure qui place l'œuvre parmi les plus beaux messages de paix du cinéma contemporain.
Le tournage s'est déroulé entièrement dans trois villages libanais reculés aux décors de pierre intemporels, permettant de créer cette ambiance de conte universel coupé du reste du monde. Une anecdote de tournage mémorable réside dans le choix de la réalisatrice de faire appel à une majorité d'acteurs non professionnels locaux, chrétiens et musulmans, qui vivaient ensemble durant la production. Les difficultés de production étaient principalement liées au climat politique instable de la région, exigeant de l'équipe une grande souplesse et une immense bienveillance sur le plateau. Une anecdote sur une scène particulière concerne la séquence des danses folkloriques où les femmes doivent séduire visuellement les hommes pour masquer leur stratagème. Les actrices non professionnelles, timides au départ, se sont totalement libérées durant les prises de vue, créant une ambiance de fête authentique qui transparaît merveilleusement à l'écran.
Le long-métrage explore en profondeur le thème de la manipulation de la paix face à la stupidité de la guerre et au fanatisme idéologique. L'œuvre met en avant le pouvoir de la sororité et de l'amour maternel, présentés comme les seuls antidotes capables de surmonter les barrières confessionnelles ancestrales. Le concept de deuil partagé constitue l'un des axes majeurs du récit, les femmes étant unies par la même souffrance secrète d'avoir perdu des enfants. De plus, le film aborde avec finesse la place de la religion dans la vie quotidienne et le rôle des médias dans la propagation de la haine collective.
La fin du film propose un coup de théâtre magistral et pacifique imaginé par les femmes pour donner une leçon définitive à leurs maris et à leurs fils. Après avoir drogué les hommes avec des gâteaux au hashich pour calmer leurs ardeurs guerrières, les femmes profitent de leur sommeil pour intervertir leurs identités religieuses. Au réveil, les mères et épouses chrétiennes apparaissent vêtues du voile musulman, tandis que les femmes musulmanes portent de grandes croix chrétiennes autour du cou. Elles annoncent à leurs familles stupéfaites que s'ils veulent déclencher une guerre de religion, ils devront désormais tuer leurs propres mères et épouses passées dans le camp d'en face. La scène finale montre le cortège funèbre d'un jeune garçon mort au début du film ; arrivés à l'intersection menant aux cimetières chrétien et musulman, les hommes s'arrêtent, déboussolés, et se tournent vers les femmes en demandant : ""Et maintenant, on va où ?"", illustrant une prise de conscience salutaire.
Le titre du film, ""Et maintenant on va où ?"", reprend la réplique finale prononcée par les hommes du village qui symbolise l'impasse totale du sectarisme religieux et de la violence. C'est une question ouverte posée à toute la société libanaise et au monde moderne, invitant à repenser le vivre-ensemble et à choisir la voie de la tolérance plutôt que celle de l'autodestruction.
La bande originale du film bénéficie d'une mention spéciale pour son utilisation sublime et poétique de chansons originales composées par Khaled Mouzanar, l'époux de la réalisatrice. Les morceaux, oscillant entre mélancolie orientale et envolées chorales, participent activement à la narration, transformant parfois le film en un opéra populaire où les larmes se mêlent à l'espoir.
Le long-métrage demeure une œuvre majeure du cinéma du Moyen-Orient, régulièrement projetée dans les universités et les centres culturels mondiaux comme un modèle d'outil cinématographique en faveur de la paix interreligieuse.