Au début du XXe siècle dans le Montana, deux frères grandissent sous la discipline stricte de leur père, un pasteur presbytérien passionné de pêche à la mouche. Norman, l'aîné, est réservé, studieux et respectueux des règles, tandis que Paul, le cadet, se révèle être un rebelle impétueux, joueur et autodestructeur. Malgré des trajectoires de vie radicalement opposées, la rivière Blackfoot et l'art de la pêche restent le fil conducteur inaltérable qui unit cette famille. Leurs choix personnels finiront pourtant par les guider vers des destins bien différents.
Le film est une adaptation cinématographique fidèle du roman autobiographique éponyme de Norman Maclean, publié en 1976. Robert Redford a mis plusieurs années à convaincre l'auteur de lui céder les droits, car ce dernier était très protecteur envers l'histoire de sa propre famille. L'idée originelle était de retranscrire la poésie sauvage du Montana et la mélancolie des liens fraternels. Le réalisateur a trouvé son inspiration dans ses propres souvenirs de jeunesse et son amour profond pour la nature américaine. Ce projet tenait particulièrement à cœur à Redford, qui y voyait une occasion unique de lier la spiritualité à l'environnement.
La critique professionnelle a accueilli le film avec un enthousiasme immense, saluant la mise en scène contemplative de Robert Redford et la photographie lumineuse de Philippe Rousselot. Les journalistes ont également encensé la révélation de Brad Pitt, dont le magnétisme à l'écran a été comparé à celui du réalisateur à ses débuts. Du côté du public, le long-métrage a rencontré un grand succès populaire, touchant les spectateurs par sa sensibilité et sa nostalgie. Le film a permis de démocratiser massivement la pratique de la pêche à la mouche à travers le monde. Lors de la cérémonie des Oscars, l'œuvre a été couronnée par le prix de la Meilleure Photographie, tout en recevant des nominations pour sa musique et son scénario.
Robert Redford s'est inspiré des peintures de paysages américains du XIXe siècle pour définir la palette de couleurs et la lumière du film. La production a rencontré d'importantes difficultés logistiques pour filmer les scènes de pêche, car le débit de la rivière était parfois trop dangereux pour l'équipe technique. Pour une scène particulière où un gros poisson s'échappe, les accessoiristes ont dû fabriquer un faux poisson articulé pour éviter de blesser de vrais animaux. Concernant la distribution initiale, Robert Redford avait envisagé de jouer lui-même le rôle de Norman avant de réaliser qu'il était préférable de confier les rôles principaux à une génération d'acteurs plus jeunes.
Le film explore la complexité des dynamiques familiales, la transmission paternelle et l'incapacité chronique à sauver un être cher de ses propres démons. La nature sauvage et la rivière y sont traitées comme des entités spirituelles, symboles du temps qui passe et de la permanence du monde.
À la fin du récit, Paul meurt tragiquement sous les coups de voyous à cause de ses dettes de jeu, brisant le cœur de sa famille. Des décennies plus tard, Norman, devenu un vieil homme solitaire, retourne pêcher sur la rivière de son enfance et comprend que les êtres disparus continuent de vivre à travers ses souvenirs et l'eau qui s'écoule.
Le titre exprime l'idée que la rivière est le témoin intemporel de l'existence humaine, reliant le passé, le présent et les âmes des personnages dans un même courant spirituel.
La magnifique bande originale composée par Mark Isham livre des mélodies orchestrales douces et nostalgiques qui capturent à la perfection l'immensité des paysages du Montana et la mélancolie du deuil.
Le film reste aujourd'hui encore une œuvre culte pour les passionnés d'écologie et de nature, régulièrement projeté lors de festivals dédiés à l'environnement ou au cinéma des années quatre-vingt-dix.
Légendes d'automne, L'Homme qui murmurait à l'oreille des chevaux, Stand by Me.