Camille est une jeune femme sensible et solitaire qui, faute de reconnaissance pour son talent de dessinatrice, fait des ménages de nuit pour survivre dans un modeste appartement parisien. Dans le même immeuble vit Philibert, un jeune aristocrate bègue et passionné d'histoire, qui héberge Franck, un cuisinier bourru dont la principale préoccupation est de veiller sur sa grand-mère Paulette. Lorsque Camille tombe gravement malade, Philibert insiste pour qu'elle vienne s'installer avec eux, réunissant ainsi quatre destins que tout semblait opposer. Peu à peu, cette cohabitation improbable va transformer ces êtres blessés par la vie en une véritable famille de cœur.
Ensemble, c'est tout adapte le roman à succès d'Anna Gavalda publié en 2004, qui connaît un immense engouement auprès du public français grâce à son ton à la fois tendre et réaliste. Claude Berri, déjà auteur d'adaptations littéraires marquantes comme Jean de Florette ou Germinal, s'attaque pour la première fois à un roman contemporain plutôt qu'à un classique de la littérature française. Le cinéaste est séduit par la dimension intimiste du récit, centré sur quatre personnages que la vie n'a pas épargnés mais qui trouvent malgré tout la force de s'entraider. Il choisit d'écrire lui-même le scénario et les dialogues, tout en restant fidèle à l'esprit du roman original malgré la nécessité de condenser une œuvre de plus de six cents pages en moins de deux heures de film. Cette adaptation constitue l'avant-dernière réalisation de Claude Berri, qui livre ici une œuvre plus intimiste que ses grandes fresques historiques habituelles. Le réalisateur voit dans cette histoire de solidarité entre générations et classes sociales un écho universel qui dépasse largement le simple cadre parisien du récit.
À sa sortie, Ensemble, c'est tout reçoit un accueil critique majoritairement chaleureux, la presse saluant la justesse de l'adaptation et la alchimie évidente entre Audrey Tautou et Guillaume Canet. Le Monde souligne notamment la capacité du film à retranscrire la douceur mélancolique du roman sans jamais sombrer dans la mièvrerie facile. D'autres critiques regrettent cependant que le film simplifie certains aspects psychologiques plus complexes développés dans le livre, faute de temps pour tout approfondir à l'écran. L'interprétation de Françoise Bertin, dans le rôle de la grand-mère Paulette, est particulièrement remarquée par l'ensemble de la presse spécialisée. Le public français réserve un accueil enthousiaste au film, qui rassemble plus de deux millions trois cent mille spectateurs en salles, un score que Claude Berri n'avait plus atteint depuis Germinal en 1993. Les spectateurs saluent notamment la tendresse qui se dégage de cette histoire de famille recomposée par les hasards de la vie plutôt que par les liens du sang. Le succès du film au box-office confirme également la popularité durable du roman d'Anna Gavalda auprès d'un public très large. Ensemble, c'est tout ne rafle pas de récompense majeure lors des cérémonies de l'année, mais il s'impose durablement comme l'une des comédies dramatiques françaises les plus appréciées de la fin des années 2000, régulièrement rediffusée à la télévision.
Le rôle de Camille devait initialement revenir à Charlotte Gainsbourg, que Claude Berri souhaitait retrouver après leur collaboration sur L'Un reste, l'autre part, mais l'actrice se fracture une vertèbre lors d'une chute de snowboard début 2006, l'obligeant à renoncer au projet. C'est finalement Audrey Tautou qui hérite du rôle, après que Ludivine Sagnier eut également été envisagée par la production. Pour le personnage de Franck, Claude Berri pense immédiatement à Guillaume Canet, avec qui il souhaite travailler depuis longtemps, tandis que le rôle de Philibert nécessite plusieurs auditions avant que Laurent Stocker ne soit choisi. Le rôle de Paulette devait initialement être confié à Tsilla Chelton, mais son âge avancé pose des problèmes d'assurance qui contraignent la production à finalement engager Françoise Bertin. Une scène marquante du film, celle où Philibert consulte un orthophoniste pour soigner son bégaiement, met en vedette le véritable thérapeute qui a soigné Claude Berri après un accident vasculaire cérébral survenu quelques années plus tôt.
Ensemble, c'est tout explore avant tout la thématique de la famille choisie, celle qui se construit non par les liens du sang mais par la solidarité et l'affection mutuelle entre des êtres que le hasard a réunis. Le film aborde également la solitude urbaine et la difficulté de trouver sa place dans une grande ville comme Paris lorsque l'on se sent différent ou marginalisé. La question du vieillissement et de la dépendance occupe une place importante à travers le personnage de Paulette, dont la fragilité physique contraste avec la force de caractère. Le film évoque aussi les blessures intimes de chacun des personnages, qu'il s'agisse des troubles alimentaires de Camille, du bégaiement de Philibert ou de l'abandon vécu par Franck durant son enfance. Enfin, l'œuvre célèbre la capacité de la bienveillance et de l'écoute à transformer des existences abîmées, chacun des quatre personnages trouvant progressivement la force de se reconstruire grâce aux autres.
Au terme du récit, les quatre personnages ont profondément transformé leur existence grâce à la cohabitation forcée qu'ils ont d'abord vécue comme une contrainte avant de la découvrir comme une véritable chance. Camille retrouve confiance en son talent artistique et parvient à se réconcilier avec son propre corps et son passé familial douloureux. Franck, longtemps enfermé dans une dureté protectrice, s'ouvre enfin à ses sentiments pour Camille, la relation entre les deux personnages se concrétisant progressivement au fil du film. Philibert, quant à lui, gagne en assurance grâce au soutien de ses colocataires, ce qui lui permet d'affronter plus sereinement son bégaiement et de se rapprocher d'une jeune femme qu'il apprécie. Paulette, bien qu'affaiblie physiquement, trouve dans cette nouvelle famille improvisée la chaleur humaine qui lui manquait tant, illustrant ainsi le message final du film : le bonheur naît souvent de rencontres inattendues plutôt que de liens préétablis.
Le titre Ensemble, c'est tout résume à lui seul la philosophie du roman et du film, suggérant que la simple présence des uns auprès des autres suffit à transformer des vies fragilisées par la solitude ou les épreuves. Cette formule volontairement simple et directe évite toute grandiloquence pour insister sur l'essentiel du message porté par l'histoire : l'entraide et la proximité humaine comme remède aux blessures de l'existence. Le titre fonctionne également comme un écho au parcours des quatre personnages principaux, qui ne trouvent un semblant d'équilibre que lorsqu'ils acceptent de vivre sous le même toit malgré leurs différences apparentes. Cette formule est directement reprise du titre original du roman d'Anna Gavalda, Claude Berri ayant choisi de la conserver telle quelle tant elle résume efficacement l'esprit de l'œuvre.
Le roman d'Anna Gavalda continue d'être régulièrement réédité et étudié, tandis que le film de Claude Berri reste l'une des adaptations les plus populaires de l'œuvre de la romancière française, régulièrement rediffusée à la télévision plusieurs années après sa sortie.
Les amateurs de ce drame choral pourront apprécier également Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain, autre film porté par Audrey Tautou dans un registre tout aussi délicat et poétique. On pense aussi à Un air de famille ou au Goût des autres d'Agnès Jaoui, qui partagent cette même attention portée aux petites blessures du quotidien. Les Émotifs anonymes, avec également Isabelle Carré, propose une tonalité douce-amère assez proche de celle d'Ensemble, c'est tout.