Élise, danseuse étoile à l'Opéra de Paris, découvre en pleine représentation que son compagnon la trompe avec une autre danseuse de la compagnie. Déstabilisée, elle se blesse gravement à la cheville sur scène et apprend qu'elle ne pourra probablement plus jamais danser de la même façon. Alors que sa carrière et sa vie sentimentale s'effondrent simultanément, elle rejoint une compagnie de danse contemporaine en Bretagne le temps de sa rééducation. Entourée d'une nouvelle famille de cœur, Élise va peu à peu réapprendre à danser autrement, et surtout à se réinventer elle-même.
En Corps n'est pas tiré d'un livre mais d'un scénario original coécrit par Cédric Klapisch avec son fidèle collaborateur Santiago Amigorena, né de la rencontre du réalisateur avec deux figures marquantes du monde de la danse, la compagnie du chorégraphe Hofesh Shechter et les danseurs de l'Opéra de Paris. Klapisch, qui avait déjà réalisé par le passé plusieurs captations et documentaires consacrés à la danse, nourrissait depuis longtemps l'envie de consacrer un long métrage de fiction à cet univers qui le fascinait sans qu'il ait jusque-là trouvé l'angle narratif adéquat. L'idée du film s'est précisée après sa rencontre avec Hofesh Shechter, dont il a souhaité intégrer la compagnie et l'univers chorégraphique directement dans le récit, au point de lui confier un rôle à l'écran ainsi que la coécriture d'une partie de la musique du film. Klapisch a construit son scénario avec la volonté affichée de faire appel à de véritables danseurs capables de jouer la comédie plutôt qu'à des acteurs simplement formés à quelques pas de danse, un choix qui l'a conduit jusqu'à Marion Barbeau, première danseuse de l'Opéra de Paris alors totalement novice au cinéma. Le projet s'inscrit dans la continuité thématique de son précédent film Ce qui nous lie, consacré à la viticulture, Klapisch retrouvant une nouvelle fois le principe d'un personnage obligé de se reconstruire au contact d'un groupe et d'un savoir-faire artisanal exigeant.
Les critiques ont salué la mise en scène des séquences de danse, en particulier la longue ouverture immersive tournée à l'Opéra de Paris, tout en jugeant l'écriture des dialogues et des relations familiales parfois trop démonstrative ou convenue. Plusieurs observateurs ont souligné la révélation que constitue Marion Barbeau à l'écran, saluant sa présence naturelle malgré son inexpérience d'actrice, tandis que d'autres ont regretté un scénario jugé trop classique dans sa mécanique de reconstruction personnelle. La photographie du film, signée Alexis Kavyrchine, a également été largement complimentée pour sa capacité à retranscrire la grâce et la puissance physique de la danse, aussi bien classique que contemporaine. Le public a réservé un accueil très chaleureux au film, largement porté par l'émotion suscitée par le parcours d'Élise et par la performance remarquée de Marion Barbeau, révélation saluée par de nombreux spectateurs comme l'une des plus belles surprises du cinéma français de l'année. De nombreux commentaires soulignent également la qualité de la distribution qui l'entoure, entre Pio Marmaï, François Civil, Denis Podalydès et Muriel Robin, ainsi que la beauté visuelle des scènes chorégraphiées. Une minorité de spectateurs a en revanche jugé le film trop lisse et prévisible dans son déroulement. En Corps a obtenu onze nominations aux César 2023, une performance notable pour un film consacré à la danse, avec en particulier une nomination de Marion Barbeau au César du meilleur espoir féminin pour sa toute première apparition à l'écran.
Cédric Klapisch s'est directement inspiré de sa rencontre avec le chorégraphe Hofesh Shechter et avec les danseurs de l'Opéra de Paris pour construire son scénario, après plusieurs années passées à documenter le monde de la danse à travers des captations et des courts formats. Le réalisateur a fait le choix, dès la préparation du tournage, de privilégier de véritables danseurs professionnels capables de jouer la comédie plutôt que des comédiens formés a posteriori à quelques mouvements de danse, un pari qui a nécessité un long travail de coaching théâtral auprès des interprètes issus du monde chorégraphique. Marion Barbeau, première danseuse de l'Opéra de Paris et interprète principale du film, découvrait avec En Corps sa toute première expérience de tournage cinématographique, un vertige qu'elle a dû apprivoiser tout en interprétant les scènes les plus exigeantes physiquement du film. La musique du film a été composée en collaboration entre le chorégraphe Hofesh Shechter, qui interprète également son propre rôle à l'écran, et Thomas Bangalter, ancienne moitié du duo Daft Punk, une association inédite entre danse contemporaine et électronique française.
Le film explore la reconstruction physique et psychologique après un traumatisme, celui d'une blessure qui met brutalement fin à une carrière de danseuse classique construite depuis l'enfance. Il traite également de la transmission familiale et du deuil, à travers la relation d'Élise avec son père et le souvenir de sa mère disparue, ainsi que de la redéfinition de soi à travers une nouvelle pratique artistique, la danse contemporaine venant ici incarner une seconde chance là où la danse classique symbolisait un héritage figé.
Après plusieurs mois passés au sein de la compagnie de danse contemporaine en Bretagne, Élise parvient à faire la paix avec son corps blessé et avec le deuil de sa carrière classique, en trouvant dans la danse contemporaine une nouvelle forme d'expression tout aussi légitime que la première. Le film se conclut sur une performance scénique où Élise danse enfin pour elle-même plutôt que pour répondre aux attentes de son ancien monde, entourée de sa nouvelle famille de cœur composée des danseurs rencontrés durant sa convalescence. Cette conclusion incarne la réconciliation d'Élise avec elle-même, au-delà de la seule question de la performance physique.
Le titre En Corps joue sur l'homophonie avec l'expression « encore », suggérant à la fois la persistance du désir de danser malgré la blessure et l'importance centrale du corps, instrument et sujet même du film, à travers lequel Élise doit apprendre à se reconstruire entièrement.
Depuis la sortie du film, Marion Barbeau a poursuivi une double carrière entre l'Opéra de Paris et le cinéma, confirmant les espoirs placés en elle par Cédric Klapisch lors de ses débuts remarqués à l'écran dans En Corps.
Les amateurs du film pourront se tourner vers Black Swan pour son exploration du monde exigeant de la danse classique, ou vers les précédents films de Cédric Klapisch consacrés à la reconstruction personnelle au sein d'un groupe, notamment Ce qui nous lie et Deux Moi, avec lesquels En Corps partage une même sensibilité.