Dans une banlieue américaine aux couleurs pastel, une représentante Avon découvre dans un manoir isolé un être étrange resté inachevé par son créateur : Edward, doté de lames tranchantes à la place des mains. Elle décide de le recueillir et de l'introduire dans sa communauté, où sa différence suscite d'abord fascination puis rejet. Edward tombe amoureux de Kim, la fille de sa bienfaitrice, tandis que son talent artistique pour tailler haies et coiffures impressionne le voisinage. Mais l'incompréhension et la peur finissent par rattraper cet être pourtant profondément innocent.
Tim Burton a imaginé Edward aux mains d'argent comme une œuvre profondément personnelle, inspirée de son propre sentiment de décalage et de solitude durant son adolescence dans la banlieue californienne. L'idée du personnage aux mains ciseaux lui est venue d'un dessin qu'il avait réalisé bien avant d'envisager le film, représentant un être à la fois monstrueux et touchant. Le scénario n'est tiré ni d'un livre ni d'une histoire vraie, mais constitue une fable originale co-écrite avec Caroline Thompson. Burton voulait raconter une histoire d'amour impossible entre un être différent et une société normée refusant l'altérité. Il s'est également inspiré des figures classiques du cinéma fantastique, notamment Frankenstein, pour construire l'image d'Edward comme créature inachevée. Le réalisateur a choisi Johnny Depp, alors jeune acteur montant, pour incarner ce personnage quasi muet mais profondément expressif. Cette collaboration marquait le début d'une longue association artistique entre les deux hommes.
La critique a unanimement salué la poésie visuelle du film ainsi que la sensibilité de sa mise en scène, saluant Tim Burton comme un conteur singulier du cinéma fantastique américain. Beaucoup ont souligné la performance tout en retenue de Johnny Depp, capable de transmettre une immense émotion sans presque aucun dialogue. Le film a également été salué pour sa capacité à mêler conte de fées, satire sociale et mélancolie romantique. Le public a rapidement adopté le film, qui est devenu culte au fil des années, en particulier auprès des adolescents se reconnaissant dans le sentiment de différence d'Edward. Le succès du film a considérablement renforcé la notoriété de Johnny Depp comme acteur capable de rôles atypiques. Il est aujourd'hui considéré comme l'une des œuvres les plus aimées de la filmographie de Tim Burton. Le film a reçu plusieurs nominations lors de la saison des récompenses de 1991, notamment aux Golden Globes et aux BAFTA. Il n'a cependant pas obtenu de récompense majeure lors des Oscars, ce qui a surpris une partie de la critique au vu de son accueil.
Tim Burton s'est inspiré de ses propres souvenirs d'adolescence en banlieue ainsi que des classiques du cinéma gothique et fantastique, notamment Frankenstein, pour construire l'univers visuel du film. La conception des mains-ciseaux d'Edward a nécessité un long travail d'accessoires afin de permettre à Johnny Depp de bouger avec précision malgré l'encombrement du costume. L'acteur a dû apprendre à évoluer avec des lames métalliques réelles fixées à ses mains, ce qui compliquait chaque geste du quotidien filmé à l'écran. Le tournage du quartier pavillonnaire aux couleurs pastel a nécessité la construction d'un décor entier reproduisant l'esthétique artificielle de la banlieue américaine des années 1950 et 1960. Le rôle d'Edward avait initialement suscité l'intérêt d'autres studios pour Tom Cruise, avant que Tim Burton n'impose son choix de Johnny Depp, alors moins connu. L'alchimie entre Johnny Depp et Winona Ryder, en couple à la ville durant le tournage, a nourri leur complicité à l'écran.
Le film explore la thématique de la différence et du rejet de l'autre par une société normée et conformiste. Il traite également de l'innocence perdue et de l'incompréhension entre un être pur et un monde qui ne sait pas l'accueillir. L'amour impossible entre Edward et Kim illustre la difficulté de dépasser les barrières imposées par la différence. Le film aborde aussi la satire de la banlieue américaine, avec ses conventions sociales superficielles et son conformisme rigide. La solitude et le besoin d'appartenance traversent l'ensemble du récit à travers le personnage principal. Enfin, le film questionne la notion de création inachevée et la responsabilité de celui qui donne la vie à un être différent.
À la fin du film, Edward, rejeté par la communauté qui l'avait pourtant accueilli, retourne se réfugier dans son manoir isolé, seul refuge où il peut vivre en paix. Le récit est raconté sous forme de flash-back par Kim devenue âgée, qui explique à sa petite-fille pourquoi il neige encore aujourd'hui dans leur ville. Cette neige, sculptée par Edward dans la glace en souvenir de son amour perdu, symbolise la permanence de leurs sentiments malgré la séparation définitive. La fin mélancolique souligne l'impossibilité pour Edward de trouver sa place dans une société incapable d'accepter pleinement sa différence. Cette conclusion en forme de conte transforme la tristesse de la séparation en un souvenir doux et poétique transmis de génération en génération.
Le titre Edward aux mains d'argent désigne directement la particularité physique du personnage principal, dont les mains ont été remplacées par des lames tranchantes avant que son créateur ne puisse achever de lui donner de vraies mains. Ce titre souligne à la fois la dimension fantastique du personnage et sa vulnérabilité, ses mains étant à la fois des outils de création artistique et des armes potentiellement dangereuses. Il renvoie également à la dualité du personnage, capable de la plus grande douceur comme de la plus grande violence involontaire. Ce paradoxe est au cœur de toute la tragédie du film.
La bande originale signée Danny Elfman, l'un des plus fidèles collaborateurs de Tim Burton, est unanimement saluée pour sa capacité à mêler merveilleux enfantin et mélancolie profonde, contribuant grandement à l'identité poétique du film.
Edward aux mains d'argent reste aujourd'hui considéré comme l'un des films les plus emblématiques de la carrière de Tim Burton. Le film continue d'inspirer de nombreuses références dans la mode, la musique et la culture populaire contemporaine. Johnny Depp, révélé mondialement par ce rôle, a depuis construit l'une des filmographies les plus singulières d'Hollywood. Le film fait régulièrement l'objet de rétrospectives et de projections spéciales à l'occasion d'anniversaires marquants de sa sortie. Il demeure une référence incontournable citée par de nombreux réalisateurs contemporains du genre fantastique.
Les amateurs de ce conte fantastique apprécieront également Big Fish, autre œuvre de Tim Burton mêlant réalisme et merveilleux. Beetlejuice, précédent film du réalisateur, partage avec Edward le même univers visuel décalé et gothique. La Belle et la Bête de Jean Cocteau propose une autre variation poétique sur l'amour entre un être différent et une figure de beauté conventionnelle. Enfin, Frankenstein de James Whale, référence assumée de Burton, éclaire les origines de la figure de la créature inachevée.