En mai 1940, l'armée britannique se retrouve acculée sur les plages de Dunkerque tandis que la Luftwaffe pilonne sans relâche les troupes alliées en déroute. Mêlant images d'archives, témoignages de survivants et scènes reconstituées, ce document retrace heure par heure l'organisation périlleuse de l'opération Dynamo, destinée à rapatrier des centaines de milliers de soldats vers l'Angleterre. Le récit suit plusieurs figures réelles de l'événement, du capitaine de la Royal Navy chargé de coordonner l'évacuation jusqu'à de simples soldats pris au piège sur la plage. À travers ce dispositif hybride entre documentaire et fiction, le film restitue toute l'ampleur humaine et stratégique de l'une des opérations militaires les plus marquantes de la Seconde Guerre mondiale.
Ce docu-fiction naît d'une volonté de la BBC de proposer une reconstitution rigoureuse et immersive de l'évacuation de Dunkerque, à l'occasion des commémorations du soixantième anniversaire de la Seconde Guerre mondiale. Le réalisateur et producteur Alex Holmes, épaulé par les scénaristes Neil McKay et Lisa Osborne, choisit un format original en trois parties mêlant témoignages d'époque, archives filmées et séquences dramatisées jouées par des acteurs. L'ambition est de s'appuyer sur des personnages réels ayant vécu l'événement plutôt que sur des figures inventées, afin de renforcer l'authenticité historique du récit. La chaîne britannique voit également dans ce projet l'occasion de développer son dispositif interactif « bouton rouge », permettant aux téléspectateurs d'accéder à des informations complémentaires en direct. Le budget alloué, modeste comparé aux futures superproductions hollywoodiennes sur le même sujet, pousse l'équipe à privilégier l'intensité dramatique et le sens du détail historique plutôt que le spectaculaire. Ce parti pris documentaire distingue nettement cette production du traitement plus tard adopté par Christopher Nolan pour son propre long-métrage consacré au même événement.
À sa diffusion, ce docu-fiction reçoit un accueil critique globalement positif, la presse britannique saluant notamment l'équilibre trouvé entre rigueur historique et intensité dramatique. Le quotidien The Telegraph estime notamment que le programme dépeint les événements de façon particulièrement équitable, sans tomber dans un patriotisme simpliste. Certains critiques soulignent toutefois un ton parfois un peu scolaire, la structure en plusieurs journées distinctes pouvant ralentir le rythme du récit pour les spectateurs habitués à un format plus classique. Le public britannique se montre réceptif à cette approche originale, appréciant la présence de comédiens alors en devenir comme Benedict Cumberbatch, qui y tient l'un de ses tout premiers rôles marquants à la télévision. Les téléspectateurs découvrant le programme après la sortie du Dunkerque de Christopher Nolan en 2017 soulignent souvent la profondeur documentaire supplémentaire qu'apporte cette version, malgré des moyens de production nettement plus modestes. Ce docu-fiction n'a pas été conçu pour concourir aux grandes cérémonies cinématographiques, s'agissant d'une production télévisuelle, mais il est largement salué comme un outil pédagogique précieux sur l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, contribuant à la mission de service public de la BBC.
Le réalisateur Alex Holmes choisit de tourner une grande partie des séquences dramatisées sur des plages britanniques reconstituées, en s'appuyant sur des figurants et des embarcations d'époque pour recréer l'ampleur de l'évacuation. Benedict Cumberbatch, alors encore peu connu du grand public, y incarne le lieutenant Jimmy Langley, un rôle qui contribuera à sa reconnaissance ultérieure dans l'industrie britannique. Timothy Dalton prête sa voix grave et posée à la narration qui rythme l'ensemble du récit, apportant une dimension presque solennelle au document. La production s'appuie sur les témoignages recueillis auprès de vétérans encore vivants au moment du tournage, une démarche destinée à garantir un maximum d'authenticité aux scènes reconstituées.
Ce docu-fiction s'attache avant tout à explorer le courage collectif et l'improvisation nécessaires face à une catastrophe militaire d'ampleur inédite. Il interroge également les choix stratégiques et moraux des dirigeants, notamment la décision douloureuse de privilégier certains groupes de soldats au détriment d'autres lors de l'évacuation. La solidarité entre civils et militaires occupe une place centrale, à travers la mobilisation de la célèbre flottille de petites embarcations civiles venues prêter main-forte à la Royal Navy. Le programme aborde aussi la question du sacrifice individuel au service du collectif, incarnée par les soldats chargés de retenir l'ennemi pour permettre à leurs camarades de rejoindre les bateaux. Enfin, le film rend hommage à la mémoire des événements historiques, soulignant l'importance de transmettre aux nouvelles générations une compréhension fine et nuancée de ce moment charnière de la guerre.
Le récit s'achève sur le retour victorieux, bien que marqué par l'épuisement, des dernières embarcations chargées de soldats britanniques et français vers les côtes anglaises. Le capitaine Tennant, figure centrale de l'organisation de l'évacuation, envoie son dernier signal depuis Dunkerque avant de quitter les lieux, symbolisant l'achèvement de l'opération Dynamo malgré des pertes considérables. Le programme rappelle que Dunkerque, bien que tombée aux mains de l'ennemi peu après, a permis de sauver le noyau dur de l'armée britannique, lequel formera l'ossature des futures forces armées engagées dans la suite du conflit. Cette conclusion insiste sur le paradoxe central de l'événement : une défaite militaire transformée, par la mobilisation collective, en un sursaut moral fondateur pour la résistance britannique. Le dernier plan montre Winston Churchill scrutant l'horizon, conscient que d'autres épreuves bien plus lourdes attendent encore le pays.
Le titre du programme reprend simplement le nom de la ville portuaire française où s'est déroulée l'évacuation, Dunkerque, devenue depuis un symbole fort dans la mémoire collective britannique. Ce choix sobre s'inscrit dans la tradition des productions documentaires historiques, qui préfèrent généralement désigner l'événement par son lieu plutôt que par une formule plus évocatrice. Le nom de Dunkerque évoque à lui seul, pour le public britannique, une notion de résilience collective face à l'adversité, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter le moindre sous-titre explicatif. Ce même choix de titre sera repris tel quel treize ans plus tard par Christopher Nolan pour son propre long-métrage, preuve de la force symbolique intacte de ce simple nom de ville.
Les spectateurs intéressés par cet épisode historique pourront se tourner vers le Dunkerque de Christopher Nolan, sorti en 2017, qui offre une vision beaucoup plus spectaculaire et immersive du même événement. Le film Atonement, réalisé par Joe Wright, propose également une reconstitution marquante de l'évacuation à travers un plan-séquence resté célèbre. On peut aussi citer La Chute du faucon noir ou Il faut sauver le soldat Ryan pour leur traitement réaliste et humain du champ de bataille.