Ancien Marine vivant dans la précarité avec sa femme et leurs deux enfants dans un parc de maisons mobiles, Jarhead Earl ne voit qu'une seule issue pour offrir une vie meilleure aux siens : remporter le Donnybrook, un tournoi clandestin de combat à mains nues organisé dans les forêts de l'Indiana. Sur la route de ce tournoi où le vainqueur empoche cent mille dollars, son chemin croise celui de Chainsaw Angus, ancienne légende invaincue des combats clandestins reconvertie dans la fabrication de méthamphétamine avec sa sœur Delia. Fuyant la violence de son frère après avoir tenté de le tuer, Delia se lie d'amitié avec Earl alors que tous deux convergent, sans le savoir, vers le même affrontement final. Le Donnybrook devient alors le théâtre où se joue, pour chacun d'eux, soit la perdition, soit une improbable rédemption.
Donnybrook est l'adaptation du roman éponyme de l'écrivain américain Frank Bill, souvent comparé à Cormac McCarthy pour sa manière de dépeindre une Amérique rurale à bout de souffle, rongée par la pauvreté et la drogue. Tim Sutton, déjà connu pour des films comme Memphis et Dark Night, a été attiré par ce portrait sans concession d'une Amérique oubliée, où la violence physique devient la seule échelle sociale encore disponible pour des personnages à qui tout le reste a été retiré. Le réalisateur revendique une filiation avec le cinéma noir américain, notamment No Country for Old Men des frères Coen, dont le monologue d'ouverture de Donnybrook reprend consciemment la tonalité âpre et fataliste. Interrogé sur la violence explicite de son film, Tim Sutton a défendu son parti pris en soulignant le paradoxe d'un public habitué depuis des décennies à des films catastrophe spectaculaires mais choqué par une violence plus intime et sociale. Le tournoi de combat clandestin qui donne son titre au film sert ainsi de métaphore à la lutte quotidienne que mènent les personnages pour simplement survivre dans une Amérique qui les a abandonnés.
L'accueil critique du film a été particulièrement contrasté. Variety a salué la performance de Frank Grillo, jugée comme l'une des meilleures utilisations de cet acteur habituellement cantonné à des seconds rôles, tandis que la presse française a apprécié l'ambition sociale et la radicalité stylistique du film. À l'inverse, plusieurs critiques américains, notamment TheWrap, ont dénoncé un film complaisamment misérabiliste, jugeant que sa noirceur systématique finissait par desservir son propos plutôt que le servir. Le travail de la photographie, volontairement désaturée, a été relevé comme un choix esthétique fort venant renforcer l'atmosphère de désolation du récit.
Le public s'est montré tout aussi divisé, certains spectateurs saluant un film d'une grande intensité sur la survie en milieu rural pauvre, quand d'autres ont jugé l'accumulation de violence et de noirceur trop pesante pour être pleinement appréciée. La performance de Jamie Bell, saluée pour sa transformation physique, a globalement fait consensus au-delà des réserves formulées sur le scénario.
Le film a obtenu une récompense et une nomination selon les données recensées par la profession, une reconnaissance modeste qui reflète sa réception avant tout confidentielle, principalement construite autour de sa présentation au Festival International du Film de Toronto en septembre 2018.
Le scénario de Tim Sutton s'inspire fidèlement du roman de Frank Bill, dont le style littéraire rugueux a directement influencé le ton du dialogue et du récit à l'écran. Le réalisateur a fait le choix inhabituel d'utiliser la musique non pas comme un accompagnement classique mais comme des éclats d'énergie brute ponctuant certaines scènes, une approche remarquée par plusieurs critiques américains. Frank Grillo, habituellement associé à des rôles d'action plus conventionnels, a dû composer un personnage quasiment habité par le silence et la menace physique, à l'opposé de son emploi habituel. Jamie Bell, connu pour ses rôles plus lumineux comme celui de Billy Elliot, a dû se métamorphoser physiquement pour incarner un ancien Marine endurci par des années de galère économique. Le tournage, mené en coproduction franco-américaine, s'est déroulé dans des décors ruraux reconstituant l'atmosphère des forêts de l'Indiana au cœur de l'intrigue.
Donnybrook dresse le portrait d'une Amérique rurale rongée par la pauvreté, le chômage et l'épidémie d'opioïdes et de méthamphétamine, où la violence physique devient l'un des seuls leviers sociaux encore accessibles. Le film interroge aussi la masculinité toxique et la manière dont elle se transmet et se reproduit dans un environnement de désespoir économique. La famille, sa protection à tout prix mais aussi sa possible trahison, traverse également l'ensemble du récit à travers les figures d'Earl et de Delia. Enfin, le film questionne la possibilité même d'une rédemption dans un monde où la violence semble être devenue la seule langue commune.
Le tournoi du Donnybrook rassemble in fine l'ensemble des personnages pour un affrontement final où se jouent, selon les propres mots du synopsis du film, leur perdition ou leur rédemption. Cette formule résume bien l'ambiguïté volontaire de la conclusion : le film ne tranche pas nettement entre un dénouement rédempteur pour Earl, qui se bat avant tout pour offrir un avenir à sa famille, et la spirale de violence dans laquelle Chainsaw Angus a entraîné son propre destin. Cette absence de résolution morale claire est cohérente avec le regard désabusé que Tim Sutton porte sur l'Amérique qu'il dépeint tout au long du film.
Le mot Donnybrook désigne en anglais une bagarre générale et chaotique, term dérivé du nom d'une foire irlandaise historiquement réputée pour ses rixes. Ce terme désigne directement, dans le film, le tournoi clandestin de combat à mains nues organisé dans les forêts de l'Indiana, véritable centre de gravité du récit. Le titre annonce ainsi d'emblée la teneur brutale et chaotique du film, tout en évoquant une tradition populaire de violence collective ancienne et presque rituelle.
La musique du film, composée par Phill Mossman et Jens Bjørnkjær, a été remarquée par la critique américaine pour son usage résolument non conventionnel : plutôt qu'un accompagnement classique, elle surgit par éclats bruts d'énergie sonore qui viennent ponctuer certains moments clés du récit, renforçant son atmosphère électrique et instable.
Après sa première mondiale au Festival International du Film de Toronto en septembre 2018 puis sa sortie aux États-Unis en février 2019, Donnybrook est arrivé en France directement en DVD le 25 mars 2020, distribué par The Jokers. Cette sortie décalée reflète le parcours plutôt confidentiel du film en dehors de l'Amérique du Nord.
Les amateurs de ce portrait cru de l'Amérique rurale en déliquescence pourront se tourner vers Winter's Bone de Debra Granik, qui explore une pauvreté et une violence similaires dans les Ozarks du Missouri, ou vers Hell or High Water de David Mackenzie, autre plongée sombre dans une Amérique économiquement à bout de souffle.