John Dolittle est un médecin réputé de San Francisco qui mène une existence confortable auprès de sa famille, jusqu'au jour où il redécouvre un don oublié depuis l'enfance : la capacité de parler et de comprendre le langage des animaux. Ce pouvoir, qu'il croyait enfoui à jamais après avoir été sévèrement réprimé par son père, ressurgit brutalement lorsqu'il manque de renverser un chien errant qui l'insulte copieusement. Très vite, tous les animaux du voisinage se pressent à son cabinet, bouleversant sa vie professionnelle et le faisant passer, aux yeux de ses collègues, pour un homme au bord de la folie. Dolittle va devoir apprendre à assumer ce don extraordinaire tout en sauvant sa réputation et sa famille.
Ce long-métrage puise ses racines dans la série de romans pour enfants créée par l'écrivain britannique Hugh Lofting au début du vingtième siècle, mettant en scène un médecin capable de communiquer avec les animaux. Le studio 20th Century Fox souhaite alors proposer une relecture résolument moderne et comique de ce personnage, très éloignée de l'adaptation musicale de 1967. Les scénaristes Nat Mauldin et Larry Levin imaginent un cadre contemporain, transposant l'histoire dans le San Francisco de la fin des années 1990. La réalisatrice Betty Thomas, venue de la comédie télévisée, est choisie pour insuffler un rythme dynamique et une bonne dose d'humour familial au récit. Le rôle principal est confié à Eddie Murphy, alors en pleine relance de carrière après le succès du Professeur Foldingue. L'idée centrale du scénario consiste à transformer le don de télépathie animale en source de gags aussi bien visuels que verbaux, grâce à des dialogues volontairement irrévérencieux prêtés aux bêtes. Le pari des producteurs est de séduire à la fois les familles et un public plus adulte grâce à cet humour parfois grivois porté par les animaux.
À sa sortie, Doctor Dolittle reçoit un accueil critique partagé, certains observateurs saluant la performance comique d'Eddie Murphy tandis que d'autres regrettent un humour parfois trop potache et un ton hésitant entre film familial et comédie pour adultes. Les critiques les plus positives soulignent la nouveauté que représentent des animaux à la fois attachants et impertinents, portés par un doublage vocal savoureux. Le magazine spécialisé A.V. Club estime notamment que Murphy s'en sort bien en faisant-valoir d'une ménagerie déjantée, même si le film manque de la constance de ses précédents succès comiques. En France, l'accueil critique reste plus mitigé, la comédie étant jugée sympathique mais sans grande ambition. Le public, en revanche, réserve un accueil triomphal au film, qui devient rapidement l'un des plus gros succès commerciaux de la carrière d'Eddie Murphy jusqu'alors. Les familles plébiscitent particulièrement les scènes mettant en scène les animaux les plus loufoques, comme le tigre du Bengale ou le cochon d'Inde grincheux. Le bouche-à-oreille très favorable permet au long-métrage de rester en tête du box-office plusieurs semaines consécutives aux États-Unis. Si le film ne décroche aucune récompense prestigieuse, son succès commercial suffit à convaincre le studio de lancer immédiatement une suite ainsi que plusieurs déclinaisons directement destinées au marché de la vidéo, preuve de l'engouement durable suscité par ce nouveau Dolittle.
Pour donner vie à la ménagerie parlante du film, l'équipe technique combine dressage animalier traditionnel, marionnettes animatroniques et effets numériques naissants, une prouesse technique importante pour l'époque. Les producteurs recrutent un casting vocal impressionnant, avec notamment Norm Macdonald, Albert Brooks et Chris Rock prêtant leur voix respectivement à un chien, un tigre et un cochon d'Inde, apportant chacun leur humour propre aux dialogues des animaux. Le tournage nécessite une coordination minutieuse entre les dresseurs et les équipes de tournage afin d'obtenir des réactions crédibles de la part de dizaines d'animaux différents sur le plateau. Eddie Murphy doit fréquemment jouer ses scènes en interagissant avec des animaux qui, contrairement au montage final, ne réagissent évidemment pas à ses répliques en temps réel, ce qui exige de sa part une grande capacité d'improvisation et de concentration.
Doctor Dolittle traite avant tout de la difficulté à rester fidèle à soi-même et à ses dons singuliers dans une société qui valorise la conformité et le sérieux professionnel. Le film explore également le thème de la place de l'animal dans le monde humain, en donnant littéralement la parole aux créatures habituellement silencieuses pour mieux souligner leur sensibilité et leur humour propre. La comédie aborde en filigrane la question de l'équilibre entre vie familiale et carrière, John Dolittle devant apprendre à concilier ses obligations professionnelles avec le temps qu'exige sa nouvelle vocation. Le rapport père-fils occupe aussi une place importante, le personnage principal cherchant inconsciemment à réparer la relation conflictuelle qu'il a eue enfant avec son propre père au sujet de ce don. Enfin, le film célèbre la tolérance envers la différence, chaque animal ayant sa propre personnalité, ses propres angoisses et ses propres aspirations, tout comme les humains.
Après avoir manqué de perdre son cabinet médical et failli être interné pour ses prétendues hallucinations, John Dolittle finit par assumer publiquement son don en soignant ouvertement les animaux qui viennent le consulter. Ce choix lui coûte dans un premier temps sa réputation auprès de ses collègues les plus conservateurs, mais lui permet paradoxalement de renouer avec ce qui fait sa véritable valeur en tant que médecin, à savoir sa capacité d'écoute et d'empathie. Le point culminant du film survient lorsqu'il sauve la vie d'un tigre du zoo local, prouvant à tous, y compris à sa propre famille, que son don est bien réel et précieux. Cette reconnaissance publique lui permet de rouvrir un cabinet dédié aux soins des animaux, réconciliant ainsi sa vocation initiale de médecin humain avec sa nouvelle mission. Le film se conclut sur une note résolument optimiste, montrant Dolittle épanoui, entouré à la fois de sa famille et de ses nombreux patients à quatre pattes.
Le titre reprend simplement le nom du personnage créé par Hugh Lofting, Doctor Dolittle, dont la sonorité anglaise joue sur l'expression « do little », littéralement « faire peu », un clin d'œil ironique inventé par l'auteur original suggérant un personnage modeste qui, en réalité, accomplit énormément grâce à son don unique. Ce jeu de mots initial se perd partiellement dans la traduction française, où le nom devient simplement un patronyme sans connotation particulière pour le public francophone. Le titre fonctionne néanmoins comme une marque immédiatement reconnaissable, capitalisant sur la popularité du personnage déjà installée depuis les romans et la précédente adaptation cinématographique de 1967. Il annonce clairement au spectateur la nature du film à travers ce nom devenu synonyme, dans la culture populaire, de médecin capable de parler aux animaux.
Le personnage de Docteur Dolittle a connu une nouvelle jeunesse au cinéma avec Le Voyage du Docteur Dolittle, sorti en 2020 et porté par Robert Downey Jr., preuve que la figure imaginée par Hugh Lofting continue de fasciner des générations de spectateurs. Le film original de 1998 reste quant à lui régulièrement diffusé et redécouvert sur les plateformes de streaming, notamment auprès des familles nostalgiques des comédies d'Eddie Murphy des années 1990.
Les amateurs de cette comédie familiale animalière apprécieront également Le Chihuahua de Beverly Hills et Marley et moi, qui placent eux aussi des animaux au centre de récits familiaux touchants et comiques. L'Extravagant Docteur Dolittle de 1967, adaptation musicale du même personnage, offre une version plus classique et chantante de cette histoire. On peut également citer Le Monde selon Garp ou plus simplement les suites directes du film, Docteur Dolittle 2 et les épisodes suivants, qui poursuivent les aventures du médecin et de ses patients à fourrure.