Le docteur Paul Simay, surnommé Popaul, cultive une étrange prédilection pour les femmes laides, qu'il juge plus authentiques et moins superficielles que les belles. Il épouse ainsi Christine, jeune femme disgracieuse mais fille d'un grand chirurgien, ce qui lui permet d'hériter d'une clinique flambant neuve. Mais le jour de son mariage, il tombe éperdument amoureux de Martine, sa ravissante belle-soeur, et se met en tête d'éliminer méthodiquement tous ses prétendants. Immobilisé dans un lit d'hôpital après un accident de voiture, Popaul se remémore ce passé trouble, sans se douter du piège qui se referme sur lui.
Docteur Popaul naît de la volonté de Jean-Paul Belmondo, qui souhaite alors produire lui-même ses films, d'adapter le roman Meurtres à loisir de l'écrivain Hubert Monteilhet. Pour cette comédie noire aux accents de thriller, l'acteur propose le projet à Claude Chabrol, avec qui il n'avait plus tourné depuis À double tour, une dizaine d'années plus tôt. Le scénario est confié au fidèle collaborateur de Chabrol, Paul Gégauff, connu pour son ton provocateur et volontiers misogyne, qui façonne un personnage de séducteur cynique taillé sur mesure pour Belmondo. Le titre du film, qui fait référence à un surnom argotique grivois, annonce d'emblée le ton irrévérencieux de cette comédie grinçante, bien différente des œuvres plus feutrées habituelles de Chabrol.
À sa sortie, Docteur Popaul reçoit un accueil critique très partagé, certains journalistes saluant l'audace du sujet et le twist final qui vient rappeler la patte habituelle de Claude Chabrol, tandis que d'autres jugent le film vulgaire et mal maîtrisé dans sa première partie. Le public, en revanche, plébiscite massivement le film, séduit par la présence de Jean-Paul Belmondo alors au sommet de sa popularité : Docteur Popaul devient le plus grand succès public de toute la carrière de Claude Chabrol, avec plus de deux millions d'entrées en France. Le film ne reçoit pas de récompense notable dans les cérémonies de l'époque, mais son succès commercial exceptionnel pour une œuvre de Chabrol pousse Belmondo à poursuivre sa carrière de producteur les années suivantes.
Pour les besoins du film, l'actrice Mia Farrow, réputée pour sa beauté, a dû être "enlaidie" par les maquilleurs afin de correspondre au personnage de Christine, ce qui a nécessité un important travail de transformation physique. Le scénariste Paul Gégauff, connu pour ses positions provocatrices sur les femmes, a construit des dialogues volontairement outranciers, notamment lors des scènes entre Popaul et ses amis, ce qui a valu au film des critiques sur sa misogynie assumée. Au début du film, Claude Chabrol glisse un clin d'oeil à deux figures cultes de la bande dessinée, Lucky Luke à travers le personnage de Ma Dalton et Tintin via une référence à Tintin au pays de l'or noir.
Docteur Popaul dresse le portrait cynique d'un arriviste prêt à tout, y compris au crime, pour satisfaire ses désirs et grimper dans l'échelle sociale, dans la lignée des personnages amoraux chers à Claude Chabrol. Le film détourne les codes de la comédie légère pour distiller progressivement une critique sociale de la bourgeoisie provinciale et de ses hypocrisies, avant de basculer dans le thriller lors de son dernier acte.
Le film révèle dans ses dernières minutes que Christine, en apparence naïve et soumise, a en réalité manigancé sa revanche depuis le début, orchestrant l'accident de voiture qui rend Popaul impuissant et paraplégique avec la complicité de son amant, le docteur Berthier. Ce retournement final transforme rétrospectivement toute l'intrigue en un récit de vengeance froidement calculée, la proie se révélant finalement bien plus rusée que le prédateur.
Le titre du film joue sur le surnom familier et grivois donné au personnage principal, "Popaul" étant, dans l'argot populaire français, un sobriquet renvoyant au sexe masculin, ce qui annonce d'emblée le caractère grivois et provocateur de cette comédie.
La musique du film, composée par Pierre Jansen, fidèle collaborateur de Claude Chabrol, apporte une touche enjouée qui accompagne avec ironie les frasques du personnage principal.
Que la bête meure (1969), Le Boucher (1970), La Femme infidèle (1969).