Dimanche, 12 juillet 2026
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Dirty God

Dirty God

2019 Pays-Bas, Royaume-Uni, Belgique, Irlande
Synopsis

Jade sort de l'hôpital après avoir été défigurée par une attaque à l'acide commise par son ex-compagnon, un traumatisme qui bouleverse à jamais son rapport à son propre corps. De retour chez sa mère, elle retrouve sa petite fille Rae pour la première fois depuis l'agression, un moment de bonheur teinté d'appréhension face au regard des autres. Confrontée à la pitié ou à l'horreur qu'elle suscite malgré elle, Jade doit réapprendre à vivre, à désirer et à s'aimer dans un corps qu'elle ne reconnaît plus. Porté par une mise en scène très physique, le film suit son cheminement intérieur entre honte, colère et résilience.

Genèse du film

Sacha Polak porte le projet de Dirty God depuis plusieurs années, l'idée lui étant venue en croisant une femme au visage marqué par des brûlures lors du festival de musique néerlandais Lowlands. Ce n'est toutefois pas une adaptation littéraire : la réalisatrice néerlandaise a voulu s'emparer d'un phénomène de société bien réel, la multiplication des attaques à l'acide visant des femmes au Royaume-Uni, souvent commises par des compagnons ou ex-compagnons jaloux. Il s'agit du premier long métrage en langue anglaise de Sacha Polak, après Hemel et Zurich tournés aux Pays-Bas, mais son troisième long métrage en tant que réalisatrice. Pour incarner Jade, la cinéaste voulait une actrice porteuse de cicatrices réelles afin de renforcer l'authenticité du propos, une recherche qui l'a menée jusqu'à une vidéo YouTube où Vicky Knight, brûlée dans un incendie à l'âge de huit ans, racontait son propre combat contre le regard des autres. Le scénario du film avait d'ailleurs été rédigé bien avant Hemel, preuve de la longue maturation de ce projet personnel pour Sacha Polak.

Critiques et réception

La critique a globalement salué le film pour son approche sans concession du corps et de la reconstruction après un traumatisme aussi violent qu'une attaque à l'acide. Plusieurs médias ont souligné la qualité de la photographie signée Ruben Impens, ainsi que le montage inventif qui évite le pathos malgré la gravité du sujet. Certains critiques ont toutefois jugé le titre et le synopsis un peu trop convenus au regard de la radicalité formelle du film, la bande-annonce ayant pu laisser craindre un traitement plus classique du sujet. La révélation de Vicky Knight dans le rôle principal a en revanche fait quasiment l'unanimité, saluée comme une performance habitée et bouleversante.

Le public, notamment les personnes elles-mêmes marquées par des brûlures ou des cicatrices, a exprimé une forte identification au parcours de Jade, certains spectateurs déclarant enfin trouver à l'écran un film qui reflète fidèlement la complexité de la vie après une telle épreuve. D'autres ont souligné la force du message autour du plaisir féminin et de la sexualité, traité de façon frontale et rarement montré ainsi au cinéma.

Le film néerlandais de Sacha Polak a remporté les prix du meilleur film et de la meilleure mise en scène aux Gouden Kalveren, les prestigieux Veaux d'or néerlandais, une reconnaissance importante saluant le travail d'une réalisatrice déjà remarquée pour ses précédents films.

Anecdotes de tournage

Sacha Polak a mené une recherche longue et rigoureuse pour trouver l'actrice capable d'incarner Jade avec toute l'authenticité nécessaire, jusqu'à découvrir Vicky Knight, brûlée à hauteur de trente pour cent de son corps à l'âge de huit ans, dans une vidéo qu'elle avait elle-même publiée en ligne. Pour Vicky Knight, comédienne débutante et non professionnelle, ce rôle a représenté une expérience quasiment thérapeutique, lui permettant selon ses propres mots de comprendre qu'elle ne se résumait pas à ses cicatrices. La réalisatrice a par ailleurs contacté plusieurs femmes réellement victimes d'attaques à l'acide au Royaume-Uni afin de nourrir son scénario et de comprendre les logiques souvent glaçantes derrière ce type d'agression, résumées selon elle par l'idée que si le visage d'une femme n'appartient pas à son agresseur, il ne doit appartenir à personne d'autre. Le tournage, mené en coproduction entre les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Belgique et l'Irlande, s'est appuyé sur une équipe technique restreinte pour préserver l'intimité nécessaire aux scènes les plus personnelles du film.

Thèmes abordés

Dirty God explore avant tout les violences faites aux femmes à travers le prisme spécifique et encore trop peu représenté au cinéma des attaques à l'acide. Le film interroge aussi le rapport contemporain à l'image et à l'apparence physique, exacerbé par l'omniprésence des réseaux sociaux et du regard des autres. La maternité après un traumatisme, la reconstruction de l'identité et de la sexualité féminine occupent également une place centrale dans le récit. Enfin, le film aborde la résilience non comme un processus linéaire et glorieux mais comme un cheminement chaotique, fait de rechutes autant que de petites victoires.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le parcours de Jade se referme sur une forme d'acceptation progressive de son nouveau visage et de son nouveau corps, sans que le film ne prétende offrir une guérison totale ou un happy end artificiel. Sacha Polak choisit de montrer la résilience comme un processus permanent plutôt que comme un aboutissement définitif, cohérent avec la volonté du film de ne jamais désigner sa protagoniste comme une victime irréprochable ou parfaitement reconstruite. Cette fin en demi-teinte, à l'image du ton général du film, privilégie la sincérité du cheminement intérieur de Jade à toute forme de résolution spectaculaire.

Signification du titre

Le titre Dirty God fait référence à une réplique du film dans laquelle Jade affirme que son dieu est différent de celui des autres, un dieu qu'elle qualifie elle-même de sale. Cette formule renvoie à la manière dont Jade doit se construire une spiritualité et un rapport au monde qui lui soient propres, loin des représentations idéalisées et lisses de la beauté et de la pureté. Le titre traduit ainsi la démarche du film consistant à célébrer une forme de sacré imparfait, incarné par un corps meurtri mais bien vivant.

Actualités

Après sa première mondiale au Festival de Rotterdam en janvier 2019, où Sacha Polak a présenté son troisième long métrage en ouverture, Dirty God est sorti dans les salles françaises le 19 juin 2019, distribué par The Jokers. Le film a continué d'être montré dans plusieurs festivals européens tout au long de l'année, confirmant la reconnaissance critique de sa réalisatrice.

Films Similaires

Les spectateurs touchés par ce portrait de femme abîmée mais combative pourront se tourner vers American Honey d'Andrea Arnold, autre portrait social britannique porté par une mise en scène très physique et une héroïne en quête de reconstruction, ou vers Girl de Lukas Dhont, qui explore lui aussi le rapport complexe entre identité et apparence corporelle.