Lundi, 13 juillet 2026
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Dieu Existe, Son Nom Est Petrunya

Dieu Existe, Son Nom Est Petrunya

2019 Macédoine du Nord, Belgique, France, Croatie, Slovénie
Synopsis

Chaque année à Stip, petite ville de Macédoine du Nord, le prêtre orthodoxe lance une croix de bois dans la rivière glacée pour l'Épiphanie, et des centaines d'hommes plongent pour l'attraper, gage de bonheur et de prospérité pour le vainqueur. Petrunya, historienne au chômage de trente-deux ans humiliée après un énième entretien d'embauche raté, se jette à l'eau sur un coup de tête et s'empare de la croix avant tous les autres concurrents. Son geste, inédit pour une femme, déclenche la fureur des hommes floués et l'intervention conjointe de la police et de l'Église, bien décidées à la faire renoncer à son trophée. Entre huis clos au commissariat et confrontation avec les gardiens d'une tradition patriarcale, Petrunya va devoir tenir bon pour défendre ce qu'elle a gagné.

Genèse du film

Dieu existe, son nom est Petrunya s'inspire directement d'un fait réel survenu en 2014 dans la ville de Štip, en Macédoine du Nord, où une femme s'était emparée de la croix lancée dans la rivière lors du rituel de l'Épiphanie, traditionnellement réservé aux hommes. Ce geste avait alors provoqué un tel scandale que la femme concernée avait fini par devoir quitter le pays. Teona Strugar Mitevska a voulu transformer ce fait divers en une fable féministe assumée, considérant que tout film dont le personnage principal est une femme confrontée à une société patriarcale porte nécessairement une dimension féministe. Avant le tournage, la réalisatrice avait pris contact avec l'église de Štip pour tenter d'obtenir une collaboration, mais le responsable religieux avait refusé toute participation en affirmant que Dieu existe et qu'il est un homme, une phrase qui a directement inspiré le titre du film. Ce refus n'a fait que renforcer la détermination de la cinéaste macédonienne à raconter cette histoire de résistance individuelle face à des institutions unies contre elle. Le film s'inscrit dans la filmographie engagée de Teona Strugar Mitevska, dont les précédents films avaient déjà exploré la condition des femmes dans les Balkans contemporains.

Critiques et réception

La presse a globalement salué ce portrait féministe et tragicomique, saluant sa capacité à dénoncer le patriarcat macédonien sans jamais sombrer dans le pamphlet lourd. En France, le film obtient une moyenne de critiques presse tout à fait honorable sur les principaux agrégateurs, plusieurs journaux saluant l'interprétation de Zorica Nusheva et l'audace du scénario. Quelques critiques ont toutefois regretté un manque de subtilité dans le traitement du sujet, pointant notamment le personnage de la journaliste dont le rôle explicatif a pu paraître trop démonstratif. La mise en scène en huis clos, notamment les scènes au commissariat, a été particulièrement remarquée pour sa tension théâtrale.

Le public a suivi ce mouvement favorable, le film trouvant un écho particulier auprès des spectateurs sensibles aux questions de condition féminine dans les sociétés traditionnelles. Sur les plateformes de critiques internationales, le film est aussi salué comme un cri politique contre la misogynie enracinée, porté par une héroïne aussi atypique qu'attachante.

Le film a remporté le Prix du jury œcuménique lors de sa présentation à la Berlinale 2019, une reconnaissance notable pour un cinéma macédonien encore peu diffusé à l'international. Il a également été sélectionné en compétition au festival GoEast la même année, confirmant sa reconnaissance dans les circuits de festivals européens dédiés au cinéma d'Europe de l'Est.

Anecdotes de tournage

Dieu existe, son nom est Petrunya marque les débuts de Zorica Nusheva dans un rôle principal de long métrage, alors que cette comédienne appartient par ailleurs à une troupe de théâtre comique de Skopje. Teona Strugar Mitevska explique avoir apprécié chez les acteurs de comédie leur sens parfait du rythme et du timing, des qualités qu'elle recherchait particulièrement pour porter le ton tragicomique du film. Labina Mitevska, sœur de la réalisatrice et productrice du film, interprète elle-même le rôle de la journaliste féministe qui sert de médiatrice entre le public et les événements du récit. La tentative de la réalisatrice de faire collaborer l'Église orthodoxe locale au tournage s'est soldée par un refus catégorique, le responsable religieux affirmant que Dieu existe et qu'il est un homme, une réplique qui a fini par nourrir directement le titre du film. Le tournage s'est déroulé dans une coproduction complexe associant la Macédoine du Nord, la Belgique, la France, la Croatie et la Slovénie, reflet des réseaux de coproduction typiques du cinéma d'auteur des Balkans.

Thèmes abordés

Le film aborde frontalement le patriarcat et la manière dont les institutions religieuses et policières s'unissent pour maintenir les femmes à leur place dans les sociétés traditionnelles. Il interroge aussi la précarité économique des femmes diplômées, à travers le personnage de Petrunya, historienne surqualifiée mais incapable de trouver un emploi correspondant à ses compétences. La transmission des traditions patriarcales par les femmes elles-mêmes est également explorée à travers le personnage de la mère de Petrunya, gardienne intransigeante de l'ordre établi. Enfin, le film questionne la dignité individuelle et la capacité de résistance face à une pression sociale unanime, sans jamais céder à un discours simpliste sur les rapports entre hommes et femmes.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Après avoir résisté aux pressions de la police, du prêtre et des jeunes hommes rassemblés devant le commissariat, Petrunya finit par rendre la croix au pope de son plein gré, en lui expliquant qu'elle n'en a plus besoin. Ce geste ne doit pas être lu comme une capitulation, mais bien comme l'inverse : Petrunya a déjà obtenu ce qu'elle cherchait, à savoir la preuve qu'elle pouvait affronter et faire vaciller un système qui la méprisait, et elle n'a plus besoin de l'objet du rituel pour asseoir cette victoire symbolique. La réconciliation avec sa mère, à qui elle exprime son pardon, vient clore le film sur une note d'apaisement personnel plus que sur un triomphe collectif contre le patriarcat, dont le film suggère qu'il ne sera pas ébranlé du jour au lendemain.

Signification du titre

Le titre du film répond directement à une phrase prononcée par le prêtre de l'église de Štip lorsque Teona Strugar Mitevska l'avait sollicité pour une collaboration avant le tournage : Dieu existe, et il est un homme. En retournant cette affirmation contre elle-même, le titre Dieu existe, son nom est Petrunya affirme avec ironie que la légitimité et la force que la religion attribue au divin masculin peuvent tout aussi bien s'incarner dans une femme ordinaire qui refuse de se soumettre. Le titre résume ainsi, à lui seul, tout le geste politique et féministe du film.

Actualités

Après sa première mondiale à la Berlinale en février 2019, où il remporte le Prix du jury œcuménique, Dieu existe, son nom est Petrunya est sorti dans les salles françaises le 1er mai 2019. Le film a continué sa carrière en festivals tout au long de l'année, confirmant la reconnaissance internationale de Teona Strugar Mitevska comme l'une des voix les plus affirmées du jeune cinéma macédonien.

Films Similaires

Les spectateurs intéressés par ce regard féministe sur les traditions patriarcales pourront se tourner vers La Source des femmes de Radu Mihaileanu, qui met en scène la révolte de femmes d'un village maghrébin contre les usages imposés par les hommes, ou vers Sofia de Meryem Benm'Barek, qui explore lui aussi la pression sociale pesant sur les femmes marocaines confrontées aux normes patriarcales.