Riley Jones, lycéenne mal dans sa peau et ignorée de tous à Grizzly Lake High School, voit sa vie déjà compliquée par le fait que sa meilleure amie Ione s'est mise à draguer Clapton Davis, garçon populaire dont elle est secrètement amoureuse. Alors qu'un tueur en série surnommé Cinderhella, calqué sur le méchant d'un film d'horreur culte, sème la terreur parmi les élèves, tous les suspects potentiels se retrouvent collectivement punis d'une retenue par le principal Verge, le soir même du bal de promo. Coincés ensemble jusqu'à ce que le coupable se dénonce, les lycéens vont découvrir que la mascotte empaillée de l'école cache en réalité une machine à voyager dans le temps.
Detention constitue le second long métrage de Joseph Kahn, réalisateur américain d'origine coréenne surtout connu pour ses clips musicaux tournés pour Britney Spears, Eminem ou Taylor Swift, huit ans après son premier film Torque qui avait peiné à trouver son public. Kahn coécrit le scénario avec Mark Palermo, dans la volonté assumée de créer un mashup postmoderne du teen movie, empruntant à parts égales à Scream, Donnie Darko et The Breakfast Club tout en les saturant de références à la culture internet et aux réseaux sociaux naissants. Le réalisateur, très critique envers le cinéma hollywoodien formaté, choisit de financer une large partie du film sur ses propres économies personnelles afin de préserver sa liberté créative totale. Le film assume une esthétique de montage frénétique et une avalanche de références pop culturelles, cherchant à retranscrire à l'écran l'expérience sensorielle d'une génération hyperconnectée.
Detention a reçu des critiques partagées, obtenant 44% d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, l'agrégateur résumant le consensus critique en soulignant que le style survolté de Joseph Kahn donne au film un coup de fouet rebelle, mais que la surcharge d'idées empêche ce mélange de genres de former un tout véritablement satisfaisant. Certains critiques, comme celui de Slant Magazine, ont salué une découverte réjouissante pour les amateurs de pop culture underground, tandis que le New York Times a jugé le film irritant dans sa surenchère référentielle et son ironie permanente. Le public s'est montré très enthousiaste dans les festivals où le film a été projeté, notamment au Festival international du film de Seattle 2011, où l'énergie communicative du montage effréné a conquis une large partie des spectateurs présents. Le film a remporté le Prix du jury jeune au Festival de Seattle, le Prix L'Écran Fantastique au Festival Fantasia de Montréal, ainsi que le Midnight Extreme Award au Festival de Sitges en Espagne.
Joseph Kahn a financé une large partie de Detention sur ses propres économies personnelles, une démarche rare pour un réalisateur venu du monde du clip musical, mais qui lui a permis de préserver une totale liberté artistique sur ce projet particulièrement dense en références. La séquence la plus coûteuse du film est un plan-séquence circulaire filmé dans la bibliothèque du lycée, montrant le passage du temps à travers différentes époques musicales, un coût élevé s'expliquant par les droits de licence nécessaires pour l'utilisation de nombreuses chansons populaires. Le film glisse plusieurs clins d'œil ironiques à Torque, précédent long métrage de Joseph Kahn resté un échec commercial, l'un des personnages qualifiant même ce film de stupide dans une réplique assumée par le réalisateur lui-même.
Detention explore, sous une forme éclatée et postmoderne, l'identité adolescente façonnée par la culture pop et les références cinématographiques accumulées d'une génération biberonnée aux écrans. Le film questionne également la manière dont les médias et les icônes de la culture populaire distordent la perception que les jeunes ont d'eux-mêmes, en les poussant à imiter des rôles et des postures plutôt qu'à exister authentiquement. Il aborde enfin, à travers le motif du voyage dans le temps, la difficulté à échapper au déterminisme du passé et la possibilité, malgré tout, de réécrire son propre destin.
Le film révèle que la mascotte empaillée du lycée est en réalité une machine à voyager dans le temps, permettant à Ione et à sa propre mère Sloane, dont les esprits ont échangé de corps entre 1992 et 2011, de résoudre ensemble le paradoxe temporel menaçant de provoquer la fin du monde, tout en dénouant l'identité du véritable tueur Cinderhella, révélé être le fruit d'un ancien traumatisme collectif du lycée jamais réglé.
Le titre Detention désigne la retenue collective imposée par le principal Verge à l'ensemble des suspects potentiels du meurtre, qui les contraint à rester enfermés ensemble le soir du bal de promo plutôt que de fêter la fin de l'année scolaire comme leurs camarades.
Après une tournée remarquée dans les festivals internationaux en 2011, Detention n'a connu qu'une sortie limitée en salles américaines en avril 2012, distribuée par Samuel Goldwyn Films, avant de trouver progressivement un public plus large grâce au streaming et à un statut culte grandissant.
Les amateurs de Detention pourront se tourner vers Scream de Wes Craven pour son autodérision assumée du genre slasher, ou vers Scott Pilgrim de Edgar Wright pour son esthétique tout aussi saturée de références à la culture pop et au jeu vidéo.