Dimanche, 12 juillet 2026
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Désigné coupable

Désigné coupable

2021 Royaume-Uni, États-Unis
Synopsis

Capturé par le gouvernement américain après les attentats du 11 septembre, Mohamedou Ould Slahi est détenu pendant des années dans la prison de Guantánamo sans jugement ni inculpation. Épuisé par des années d'isolement et d'interrogatoires, il trouve un soutien inattendu auprès de l'avocate Nancy Hollander et de sa collaboratrice Teri Duncan, déterminées à faire valoir ses droits. Leur combat judiciaire se heurte à celui du procureur militaire Stuart Couch, chargé de démontrer la culpabilité de Slahi. Inspiré de faits réels, le film retrace ce combat acharné pour la vérité et la justice, au cœur d'un système prêt à tous les excès au nom de la sécurité nationale.

Genèse du film

Désigné coupable est l'adaptation des mémoires Les Carnets de Guantánamo, publiés par Mohamedou Ould Slahi, citoyen mauritanien détenu quatorze ans dans la prison de Guantánamo sans jamais avoir été formellement inculpé. Le projet est annoncé en 2019, avec Kevin Macdonald à la réalisation, cinéaste reconnu pour ses documentaires et ses films biographiques engagés. Le scénario, écrit notamment par Rory Haines et Sohrab Noshirvani, s'inscrit dans une vague de films américains interrogeant frontalement les dérives sécuritaires post-11 septembre, aux côtés d'œuvres comme Vice ou Zero Dark Thirty. Le tournage a débuté en Afrique du Sud fin 2019, avant d'être temporairement interrompu en raison de problèmes de santé de Jodie Foster. Ce contretemps a permis à Tahar Rahim d'être présent pour la naissance de sa fille, survenue durant cette pause de tournage. Kevin Macdonald a voulu adopter un point de vue à la fois factuel et humain, s'appuyant directement sur le témoignage de Mohamedou Ould Slahi pour restituer son expérience carcérale.

Critiques et réception

La critique a largement salué les performances de Tahar Rahim et Jodie Foster, jugées particulièrement convaincantes dans un film de procès qui ne révolutionne pas formellement le genre mais qui frappe par la force de son sujet. Plusieurs observateurs ont souligné la manière dont Kevin Macdonald parvient à dresser le portrait d'un pays prêt à tous les abus au nom de la vengeance et de la sécurité nationale. Certains critiques ont toutefois estimé que le film restait trop sage dans sa mise en scène au regard de la gravité de son sujet. Le film a connu une exploitation en salles restreinte, pénalisée par le contexte sanitaire mondial, ce qui a limité sa visibilité auprès du grand public malgré un accueil critique globalement favorable. Les spectateurs ayant découvert le film ont néanmoins salué la justesse du récit et la force émotionnelle portée par ses interprètes principaux. Le film a été récompensé aux Golden Globes 2021, où Jodie Foster a obtenu le prix de la meilleure actrice dans un second rôle, tandis que Tahar Rahim était nommé dans la catégorie du meilleur acteur dramatique. Il a également reçu plusieurs nominations aux BAFTA britanniques.

Anecdotes de tournage

Kevin Macdonald, issu du documentaire, a voulu s'appuyer sur une approche rigoureuse et factuelle du récit, en collaborant étroitement avec les véritables protagonistes de l'affaire, dont l'avocate Nancy Hollander, pour restituer fidèlement leur combat judiciaire. Tahar Rahim a pu échanger longuement avec Mohamedou Ould Slahi lui-même durant la préparation du tournage, afin de nourrir son interprétation d'une compréhension intime du vécu du personnage. L'acteur a expliqué avoir volontairement subi certaines des épreuves physiques montrées à l'écran, estimant que c'était le minimum qu'il pouvait faire pour rendre justice à l'expérience réelle de Slahi, tout en soulignant que ses propres épreuves restaient sans commune mesure avec celles vécues par le prisonnier. Le tournage s'est déroulé en Afrique du Sud à partir de décembre 2019, avant d'être interrompu quelques semaines pour des raisons de santé concernant Jodie Foster. La production a utilisé des choix esthétiques contrastés, alternant un format resserré pour les scènes de détention et un cadre plus large et fluide pour les séquences du procès, afin de matérialiser visuellement l'enfermement du personnage principal.

Thèmes abordés

Désigné coupable dénonce les dérives sécuritaires mises en place par les États-Unis après les attentats du 11 septembre, notamment la détention prolongée sans jugement pratiquée à Guantánamo. Le film interroge la notion de justice équitable face à un système prêt à sacrifier les droits fondamentaux au nom de la vengeance collective. Il explore également la résilience humaine face à l'isolement et à la torture, à travers le portrait d'un homme qui parvient à préserver son humanité malgré des années de détention arbitraire. La solidarité et le courage de ceux qui choisissent de défendre une cause impopulaire, incarnés par l'avocate Nancy Hollander, occupent une place centrale du récit. Le film questionne enfin la responsabilité individuelle au sein d'institutions capables du pire, à travers le personnage du procureur militaire confronté à ses propres doutes.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se conclut sur la victoire judiciaire de Mohamedou Ould Slahi, dont la détention est jugée illégale, sans que cela mette immédiatement fin à son incarcération, le gouvernement américain multipliant les recours pour retarder sa libération effective. Cette fin en demi-teinte souligne la lenteur et les limites du système judiciaire face à des enjeux de sécurité nationale, tout en célébrant la ténacité de ceux qui ont continué à se battre pour la vérité. Le film rappelle en épilogue qu'aucune institution américaine ne s'est officiellement excusée pour les années de détention arbitraire subies par Slahi, insistant sur le caractère inachevé de cette quête de justice.

Signification du titre

Le titre français, Désigné coupable, s'écarte du titre original The Mauritanian pour insister sur le mécanisme central du récit, celui d'un homme présenté comme coupable avant même d'avoir été jugé, en raison de son origine et de ses liens indirects avec des figures liées au terrorisme. Ce choix de traduction met l'accent sur l'injustice structurelle vécue par le personnage principal plutôt que sur son identité nationale, comme le fait le titre original en le désignant simplement comme « le Mauritanien ». Le titre français souligne ainsi la dimension critique du film envers un système judiciaire ayant préjugé de la culpabilité de Slahi bien avant tout procès.

Actualités

Depuis la sortie du film, Mohamedou Ould Slahi, dont l'histoire a inspiré le récit, a continué à témoigner publiquement de son expérience à Guantánamo, contribuant à maintenir l'attention médiatique sur les conditions de détention dans cette prison controversée.

Films Similaires

Zero Dark Thirty de Kathryn Bigelow, Vice d'Adam McKay, Le Pont des espions de Steven Spielberg.