En pleine Prohibition, la petite ville texane de Jericho est le théâtre d'une guerre sans merci entre deux familles rivales de trafiquants d'alcool, l'une irlandaise, l'autre italienne. Un mystérieux voyageur solitaire, qui se fait appeler Smith, traverse la ville avec pour seule intention d'y passer la nuit. Mais son passage n'a rien d'anodin : en dressant habilement les deux clans l'un contre l'autre, il entame un jeu de manipulation aussi dangereux que jubilatoire. Ce chevalier errant aux motivations troubles va bientôt transformer Jericho en un véritable champ de bataille.
Dernier recours est un remake américain du Garde du corps (Yojimbo), le classique d'Akira Kurosawa sorti en 1961, lui-même déjà adapté sans autorisation par Sergio Leone pour Pour une poignée de dollars en 1964. Le producteur Arthur Sarkissian approche le réalisateur Walter Hill pour reprendre l'histoire, projet auquel ce dernier hésite longuement à s'associer, jugeant l'idée de refaire un film de Kurosawa presque périlleuse. Il finit par accepter lorsqu'il apprend que Kurosawa lui-même a donné son accord pour un remake américain, à la condition expresse de ne pas en faire un western classique comme Sergio Leone. Walter Hill choisit alors de transposer l'intrigue à l'époque de la Prohibition, dans un style de film de gangsters emprunt des codes du film noir, avec Bruce Willis dans le rôle du mystérieux étranger.
À sa sortie, Dernier recours reçoit des critiques plutôt négatives, nombre d'observateurs jugeant la comparaison inévitable avec le film original de Kurosawa défavorable au remake américain, malgré le savoir-faire reconnu de Walter Hill pour les scènes d'action. Le public se montre également peu au rendez-vous, le film ne rencontrant pas le succès escompté au box-office malgré la présence de Bruce Willis, alors au sommet de sa popularité. Avec le recul, le film a néanmoins gagné les faveurs d'une partie de la critique et des cinéphiles, qui saluent aujourd'hui la maîtrise visuelle de Walter Hill et l'ambiance si particulière de ce polar des années 1930.
Akira Kurosawa, dont Le Garde du corps sert de matrice au film, a personnellement donné son accord pour ce remake américain, à la condition que Walter Hill ne le transforme pas en western classique, contrairement à Pour une poignée de dollars de Sergio Leone. Walter Hill, qui avait longtemps hésité à accepter le projet tant il vouait une grande admiration au film original, a finalement choisi de transposer l'intrigue durant la Prohibition afin de s'en démarquer visuellement et narrativement. Le compositeur Ry Cooder, habitué des collaborations avec Walter Hill, a signé une bande originale qui contribue fortement à l'atmosphère poussiéreuse et mélancolique du film.
Dernier recours reprend le motif classique du héros solitaire manipulant deux clans rivaux l'un contre l'autre pour mieux les détruire, interrogeant les frontières floues entre justicier et mercenaire sans scrupules. Le film explore également la corruption généralisée qui gangrène la petite communauté de Jericho durant la Prohibition, où la loi du plus fort prévaut sur toute autre forme de justice.
Après avoir savamment attisé la rivalité entre les deux familles jusqu'à leur destruction mutuelle, Smith élimine les derniers survivants du clan Doyle, dont le tueur redoutable interprété par Christopher Walken, avant de quitter Jericho aussi discrètement qu'il y était arrivé. Le film se termine sur cette figure de justicier ambigu, dont on ne saura jamais vraiment s'il agissait par sens moral ou par simple goût du jeu et de la manipulation.
Le titre original, Last Man Standing, désigne littéralement le "dernier homme debout" à l'issue de l'affrontement entre les deux clans rivaux, tandis que le titre français, Dernier recours, insiste davantage sur le rôle de Smith comme unique planche de salut possible pour une ville livrée au chaos.
Le Garde du corps (Yojimbo, 1961), Pour une poignée de dollars (1964), Miller's Crossing (1990).