Claude, jeune femme arrêtée après une série de meurtres, est envoyée dans un hôpital psychiatrique afin d'évaluer un possible trouble dissociatif de l'identité. Le docteur Brennac est chargé d'étudier son cas et de tenter de démêler les différentes personnalités qui semblent se disputer son esprit. En parallèle, à travers de nombreux retours en arrière, l'inspecteur Matthias revit les jours ayant précédé l'arrestation de la tueuse, dont il cherche encore à percer le mystère. Les deux enquêtes, psychiatrique et policière, finissent par s'entrelacer pour révéler la vérité troublante sur l'identité de Claude.
Après plusieurs films marqués par le fantastique et le merveilleux, René Manzor, également connu sous son vrai nom René Lalanne, se tourne avec Dédales vers un thriller psychologique plus adulte et plus sombre. Le réalisateur, qui signe lui-même le scénario, construit son récit autour du trouble dissociatif de l'identité, pathologie encore mal connue du grand public à l'époque, en s'inspirant du mythe grec du labyrinthe et du Minotaure pour structurer son intrigue. Le nom du personnage joué par Michel Duchaussoy, le docteur Karl Freud, constitue d'ailleurs un clin d'oeil assumé à Sigmund Freud et Carl Gustav Jung. Le film marque un tournant dans la carrière de Manzor, qui livre ici son projet le plus mature après Le Passage et 3615 code Père Noël.
À sa sortie, Dédales reçoit un accueil critique partagé, certains journalistes saluant l'ambition du scénario et son atmosphère oppressante, tandis que d'autres pointent des maladresses de mise en scène et un scénario parfois trop alambiqué. Le public reste relativement confidentiel, le film ne rencontrant qu'un succès limité en salles malgré une bande originale composée de morceaux de metal français destinés à toucher un public plus jeune. Avec le recul, Dédales a gagné une réputation de curiosité culte auprès des amateurs de thrillers psychologiques français, certains le comparant à des oeuvres américaines abordant des thématiques similaires sorties plus tardivement.
C'est la première fois dans la filmographie de René Manzor que le rôle récurrent d'un enfant lié à l'intrigue n'est pas interprété par un membre de sa propre famille, contrairement à ses films précédents où ses propres fils tenaient ce type de rôle. La musique du film a été composée par Jean-Félix Lalanne, frère du réalisateur, perpétuant une tradition de collaboration familiale entretenue par René Manzor tout au long de sa carrière. Frédéric Diefenthal et Edouard Montoute, qui incarnent ici des collègues policiers, avaient déjà partagé l'affiche en tant que duo de flics dans la saga Taxi, ce qui a nourri une complicité visible à l'écran. Le soin apporté à la bande-son, truffée de sons énigmatiques comme des murmures ou des bruits de train, a été pensé pour ne prendre tout son sens qu'au moment du dénouement final.
Dédales explore en profondeur le trouble dissociatif de l'identité et la manière dont un traumatisme peut fragmenter la psyché d'un individu en plusieurs personnalités distinctes. Le film aborde également, comme souvent chez René Manzor, la transmission et le deuil de la figure paternelle, ainsi que l'impuissance d'une mère isolée face à la détresse de son enfant. En filigrane, le mythe du labyrinthe et du Minotaure sert de métaphore à l'enfermement mental du personnage principal.
Le dénouement révèle que Claude n'est pas la seule responsable des meurtres attribués à son trouble : certaines de ses personnalités agissent en réalité comme des mécanismes de défense face à un traumatisme originel resté enfoui. La résolution de l'enquête permet de comprendre que les repères entre victime et coupable, entre passé et présent, étaient volontairement brouillés par la construction narrative du film, à l'image du labyrinthe évoqué par le titre.
Le titre Dédales renvoie directement au personnage mythologique de Dédale, architecte du labyrinthe du Minotaure dans la mythologie grecque, et symbolise ici le monde intérieur complexe et inextricable dans lequel les personnages doivent s'aventurer pour percer le secret de Claude.
Split (2016), Fight Club (1999), Le Cercle (2002).