Paul Kersey est un chirurgien de Chicago dont la femme est tuée et la fille plongée dans le coma par des cambrioleurs. Incapable d'attendre que la police retrouve les coupables, il prend la loi en main et devient un justicier masqué qui fait le ménage dans les rues de la ville. Remake du film culte de Michael Winner (1974) avec Charles Bronson, ce *Death Wish* signé Eli Roth modernise le personnage du vigilante dans un contexte américain contemporain exacerbé par les débats sur le droit au port d'armes.
Genèse du film
Death Wish (2018) est le remake du film original de Michael Winner sorti en 1974 avec Charles Bronson, lui-même adapté du roman Death Wish de Brian Garfield publié en 1972. Le film original, bien que controversé à sa sortie pour sa glorification de la justice populaire, est devenu un classique du cinéma d'action américain et a engendré quatre suites. Le projet de remake circulait à Hollywood depuis plusieurs années avant qu'Eli Roth, davantage connu pour ses films d'horreur (Hostel, Cabin Fever), n'en prenne les rênes. L'idée de transposer l'histoire dans le Chicago contemporain, dans le contexte des débats intenses sur le contrôle des armes à feu et la violence urbaine aux États-Unis, donnait au film une résonance politique immédiate. Bruce Willis, dont la carrière d'action était en quête d'un nouveau souffle après les derniers épisodes de Die Hard, a été choisi pour incarner Paul Kersey. Eli Roth voulait faire un film d'action efficace tout en l'ancrant dans une réalité sociale américaine palpable, évitant le simple film de divertissement pour proposer une réflexion plus ambiguë sur la justice et la violence. Le scénario a été retravaillé pour actualiser les enjeux — notamment en déplaçant l'action de New York à Chicago et en faisant du personnage un médecin plutôt qu'un architecte.
Résumé des critiques professionnelles : Death Wish a été accueilli très fraîchement par la critique. Beaucoup de journalistes ont jugé le film moralement problématique, estimant qu'il glorifiait la justice populaire et le port d'armes dans un contexte américain déjà très tendu par les fusillades de masse. Certains ont reconnu l'efficacité de la mise en scène d'Eli Roth dans les scènes d'action, mais ont refusé d'excuser les implications politiques qu'ils lisaient dans le film. Le consensus critique était celui d'un divertissement de genre honnête mais idéologiquement complaisant.
Réception du public : Le film a réalisé un résultat correct au box-office américain, rapportant environ 34 millions de dollars aux États-Unis pour un budget de 30 millions. Le public amateur de films d'action et les fans de Bruce Willis ont généralement bien accueilli le film, appréciant son efficacité et son ton direct. En dehors des États-Unis, les résultats ont été plus modestes.
Récompenses obtenues : Death Wish n'a pas reçu de récompenses cinématographiques. Il a en revanche reçu plusieurs "Razzie Awards" nominatifs pour ses performances et sa direction.
Inspirations du réalisateur : Eli Roth a voulu rendre hommage au film original de Michael Winner tout en le modernisant pour refléter les tensions de l'Amérique contemporaine autour des armes à feu. Il a travaillé en étroite collaboration avec des médecins de Chicago pour s'assurer de la crédibilité du personnage de chirurgien, et a tourné dans les rues réelles de la ville pour ancrer le film dans une géographie reconnaissable.
Difficultés de production : La principale difficulté du film a été de trouver le bon positionnement moral : trop proche de la glorification pure, le film risquait de se transformer en manifeste pro-armes ; trop critique, il perdait l'efficacité du divertissement de genre. Eli Roth a cherché une ambiguïté qui n'a pas toujours convaincu la critique. La sortie du film a été repoussée plusieurs fois, notamment en raison de la fusillade de Las Vegas (octobre 2017), jugée trop proche temporellement pour une sortie confortable.
Anecdote sur une scène particulière : La scène où Paul Kersey choisit son arme dans une armurerie — avec une démonstration détaillée du fonctionnement d'un pistolet — a fait l'objet de critiques virulentes de la part de groupes de contrôle des armes, qui y voyaient une publicité déguisée. Eli Roth a défendu la scène comme une représentation réaliste d'une expérience vécue par des millions d'Américains.
Thèmes abordés
Death Wish explore des thèmes qui traversent la société américaine de façon particulièrement tendue. La justice populaire vs la justice institutionnelle est le cœur du propos : que fait-on quand le système censé vous protéger vous abandonne ? La question du droit au port d'armes et de la légitime défense est présente à chaque scène, délibérément ou non. Le deuil comme moteur de violence est exploré de façon moins nuancée que dans Aftermath (2017), mais avec une efficacité dramatique réelle. La masculinité blessée et sa recomposition par la violence est un thème classique du film de vigilante, ici actualisé sans grand renouvellement. Le film interroge aussi la médiatisation de la violence et la façon dont internet transforme un justicier anonyme en célébrité. Enfin, Death Wish pose la question de la complicité du spectateur : peut-on prendre du plaisir à la violence fictive sans en cautionner les implications réelles ?
Explication de la fin
La fin de Death Wish voit Paul Kersey retrouver et éliminer les cambrioleurs responsables de la mort de sa femme et du coma de sa fille. Sa fille reprend conscience, suggérant que la vengeance accomplie a libéré quelque chose — une métaphore discutable que la critique n'a pas manqué de pointer. La police soupçonne Kersey d'être le justicier masqué mais ne peut pas le prouver. Il reprend sa vie de chirurgien, mais la dernière scène suggère qu'il n'en a pas fini avec son nouveau rôle. Cette fin ouverte — classique du film de vigilante — célèbre implicitement la justice extrajudiciaire, ce qui a constitué le principal reproche adressé au film.
Signification du titre
Death Wish — "désir de mort" en anglais — est le titre du roman original de Brian Garfield (1972) et du film culte de Michael Winner (1974). Il désigne à la fois le désir de mort que ressent Paul Kersey envers ceux qui ont détruit sa famille, et, dans une lecture plus sombre, une forme de pulsion autodestructrice que la violence libère en lui. Le titre a une ambivalence morale intéressante : un "death wish" peut aussi désigner une pulsion suicidaire — une façon de suggérer que la justice populaire est aussi une forme de mort intérieure pour celui qui la pratique. Cette nuance, présente dans le roman original, est moins développée dans les adaptations cinématographiques.
Actualités
Death Wish (2018) reste un film mineur dans la filmographie d'Eli Roth, surtout retenu pour son positionnement politique controversé au moment de sa sortie. Bruce Willis a depuis cessé de tourner en raison d'une maladie neurologique diagnostiquée en 2022. La franchise Death Wish originale reste une référence du cinéma d'action américain des années 1970-1980, régulièrement citée dans les débats sur la représentation de la violence et de la justice populaire au cinéma.
Films Similaires
Death Wish (1974) de Michael Winner avec Charles Bronson est l'original dont ce film est le remake. Taken (2008) de Pierre Morel est la référence moderne du film de père vengeur dont l'influence est visible partout dans ce genre. John Wick (2014) pousse le film de vigilante vers une stylisation extrême qui a redéfini le genre. Prisoners (2013) de Denis Villeneuve explore les mêmes tensions entre justice et vengeance avec bien plus de nuance. The Brave One (2007) de Neil Jordan offre une version féminine du vigilante urbain avec Jodie Foster, plus psychologiquement complexe.