Teddy, seize ans, voit son monde s'effondrer quand sa mère toxicomane est hospitalisée et qu'il se retrouve placé dans un foyer d'accueil pour mineurs. Refusant d'être séparé d'elle et déterminé à la sauver malgré tout, il va tout faire pour la retrouver et lui offrir un avenir meilleur, se heurtant à la réalité des services sociaux, à ses propres limites et à l'addiction implacable. Chad Chenouga signe un film d'une sensibilité et d'une honnêteté bouleversantes sur l'amour filial poussé jusqu'à ses extrêmes limites.
De Toutes Mes Forces est un projet profondément autobiographique pour Chad Chenouga, qui avait déjà exploré sa propre enfance marquée par la toxicomanie maternelle dans son premier film 17 Fois Cécile Cassard (2002). Ce deuxième long-métrage revient sur des souvenirs douloureux avec la distance et la maturité gagnées depuis lors, pour raconter comment un adolescent peut aimer une mère défaillante avec une intensité qui le met lui-même en danger. Chenouga a travaillé le scénario pendant de nombreuses années, cherchant le bon équilibre entre la fidélité à son vécu et la construction dramatique nécessaire à un film de fiction. Le choix de raconter l'histoire du point de vue de l'enfant — et non de la mère — était une décision éthique et artistique fondamentale : le film s'intéresserait à ce que vit un adolescent confronté à l'addiction parentale, avec toutes ses contradictions entre l'amour inconditionnel et la nécessité de se protéger. Zéphyrin Roux, jeune acteur non professionnel découvert lors d'un casting sauvage, apporte à Teddy une présence brute et une vérité que Chenouga cherchait.
Résumé des critiques professionnelles : De Toutes Mes Forces a été accueilli très favorablement par la presse française, qui a salué la sobriété et la justesse du regard de Chenouga sur un sujet difficile, la performance éblouissante du jeune Zéphyrin Roux et la façon dont le film évite tous les pièges du misérabilisme ou de la complaisance. Les journalistes ont particulièrement apprécié l'équilibre entre la dureté des situations et la tendresse du regard, qui dit quelque chose d'essentiel sur l'amour maternel même dans ses formes les plus brisées.
Réception du public : Le film a trouvé un public dans les circuits d'art et d'essai et a bénéficié d'un bouche-à-oreille excellent, notamment auprès des professionnels du travail social et de l'éducation qui se sont reconnus dans les situations décrites. Son accueil a dépassé les cercles habituels du cinéma d'auteur pour toucher un public plus large sensible à son humanité.
Récompenses obtenues : De Toutes Mes Forces a été nommé aux Césars 2018 dans la catégorie meilleur espoir masculin pour Zéphyrin Roux, et a reçu plusieurs prix dans des festivals de cinéma social et humaniste français et internationaux.
Inspirations du réalisateur : Chad Chenouga a évoqué l'influence du cinéma des frères Dardenne — leur façon de filmer au plus près des corps et des visages dans des situations de grande détresse sociale sans jamais perdre de vue l'humanité des personnages — comme modèle principal pour l'esthétique et l'approche du film. Il voulait un film qui respire le réel.
Difficultés de production : Travailler avec un acteur principal adolescent non professionnel dans des scènes d'une intensité émotionnelle extrême a demandé un investissement particulier en termes de direction d'acteurs et de protection psychologique. Chenouga a travaillé pendant des mois avec Zéphyrin Roux avant le tournage pour construire la confiance nécessaire à de telles performances.
Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Teddy retrouve sa mère dans un état de dégradation avancée dans un appartement insalubre a été la plus difficile à tourner pour Zéphyrin Roux, qui puisait dans une empathie authentique pour livrer une performance d'une vérité déchirante. Chad Chenouga a déclaré que cette scène était celle qui lui avait demandé le plus de courage personnel à filmer.
De Toutes Mes Forces explore l'amour filial dans sa forme la plus absolue et la plus paradoxale : l'amour d'un enfant pour un parent défaillant qui l'a abandonné à lui-même tout en restant l'objet de son attachement le plus profond. Le film dit que l'addiction n'efface pas l'amour mais le complique de façon presque insupportable — comment continuer d'aimer quelqu'un qui détruit la possibilité même de cet amour ? La question des limites de l'amour maternel — jusqu'où peut-on protéger un enfant contre l'amour qu'il porte à son bourreau ? — est posée avec une honnêteté qui ne cherche pas à y répondre simplement. Le film aborde aussi les services sociaux et leur impossible mission de substitution parentale, avec une bienveillance qui reconnaît leurs limites sans les condamner. La jeunesse comme période de construction identitaire dans un environnement destructeur est le fil thématique le plus universel du film.
La fin de De Toutes Mes Forces est d'une honnêteté qui refuse tout sentimentalisme : Teddy ne sauve pas sa mère — l'addiction est plus forte que son amour — mais il trouve un chemin pour continuer à vivre sans être détruit par elle. Cette résolution qui ne guérit rien mais qui dit que l'on peut survivre à l'amour impossible est la plus juste et la plus courageuse que le film pouvait choisir. Teddy repart, meurtri mais debout, portant en lui l'amour de sa mère comme une blessure qui sera aussi une force.
De Toutes Mes Forces dit l'effort extrême et total du personnage de Teddy pour sauver ce qui peut encore l'être — son amour pour sa mère, un avenir pour tous les deux, sa propre intégrité. Ce titre dit aussi l'épuisement qui guette celui qui donne toutes ses forces à une cause qui ne peut pas être gagnée par la seule volonté. Il y a dans cette expression une noblesse et une fragilité simultanées qui résument parfaitement le portrait de Teddy.
De Toutes Mes Forces a confirmé Chad Chenouga comme l'une des voix importantes du cinéma social français, dont la démarche autobiographique et le regard empathique sur la marginalité lui confèrent une place singulière. Zéphyrin Roux, révélé par ce film, a poursuivi une carrière d'acteur qui le confirme comme l'un des talents de sa génération. Le film continue d'être utilisé dans des contextes de formation des travailleurs sociaux et des professionnels de l'éducation comme document de sensibilisation aux réalités des enfants de parents toxicomanes.
De Toutes Mes Forces dialogue avec Rosetta (1999) des frères Dardenne pour la proximité physique avec un personnage adolescent en situation de survie. Moonlight (2016) de Barry Jenkins ou Beasts of the Southern Wild (2012) partagent la même attention à l'enfance en danger sans jamais la victimiser. Mommy (2014) de Xavier Dolan explore la relation mère-fils dans des circonstances extrêmes avec une intensité comparable. Requiem for a Dream (2000) d'Aronofsky dit de façon radicale ce que l'addiction fait aux familles. En France, Shéhérazade (2018) ou Les Misérables (2019) complètent ce panorama du film social français contemporain.