À la fin de l'été, Esther, dix-sept ans, termine sa saison sur les plages des Landes où elle vendait des glaces. Éperdument amoureuse d'un garçon déjà reparti, elle décide de prendre la route pour le retrouver à Paris. De rencontre en rencontre, son chemin la conduit jusqu'aux murs d'une communauté religieuse, où elle est accueillie par des sœurs cloîtrées. Des dunes du bord de mer à la cellule monacale, le film suit le cheminement intérieur d'une adolescente d'aujourd'hui, entre désir, solitude et quête spirituelle.
Premier long métrage d'Anna Cazenave Cambet, De l'or pour les chiens prolonge les thèmes déjà explorés dans ses courts métrages précédents, Gabber Lover, récompensé par la Queer Palm à Cannes en 2016, et Iemanja cœur océan. La réalisatrice y retrouve son goût pour le désir adolescent et le bord de mer, tout en abordant frontalement la sexualité dès les premières minutes du film. Le scénario, coécrit avec Marie-Stéphane Imbert, construit un récit en deux parties distinctes, l'une solaire et sensuelle sur la côte landaise, l'autre plus austère et mystique au sein d'un couvent, sans chercher à lisser la rupture de ton entre ces deux mondes. Le film a été défendu par la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2020, dans sa sélection Hors les murs.
La critique a salué la révélation que constitue la jeune actrice Tallulah Cassavetti, dont la présence solaire et sans affectation porte l'ensemble du film. Plusieurs observateurs ont souligné la maîtrise visuelle de la réalisatrice, photographe de formation, en particulier dans le traitement des couleurs et de la lumière, entre dorures estivales et blancheur monacale. La construction du film en deux parties contrastées a été perçue comme un pari audacieux, salué pour son originalité plus que pour un classicisme narratif. Le public a découvert un premier film sincère et singulier, porté par une héroïne dont le parcours évite les clichés habituels du cinéma sentimental estival. La partie se déroulant au couvent, jugée risquée sur le papier, a été particulièrement remarquée pour sa capacité à éviter l'invraisemblance et à proposer un vrai récit d'initiation spirituelle. Présenté à la Semaine de la Critique de Cannes 2020 puis au Festival du film francophone d'Angoulême, le film n'a pas obtenu de prix majeur mais a confirmé Anna Cazenave Cambet comme une voix prometteuse du jeune cinéma français.
Le tournage s'est déroulé entre les plages des Landes et un décor de communauté religieuse, deux environnements radicalement différents que la réalisatrice a choisi de filmer avec la même exigence photographique, en s'appuyant sur le travail de la directrice de la photographie Kristy Baboul. La partition originale, composée par le musicien électro Koudlam, a été pensée pour accompagner les deux tonalités du film, entre esthétique pop lors des scènes de bord de mer et atmosphère plus dépouillée dans la partie monacale. Anna Cazenave Cambet a construit son récit en deux mouvements distincts, refusant de suivre un schéma narratif classique pour privilégier les émotions changeantes de son héroïne.
De l'or pour les chiens explore l'éveil sensuel et sentimental d'une adolescente, entre désir non partagé et quête d'un sens plus profond à sa propre existence. Le film questionne la place du corps et de la sexualité féminine, refusant la vulgarité ou la provocation pour privilégier une approche frontale mais pudique. La spiritualité et le silence, incarnés par la vie recluse des religieuses, viennent faire contrepoint à l'impétuosité de la première partie du film. Le passage à l'âge adulte, la solitude et la reconstruction intérieure après une déception amoureuse structurent l'ensemble du récit.
Après avoir traversé une histoire d'amour déçue et une errance existentielle, Esther trouve refuge dans un couvent où elle noue une relation étroite avec une jeune religieuse ayant fait vœu de silence. Le film se termine sur un long monologue intérieur de l'héroïne, qui referme la boucle ouverte par la scène d'ouverture sur la plage : là où le corps s'exprimait par le désir, c'est désormais l'esprit qui prend la parole. Cette conclusion ne propose pas de résolution définitive quant à l'avenir d'Esther, mais suggère que son passage au couvent lui a permis d'amorcer une transformation intérieure, sans pour autant renoncer à sa liberté ni à sa quête de sens.
Le titre De l'or pour les chiens joue sur une forme de paradoxe, évoquant une richesse précieuse offerte sans discernement ou galvaudée, à l'image du parcours de l'héroïne qui offre son corps et son cœur sans toujours recevoir en retour la même considération. Le titre suggère aussi la naïveté et la générosité d'Esther, prête à se donner entièrement à ceux qu'elle rencontre, quitte à ce que cette générosité ne soit pas toujours à la hauteur de ce qu'elle mérite.
La musique originale du film, signée par le musicien électro Koudlam, a été remarquée pour sa capacité à accompagner les deux tonalités contrastées du récit, entre teintes pop estivales et atmosphère plus dépouillée de la partie monacale.
37°2 le matin, Jeune et jolie, Grave.