Le dernier jour d'école de l'année 1976, dans une petite ville du Texas, réunit une galerie de lycéens aux préoccupations bien différentes. Les élèves de troisième fraîchement promus au lycée redoutent le bizutage traditionnel infligé par leurs aînés, tandis que Randall Floyd, star du football américain, refuse obstinément de signer l'engagement anti-drogue exigé par son entraîneur. Entre virées en voiture, fêtes improvisées et petites rébellions adolescentes, cette soirée sans véritable intrigue centrale capture l'insouciance et les angoisses discrètes d'une génération entière. Le film suit en parallèle plusieurs groupes d'amis qui se croisent, se perdent et se retrouvent au fil de cette nuit décisive avant les grandes vacances.
Dazed and Confused s'inspire très largement de l'adolescence du réalisateur Richard Linklater à Huntsville, au Texas, dont il reprend jusqu'aux noms de certaines personnes réelles de sa ville natale pour construire ses personnages. Après le succès inattendu de son film indépendant Slacker, le producteur Jim Jacks obtient pour Linklater un budget de six millions de dollars auprès d'Universal Pictures, une somme confortable qui lui permet de tourner autour d'Austin avec une partie de son équipe technique habituelle. Le réalisateur choisit délibérément de ne pas construire d'intrigue centrale ni de protagoniste unique, préférant tisser un récit choral suivant plusieurs groupes de lycéens sur une seule soirée, à la manière d'American Graffiti de George Lucas dont il s'inspire ouvertement. La plupart des comédiens, alors totalement inconnus, ont été encouragés à improviser et à nourrir eux-mêmes l'écriture de leurs personnages, une méthode de travail qui deviendra la marque de fabrique de Linklater.
À sa sortie en 1993, Dazed and Confused reçoit un accueil critique plutôt tiède et un succès commercial très limité, ne rapportant que moins de huit millions de dollars aux États-Unis, en partie à cause d'une campagne marketing du distributeur Gramercy Pictures qui le présentait de façon réductrice comme un simple film sur les fumeurs de marijuana, au grand dam de Linklater. Le film ne trouve véritablement son public qu'après sa sortie en vidéo, où il devient progressivement culte auprès des spectateurs de la génération X. Le public a fini par plébisciter massivement le film au fil des décennies, saluant sa reconstitution fidèle et nostalgique de l'année 1976, sa bande originale de rock des années 1970 devenue culte, ainsi que la découverte a posteriori de nombreux acteurs alors inconnus devenus depuis des stars, de Matthew McConaughey à Ben Affleck en passant par Milla Jovovich et Parker Posey. Le film a depuis intégré la prestigieuse collection Criterion, confirmant son statut d'œuvre culte du cinéma indépendant américain.
Richard Linklater a dû batailler pour obtenir les droits de la chanson Rock and Roll de Led Zeppelin, allant jusqu'à envoyer des laserdiscs et une lettre personnelle particulièrement émouvante au guitariste Jimmy Page pour le convaincre. Si Page a fini par accepter, son ancien complice Robert Plant a quant à lui refusé d'autoriser l'utilisation de la chanson, ce qui a durablement contrarié le réalisateur. Le tournage a révélé de nombreux talents alors totalement inconnus, à commencer par Matthew McConaughey, dont le petit rôle initialement limité à quelques répliques a été considérablement étoffé par Linklater en cours de tournage, tant l'acteur impressionnait déjà l'équipe par son charisme naturel.
Dazed and Confused explore la nostalgie d'une jeunesse insouciante à la croisée des générations, saisissant l'énergie et les petites angoisses d'adolescents américains à la fin de l'ère post-Vietnam, avant l'avènement du disco et des années 1980. Le film aborde également les rites de passage propres à l'adolescence, entre bizutage, premières fêtes arrosées et quête d'identité au sein de différents groupes sociaux au lycée. Il questionne enfin, sur un ton résolument non moralisateur, la pression sociale et institutionnelle exercée sur les jeunes, à travers le refus de Randall Floyd de se plier à l'engagement anti-drogue imposé par son entraîneur.
Le titre Dazed and Confused, littéralement Hébété et Confus, emprunte son nom à une chanson du groupe britannique Led Zeppelin, et évoque l'état d'esprit flottant et légèrement second degré dans lequel se trouvent les adolescents du film au cours de cette longue soirée d'été 1976.
La bande originale du film, entièrement composée de standards du rock des années 1970 tels qu'Aerosmith, ZZ Top ou Ted Nugent, a représenté une part considérable du budget de production et est aujourd'hui considérée comme l'une des plus emblématiques de la décennie disco, contribuant fortement au statut culte du film.
En 2020, la journaliste Melissa Maerz publie Alright, Alright, Alright, une histoire orale retraçant en détail le tournage mouvementé du film, confirmant l'aura persistante de Dazed and Confused plus de vingt-cinq ans après sa sortie initiale.
Les amateurs de Dazed and Confused pourront se tourner vers American Graffiti de George Lucas, référence directe du film, ou vers Superbad de Greg Mottola pour son ton similaire de comédie adolescente sur une seule soirée décisive.