Entre un Londres contemporain et Meanwhile City, cité futuriste étouffante entièrement dominée par la religion, les destins de quatre âmes perdues vont se retrouver liés par une balle. Jonathan Preest, justicier masqué de Meanwhile City, arpente les rues à la recherche de son pire ennemi. Emilia, étudiante en art à Londres, met en scène des projets artistiques suicidaires de plus en plus dangereux, tandis que Milo, jeune homme au cœur brisé, tente désespérément de retrouver son premier amour. Esser, père endeuillé par la mort de son fils, erre quant à lui dans les bas-fonds de Londres, convaincu que son enfant est toujours vivant parmi les sans-abri.
Dark World, sorti au Royaume-Uni sous le titre original Franklyn, constitue le premier long métrage écrit et réalisé par Gerald McMorrow, jusqu'alors principalement connu pour des courts métrages. Le réalisateur imagine un récit choral entrelaçant plusieurs histoires en apparence indépendantes, réparties entre un Londres contemporain réaliste et Meanwhile City, cité futuriste dystopique entièrement soumise à la loi religieuse, où il devient illégal de ne professer aucune croyance. McMorrow explique avoir voulu explorer, à travers ces quatre personnages traumatisés par des événements liés à leur enfance, la manière dont chacun se réfugie dans des mondes imaginaires ou des obsessions personnelles pour échapper à une douleur trop grande à affronter directement. Le film a été présenté au Festival international du film fantastique de Gérardmer en 2010, avant de sortir directement en DVD et Blu-ray en France sous le titre Dark World.
La critique s'est montrée partagée face à Dark World, saluant l'ambition visuelle et la construction narrative complexe du film, notamment la reconstitution numérique convaincante de Meanwhile City, tout en reconnaissant que le scénario labyrinthique demandait une attention soutenue et une certaine patience de la part du spectateur. Plusieurs critiques ont souligné les qualités d'interprétation de l'ensemble du casting, en particulier Eva Green dans le rôle de l'étudiante suicidaire et Ryan Phillippe dans celui du justicier masqué. Le public s'est montré divisé, certains spectateurs saluant un film culte et sous-estimé, imaginatif et psychologiquement complexe, tandis que d'autres ont regretté un rythme jugé trop lent et une narration éclatée difficile à suivre dans sa première moitié. Le film a néanmoins acquis au fil des années un statut culte auprès d'un public de niche passionné de récits à univers parallèles et de constructions narratives non linéaires.
Gerald McMorrow a choisi de construire son scénario comme un puzzle éclaté, sans révéler d'emblée au spectateur la nature exacte du lien entre les différentes histoires parallèles ni même si les deux mondes présentés sont réellement séparés, contemporains ou décalés dans le temps. La cité futuriste de Meanwhile City a nécessité un important travail d'effets visuels numériques, contrastant avec le traitement plus intimiste et proche de l'indépendant réservé aux scènes se déroulant dans le Londres contemporain. Susannah York, dans l'une de ses dernières apparitions à l'écran, interprète la mère du personnage joué par Eva Green dans deux scènes marquantes du film.
Dark World explore le deuil et le traumatisme de l'enfance à travers quatre personnages qui se réfugient chacun dans un monde imaginaire ou une quête obsessionnelle pour échapper à une douleur qu'ils ne peuvent affronter directement. Le film questionne également la place de la religion dans la société, à travers la cité dystopique de Meanwhile City où la foi est rendue obligatoire par la loi, une satire à peine voilée du fondamentalisme religieux. Il aborde enfin la frontière ténue entre réalité et fiction, interrogeant la capacité de l'esprit humain à créer des mondes alternatifs pour survivre à la souffrance.
Le film révèle progressivement que les quatre histoires parallèles convergent en réalité vers un même événement traumatique vécu par les personnages, la cité de Meanwhile City se dévoilant comme le refuge mental construit par l'un des protagonistes pour échapper à une réalité trop douloureuse, avant que la résolution finale ne réunisse les personnages dans un même lieu et un même moment, à Londres.
Le titre français Dark World, littéralement Monde sombre, s'écarte du titre original Franklyn, qui renvoie au véritable nom du justicier masqué de Meanwhile City, la version française ayant préféré mettre l'accent sur l'atmosphère dystopique et onirique du film plutôt que sur l'identité de l'un de ses personnages.
Après une sortie discrète en 2008 et une présentation au Festival de Gérardmer en 2010, Dark World est resté un film relativement confidentiel, sorti directement en DVD et Blu-ray en France, avant de progressivement acquérir un statut culte auprès des amateurs de cinéma fantastique britannique.
Les amateurs de Dark World pourront se tourner vers Dark City d'Alex Proyas ou V pour Vendetta des Wachowski, autres récits dystopiques mêlant identité masquée et cité oppressante gouvernée par une idéologie totalitaire.