Paris, printemps 1794. Inquiet de la dérive meurtrière prise par la Révolution française sous l'effet de la Terreur, Georges Danton quitte sa retraite d'Arcis-sur-Aube pour regagner la capitale et dénoncer publiquement les excès du régime. Il affronte directement son ancien compagnon de lutte Maximilien Robespierre, désormais figure toute-puissante du Comité de salut public. Face à un Danton populaire, bon vivant et soutenu par une partie de la Convention, Robespierre hésite d'abord à agir avant de se résoudre à faire taire, de façon définitive, celui qu'il perçoit comme une menace pour la Révolution. Le film retrace les dernières semaines de Danton, de son retour à Paris jusqu'à son procès et son exécution.
Danton est l'adaptation de la pièce de théâtre L'Affaire Danton, écrite en 1929 par l'autrice polonaise Stanisława Przybyszewska, qui prenait alors davantage la défense de Robespierre que de Danton lui-même. Le réalisateur polonais Andrzej Wajda avait lui-même mis en scène cette pièce au théâtre avant d'en tirer un projet cinématographique, expliquant que sans cette expérience théâtrale préalable, il n'aurait jamais eu l'audace de se lancer dans une adaptation pour le grand écran. Le choix de Gérard Depardieu pour incarner Danton s'est imposé comme une évidence pour Wajda, l'acteur ayant déjà interprété ce rôle lors d'une représentation française de la pièce originale. Le scénario a été écrit par Jean-Claude Carrière, avec la collaboration de Wajda lui-même ainsi que d'Agnieszka Holland, tous deux ayant pris le parti d'inverser la perspective de la pièce originale pour valoriser davantage la figure de Danton au détriment de celle de Robespierre. Le projet a été activement soutenu par le tout nouveau gouvernement socialiste français de François Mitterrand, dans la perspective du bicentenaire à venir de la Révolution française, bien qu'une projection privée du film devant le président et son ministre de la Culture Jack Lang ait suscité un accueil pour le moins glacial. Tourné entre avril et juillet 1982 en France, le film se lit également comme une œuvre doublement historique : au-delà de la Terreur de 1794, Wajda y dépeint en filigrane la Pologne de 1982, alors placée sous loi martiale après l'interdiction du syndicat Solidarność et l'arrestation de ses dirigeants.
Danton a été salué par la critique internationale pour la puissance de sa reconstitution historique et pour l'interprétation habitée de Gérard Depardieu, jugée comme l'une des plus marquantes de sa carrière. Plusieurs observateurs ont souligné la lecture politique à double niveau du film, capable de parler simultanément de la Révolution française et de la situation polonaise contemporaine sans jamais sombrer dans l'anachronisme artificiel. En France cependant, le film a suscité une intense polémique dans les milieux intellectuels et historiques, une partie de la gauche française reprochant à Wajda d'avoir présenté un portrait à charge de Robespierre et, à travers lui, une critique implicite du gouvernement socialiste alors au pouvoir. La confrontation entre Depardieu et l'acteur polonais Wojciech Pszoniak, incarnant un Robespierre glacial et rongé par le doute, a été unanimement reconnue comme le sommet dramatique du film. Le public français a réservé un accueil plus favorable que celui de la critique intellectuelle, séduit par la reconstitution spectaculaire de la période révolutionnaire et par la prestation magistrale de Gérard Depardieu. Le film a également trouvé un écho particulier en Pologne et dans les pays du bloc de l'Est, où le parallèle avec la situation politique contemporaine n'a échappé à personne malgré la censure en vigueur dans ces territoires. Gérard Depardieu a été récompensé du prix du meilleur acteur par la National Society of Film Critics Awards aux États-Unis pour sa prestation dans le film, une reconnaissance internationale confirmant la portée du long métrage au-delà des frontières françaises.
Andrzej Wajda a eu l'idée du film en assistant à Paris à une représentation théâtrale de L'Affaire Danton dans laquelle Gérard Depardieu tenait déjà le rôle-titre, une performance qui l'a immédiatement convaincu de proposer à l'acteur de reprendre ce rôle pour le cinéma. Le tournage s'est déroulé entre avril et juillet 1982 en France, dans un contexte politique particulièrement tendu en Pologne, où la loi martiale venait d'être décrétée quelques mois plus tôt, contraignant Wajda à tourner son film loin de son pays natal tout en y insufflant une dimension politique clairement identifiable pour qui connaissait la situation polonaise de l'époque. La production a fait le choix de répartir les rôles selon les nationalités des comédiens engagés : l'ensemble des soutiens de Danton, à l'exception du personnage de Bourdon qui finira par le trahir, sont interprétés par des acteurs français, tandis que les alliés de Robespierre sont confiés à des acteurs polonais, un parti pris de casting renforçant la lecture à double niveau du film entre passé révolutionnaire français et présent politique polonais.
Danton explore les dérives du pouvoir révolutionnaire et la manière dont un régime né d'un idéal de liberté peut se retourner contre ses propres artisans, dévorant ses enfants au nom de la pureté idéologique. Le film interroge la rivalité entre deux tempéraments politiques opposés, incarnés par le bon vivant Danton et l'austère Robespierre, chacun porteur d'une vision différente de la Révolution et de ses excès. La question de la Terreur comme instrument de gouvernement et ses conséquences sur la société tout entière traverse l'ensemble du récit. Le film aborde enfin, en filigrane, le totalitarisme comme phénomène intemporel, Wajda dressant un parallèle explicite entre la Terreur de 1794 et les régimes communistes d'Europe de l'Est de son époque, en particulier la Pologne sous loi martiale.
Le film se conclut sur le procès expéditif puis l'exécution de Danton et de ses proches compagnons par le Tribunal révolutionnaire, Robespierre ayant fini par se résoudre à éliminer celui qu'il considérait comme un obstacle politique majeur malgré leur amitié passée. La scène finale de la guillotine, filmée avec une froideur clinique, souligne le prix payé par Danton pour avoir osé s'opposer publiquement à la logique implacable de la Terreur. Le dénouement du film suggère que cette victoire de Robespierre sur son rival ne constitue en réalité qu'un sursis, laissant entendre que le mécanisme de la Terreur, une fois enclenché, finira tôt ou tard par se retourner contre ses propres instigateurs, échos que les spectateurs polonais de 1982 pouvaient aisément transposer à leur propre contexte politique.
Le titre Danton reprend simplement le nom du révolutionnaire français Georges Danton, figure centrale du film et de la pièce de théâtre dont il est tiré. Ce choix de titre direct, centré sur un seul protagoniste malgré l'importance dramatique du personnage de Robespierre, souligne le parti pris assumé par Wajda de privilégier la perspective de Danton, à rebours de la pièce originale de Stanisława Przybyszewska qui penchait davantage en faveur de son rival.
La musique du film a été composée par Jean Prodromidès, interprétée par l'Orchestre philharmonique de Varsovie, contribuant à l'atmosphère grave et oppressante voulue par Andrzej Wajda pour restituer le climat de tension permanente qui règne à Paris durant cette période de la Terreur.
Danton demeure considéré comme l'un des films historiques majeurs du cinéma français des années 1980 et l'une des œuvres les plus marquantes de la carrière internationale d'Andrzej Wajda. Le film continue d'être régulièrement étudié pour sa double lecture politique, entre reconstitution de la Révolution française et commentaire voilé sur la Pologne communiste du début des années 1980.
La Révolution française, fresque en deux parties retraçant l'ensemble des événements de 1789 à 1794, offre un contexte historique plus large permettant de mieux situer les enjeux politiques dépeints dans Danton. Marie-Antoinette, dernière reine de France de Pierre Schoendoerffer, propose un autre regard sur cette même période vue depuis la perspective de la monarchie déchue. La Terreur et la Vertu, documentaire consacré à Robespierre et Danton, offre un éclairage historique complémentaire permettant de mesurer les libertés prises par Wajda avec la réalité des faits.