À Paris, Paul, trente ans, vient de se séparer d'Anna après une relation compliquée et retourne, effondré, vivre quelques jours chez son père. Incapable de retrouver l'énergie d'avancer, il sombre dans une profonde dépression qui inquiète son entourage. Son jeune frère Jonathan, éternel étudiant insouciant qui enchaîne les conquêtes amoureuses à travers la capitale, tente à sa manière légère de le sortir de cet état. Au fil d'une seule journée ponctuée de rencontres et de scènes de vie familiale, les deux frères que tout oppose vont peu à peu se rapprocher, aidés par un père aussi bienveillant qu'impuissant face au chagrin de son aîné.
Dans Paris est le troisième long métrage de Christophe Honoré, qui s'inscrit consciemment dans l'héritage de la Nouvelle Vague française, multipliant les clins d'œil à des cinéastes comme François Truffaut ou Jacques Demy. Le réalisateur a confié que l'idée du film lui était venue en partie en 2001, en entendant Romain Duris chanter une chanson au bord de la Garonne, et plus tard alors qu'il filmait Louis Garrel torse nu aux îles Canaries pour un précédent projet. Le scénario emprunte également certains motifs à Franny et Zooey, le roman de J. D. Salinger consacré à une fratrie new-yorkaise en crise existentielle. Pour incarner les deux frères, Christophe Honoré a réuni deux comédiens qu'il connaissait déjà bien pour avoir travaillé avec chacun d'eux séparément sur ses films précédents, misant sur leur alchimie naturelle à l'écran malgré des registres de jeu très différents. Le tournage s'est déroulé intégralement à Paris, dans des quartiers emblématiques comme Beaugrenelle ou les abords des Invalides, le réalisateur ayant notamment laissé carte blanche à ses assistants pour la mise en scène d'une séquence tournée dans le jardin de l'Intendant. Le film a été présenté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2006, où il a suscité un tel engouement qu'une séance supplémentaire a dû être ajoutée en urgence pour satisfaire l'afflux de spectateurs.
Les critiques ont largement salué Dans Paris comme une œuvre singulière, à la fois littéraire et naturaliste, capable de traiter des sujets graves comme la dépression et la mélancolie familiale avec une légèreté de ton assumée. Plusieurs observateurs ont particulièrement mis en avant les performances contrastées de Romain Duris, tout en retenue et en noirceur, et de Louis Garrel, plus expansif et théâtral, jugeant leur duo comme la grande réussite du film. La dimension d'hommage à la Nouvelle Vague a été saluée par une partie de la critique comme une déclaration d'amour sincère au cinéma français des années 1960, tandis que d'autres y ont vu une référence parfois trop appuyée et démonstrative. Guy Marchand, dans le rôle du père, a également été remarqué pour ce que beaucoup ont considéré comme l'un de ses plus beaux rôles depuis longtemps. Le public s'est montré plus partagé face à ce film à la construction narrative éclatée, certains spectateurs saluant son originalité formelle et son émotion sincère, d'autres se disant déroutés par le ton oscillant sans cesse entre comédie et tragédie. Le film a néanmoins rencontré un succès d'estime notable dans les salles art et essai françaises, confirmant la place de Christophe Honoré comme une figure montante du cinéma d'auteur français. Guy Marchand a été nommé au César du meilleur acteur dans un second rôle pour sa prestation dans le film, une reconnaissance saluée comme méritée après une longue carrière dans le cinéma français.
Christophe Honoré s'est inspiré à la fois de sa propre expérience et du roman Franny et Zooey de J. D. Salinger pour construire la relation entre les deux frères, cherchant à retranscrire la manière dont la légèreté apparente peut coexister avec une profonde douleur intérieure au sein d'une même fratrie. Le tournage s'est déroulé intégralement dans Paris, le réalisateur ayant délibérément choisi des quartiers emblématiques de la capitale, du Bon Marché au jardin de l'Intendant près des Invalides, pour ancrer visuellement le film dans une géographie parisienne précise et reconnaissable. Une séquence tournée dans ce jardin a été entièrement confiée à la mise en scène des assistants réalisateurs, à qui Christophe Honoré a laissé carte blanche pour cette scène particulière. Romain Duris et Louis Garrel avaient déjà chacun collaboré séparément avec Christophe Honoré sur ses films précédents avant de se retrouver réunis pour la première fois dans Dans Paris, une association que le réalisateur envisageait depuis plusieurs années.
Dans Paris explore la dépression et la difficulté de se reconstruire après une rupture amoureuse douloureuse, à travers le portrait d'un homme incapable de retrouver goût à la vie. Le film interroge également les liens fraternels et la manière dont deux frères que tout semble opposer peuvent malgré tout se soutenir face à l'adversité. La figure paternelle, bienveillante mais souvent démunie face à la souffrance de son fils, occupe une place importante dans le récit. Le film aborde enfin, à travers le personnage de Jonathan, une forme de fuite en avant amoureuse et sexuelle comme mécanisme de défense face à un deuil familial jamais véritablement digéré, celui d'une sœur disparue dont l'ombre plane sur toute la fratrie. Le film évoque avec pudeur mais sans détour les pensées suicidaires traversant Paul durant sa dépression, sujet rarement montré avec autant de délicatesse dans le cinéma français de cette période.
Au terme de cette longue journée parisienne, la présence conjointe du père et du frère de Paul finit par produire un effet d'apaisement sur ce dernier, qui commence à entrevoir une possibilité de sortir de sa dépression sans que le film ne propose pour autant une guérison miraculeuse ou définitive. Le dénouement privilégie une forme de tendresse familiale retrouvée plutôt qu'une résolution nette de la crise existentielle de Paul, dans la droite ligne du sous-titre du film, « Prends la peine d'ignorer la tristesse des tiens », qui suggère que la solidarité familiale, même imparfaite, demeure un rempart essentiel face à la souffrance individuelle.
Le titre Dans Paris situe d'emblée le film dans un espace géographique précis, la capitale française devenant à la fois le décor et un personnage à part entière du récit, que les deux frères traversent chacun à leur manière au cours d'une même journée. Le sous-titre complémentaire, « Prends la peine d'ignorer la tristesse des tiens », résume quant à lui la philosophie familiale mise en scène par Christophe Honoré, entre pudeur des sentiments et solidarité tacite face à la douleur de l'un des siens.
La musique originale du film a été composée par Alex Beaupain, collaborateur fidèle de Christophe Honoré, qui signe une partition mélancolique en parfaite résonance avec l'atmosphère du film, préfigurant sa collaboration plus poussée encore sur le film musical suivant du réalisateur, Les Chansons d'amour.
Dans Paris demeure considéré comme l'un des films marquants de la première partie de la carrière de Christophe Honoré, qui a depuis poursuivi une œuvre prolifique alternant cinéma, théâtre et opéra. Le film continue d'être régulièrement cité comme une référence du cinéma d'auteur français des années 2000 inspiré par la Nouvelle Vague.
Les Chansons d'amour, film suivant de Christophe Honoré réunissant à nouveau Louis Garrel dans un registre musical et sentimental proche, prolonge l'exploration du deuil et de la relation fraternelle amorcée dans Dans Paris. La Maman et la Putain de Jean Eustache, référence assumée de la Nouvelle Vague tardive, partage avec le film de Honoré ce goût pour les dialogues fleuves et l'exploration des tourments amoureux de la jeunesse parisienne. Baisers volés de François Truffaut, dont l'esprit plane sur l'ensemble du film à travers le personnage de Jonathan, constitue une référence directe pour comprendre l'hommage rendu par Honoré à la Nouvelle Vague.