Antoine, chanteur dépressif, plaque sa carrière et devient gardien d'un immeuble parisien. Il y rencontre Mathilde, une retraitée récemment à la retraite qui sombre doucement dans la folie. Elle est persuadée qu'un mur de son appartement se fissure et que l'immeuble va s'effondrer. Entre eux naît une amitié étrange et touchante. Deux solitudes qui se trouvent pour affronter leurs angoisses.
Le film n'est tiré d'aucun livre ni d'une histoire vraie. C'est un scénario original de Pierre Salvadori et David Colombo-Léotard. L'idée originelle est venue à Salvadori en observant les gardiens d'immeubles parisiens, ces figures à la fois invisibles et centrales dans la vie d'un bâtiment. Il voulait faire un film sur la dépression et la paranoïa ordinaire, mais sur le ton de la comédie douce-amère. L'inspiration vient de son envie de filmer la folie non pas comme un cas psychiatrique, mais comme une inquiétude partagée par tous. Après De vrais mensonges, il souhaitait retravailler avec Catherine Deneuve sur un registre plus grave et plus intime.
Les critiques professionnelles ont réservé un excellent accueil au film. La presse salue la finesse de Pierre Salvadori et le duo Deneuve/Kervern. Le Monde parle d'une "comédie mélancolique d'une grande justesse" et Télérama d'un "bijou d'humour noir et de tendresse". Le film obtient 3,9/5 sur Allociné presse. La réception du public a été plus confidentielle. Avec 380 000 entrées, le film a trouvé son public d'habitués des salles d'art et essai. Les spectateurs louent l'interprétation tout en retenue et la capacité du film à parler de sujets lourds avec légèreté. Le film n'a pas eu de récompenses majeures. Il a été sélectionné au Festival de Berlin 2014 dans la section Panorama. Catherine Deneuve a été nommée au César de la Meilleure actrice et aux Prix Lumières pour son rôle. Le film reste un succès d'estime pour Salvadori.
Pierre Salvadori cite Jacques Tati et Elia Kazan comme inspirations : Tati pour la poésie du quotidien dans un immeuble, et Kazan pour la direction d'acteurs. Il voulait filmer la cour comme un théâtre. La production s'est déroulée entièrement dans un vrai immeuble du 11e arrondissement de Paris. Tourner dans un lieu habité a été la plus grosse difficulté, avec les contraintes de bruit et de voisinage. La scène où Mathilde perce le mur a été tournée en une seule prise pour garder la tension. Gustave Kervern a failli refuser le rôle, se sentant trop "normal" pour jouer un dépressif. Salvadori l'a convaincu que c'était justement sa normalité qui était intéressante. Catherine Deneuve a imposé de ne pas être maquillée pour paraître plus vulnérable à l'écran. Le rôle d'Antoine avait été écrit pour Vincent Macaigne au départ.
Le film traite de la maladie mentale et de la dépression avec pudeur et humour. Il aborde la solitude en milieu urbain et la difficulté de vieillir. Le thème de la paranoïa est central : qui est fou, Mathilde qui voit des fissures, ou la société qui refuse de les voir ? C'est aussi un film sur l'amitié improbable entre deux êtres cabossés qui se sauvent mutuellement. Salvadori parle de la bienveillance et de l'écoute comme remèdes à l'angoisse. L'immeuble devient une métaphore de la société : chacun dans son appartement avec ses fissures intimes.
À la fin, l'immeuble ne s'effondre pas. Les experts concluent qu'il n'y a aucun danger. Mathilde accepte enfin de se soigner et part quelques temps en maison de repos. Antoine, lui, reprend goût à la vie grâce à elle et redonne un concert. La dernière scène les montre se retrouvant dans la cour, apaisés. La fin signifie que les "fissures" n'étaient pas dans le mur, mais en eux. En les partageant, ils ont pu commencer à les réparer. Il n'y a pas de guérison miracle, mais l'espoir d'aller mieux ensemble. La cour reste debout, comme eux.
Dans la Cour a un triple sens. D'abord, c'est le lieu de l'action : la cour de l'immeuble où se noue la relation. C'est aussi une référence à l'expression "être dans la cour des grands", alors que les deux héros sont des adultes redevenus fragiles comme des enfants. Enfin, "la cour" c'est l'espace public, le lieu où l'on se montre aux autres malgré ses failles. Le titre dit tout de l'intimité et du social qui se mélangent dans le film.
Le film a été rediffusé sur Arte en 2023 dans un cycle "Pierre Salvadori". Il est étudié dans des cursus de psychologie pour sa représentation de la paranoïa. Catherine Deneuve cite régulièrement Mathilde comme l'un des rôles les plus personnels de sa carrière. Pierre Salvadori a retrouvé Gustave Kervern en 2022 pour La Petite Bande. Le film reste une référence du cinéma français des années 2010 pour parler de santé mentale.