Anna et Francesca sont deux jeunes adolescentes de quatorze ans liées par une amitié fusionnelle et indéfectible au sein d'une cité ouvrière de Piombino, en Toscane. Loin des paysages de cartes postales, leur quotidien est rythmé par la fumée noire et le bruit assourdissant de la gigantesque usine sidérurgique locale où travaillent leurs pères et leurs frères. Alors que leurs corps se transforment et attirent le regard des hommes, les deux jeunes filles rêvent désespérément d'évasion et de liberté. Ce drame social poignant filme la fin brutale de l'enfance face à la dureté du monde ouvrier moderne.
Ce drame social intense est l'adaptation cinématographique officielle du célèbre roman à succès international éponyme écrit par l'auteure italienne Silvia Avallone. L'idée originelle du réalisateur Stefano Mordini était de capter la réalité brute d'une Italie périphérique et ouvrière, oubliée par la crise économique moderne. L'inspiration est venue de la force poétique et révoltée du texte d'origine, décrivant la sensualité adolescente étouffée par la poussière de fer de l'usine. Le cinéaste a collaboré avec des ouvriers réels pour s'assurer de la justesse des décors et des comportements au sein de l'aciérie. La production a fait le choix courageux de recruter de jeunes actrices non professionnelles de la région pour garantir une authenticité absolue à l'écran. Le projet a été conçu comme un hommage vibrant au néoréalisme italien contemporain.
La presse professionnelle italienne et internationale a chaleureusement accueilli ce drame social lors de sa présentation au Festival de Venise, saluant la puissance de son univers visuel. Les critiques ont loué la justesse brute de la mise en scène et la performance lumineuse des deux jeunes actrices principales, pleines de fougue naturelle. De nombreux journalistes ont applaudi le portrait sans concession de la condition ouvrière contemporaine, loin des clichés touristiques de la Toscane. Quelques avis minoritaires ont regretté certaines longueurs contemplatives inhérentes au genre du cinéma d'auteur. Du côté des spectateurs, le public a été profondément touché par la mélancolie poignante du récit et l'authenticité des rapports humains décrits. Le film a remporté un joli succès d'estime dans les réseaux de cinémas d'art et d'essai européens.
Le metteur en scène s'est fortement inspiré des grands maîtres du cinéma social européen comme les frères Dardenne pour filmer ses personnages au plus près des corps. Le tournage s'est déroulé au cœur même de la véritable aciérie de Piombino en activité, ce qui a imposé des contraintes de sécurité et des bruits industriels réels très lourds pour l'équipe technique. Une anecdote raconte que les deux jeunes héroïnes ont été choisies parmi des centaines de collégiennes de la région après de longs mois de casting sauvage dans les rues. L'équipe a travaillé avec une lumière naturelle et crue pour accentuer l'aspect industriel et étouffant du décor urbain des barres d'immeubles face à la mer. Pour les rôles d'adultes, le réalisateur a fait appel à des acteurs confirmés de la scène italienne pour encadrer les adolescentes.
Le film explore en profondeur l'amitié fusionnelle à l'adolescence, l'éveil de la sensualité féminine sous le regard patriarcal et la dureté de la condition ouvrière. Il traite également du déterminisme social, de l'impact écologique de l'industrie sur la jeunesse et du rêve d'émancipation urbaine.
La conclusion du drame est marquée par un accident du travail tragique au sein de l'usine, brisant brutalement les illusions et l'insouciance des personnages. Face au deuil et à la réalité immuable de leur condition sociale, Anna et Francesca voient leur relation évoluer vers une maturité forcée et douloureuse. Le dénouement évite les résolutions magiques pour montrer la résilience des deux amies qui, malgré les drames, continuent de regarder la mer avec l'espoir d'un avenir ailleurs. La scène finale montre les deux jeunes filles unies sur la plage, symbolisant une sororité qui survit à la poussière d'acier. C'est une fin ouverte teintée d'une douce mélancolie.
Le titre fait doublement référence au matériau produit par l'usine qui fait vivre et mourir la ville, tout en symbolisant la solidité à toute épreuve de l'amitié qui unit les deux héroïnes.
Le long-métrage reste étudié dans les lycées et les ciné-clubs en Italie pour son illustration fidèle des problématiques liées à la désindustrialisation et à la jeunesse périphérique.
On peut rapprocher ce long-métrage d'autres chroniques adolescentes sociales fortes se déroulant dans des milieux industriels comme « Rosetta » ou « Gomorra ».