Au XVIIe siècle, Cyrano de Bergerac est un poète et bretteur hors pair, doté d'un esprit aussi vif que son épée, mais affligé d'un nez immense qui le persuade de ne jamais pouvoir être aimé. Il est secrètement épris de sa cousine Roxane, une précieuse éblouissante d'intelligence et de beauté. Lorsque celle-ci lui confie son amour pour le jeune cadet Christian de Neuvillette, Cyrano choisit de lui prêter sa plume pour séduire la jeune femme à sa place. Ce sacrifice silencieux va le hanter pendant des années, jusqu'à un ultime aveu.
Le film est une adaptation de la pièce en vers d'Edmond Rostand, créée en 1897 et devenue un monument du théâtre français. Jean-Paul Rappeneau rêvait depuis longtemps de porter ce texte à l'écran, fasciné par la figure de ce héros à la fois grotesque et sublime. Il s'associe au scénariste Jean-Claude Carrière pour resserrer l'œuvre sans en trahir la musicalité, un exercice d'orfèvrerie sur l'alexandrin. Les deux hommes travaillent plusieurs années à condenser la pièce pour la rendre fluide au cinéma tout en conservant l'esprit de la versification originale. Rappeneau souhaitait avant tout redonner de la vie et du souffle physique à un texte souvent figé par la tradition théâtrale. Le projet, ambitieux et coûteux pour le cinéma français de l'époque, est porté par une volonté de renouer avec le grand cinéma de cape et d'épée populaire.
La critique française salue unanimement la prouesse : un classique du répertoire devient un grand spectacle populaire sans perdre sa profondeur littéraire. Les journaux soulignent la performance de Gérard Depardieu, jugée habitée et bouleversante, ainsi que la beauté de la reconstitution du XVIIe siècle. Beaucoup considèrent le film comme l'un des sommets du cinéma patrimonial français de la décennie. Le public plébiscite le film dès sa sortie, séduit par son énergie, son humour et son lyrisme, ce qui en fait un immense succès en salles. Il devient une référence culturelle, souvent étudiée dans les écoles aux côtés du texte de Rostand. Son succès dépasse les frontières, avec une sortie remarquée aux États-Unis en version sous-titrée. Le film obtient dix César dont ceux du meilleur film, du meilleur acteur pour Depardieu et de la meilleure photographie. Il reçoit également un accueil enthousiaste au Festival de Cannes où il est présenté hors compétition. Depardieu décroche en outre le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes la même année.
Rappeneau s'est inspiré des mises en scène flamboyantes du cinéma de cape et d'épée hollywoodien tout en cherchant une vérité plus rugueuse et physique, loin du théâtre filmé. Il voulait que les combats à l'épée paraissent réels et dangereux plutôt que chorégraphiés de façon trop académique. Le tournage s'est étalé sur plusieurs mois entre la Hongrie et la France, avec des décors immenses reconstituant le Paris du XVIIe siècle, ce qui a représenté un défi logistique et financier considérable pour une production française. Les conditions météorologiques et la gestion de centaines de figurants en costumes ont compliqué plusieurs scènes de bataille. La fameuse scène du siège d'Arras, tournée sous une pluie battante et dans la boue, a été particulièrement éprouvante pour les acteurs et l'équipe technique, mais elle est restée l'une des plus admirées du film pour son réalisme. Depardieu portait un nez prothétique complexe, retravaillé à plusieurs reprises pour rester crédible en gros plan tout en lui laissant une liberté de jeu suffisante.
Le film explore avant tout la question de l'apparence face à l'identité profonde, à travers un héros qui se croit condamné à l'amour impossible à cause de son physique. Le panache, cette élégance du geste et de la parole même dans l'échec, traverse toute l'œuvre comme une véritable philosophie de vie. L'amour non déclaré et le sacrifice de soi occupent une place centrale, Cyrano préférant l'ombre au bonheur égoïste. La puissance du langage et de la poésie comme instrument de séduction et de vérité est également mise en avant. Enfin, le film interroge la frontière entre l'être et le paraître, et la difficulté de se faire aimer pour ce que l'on est réellement.
Des années après la mort de Christian, Cyrano rend visite à Roxane, retirée dans un couvent, comme il le fait chaque semaine sans jamais rien révéler. Mortellement blessé peu avant, il continue de lui rendre visite malgré tout, et se met à réciter de mémoire, dans la pénombre, la dernière lettre de Christian. Roxane comprend alors que c'est la voix de Cyrano qu'elle a toujours aimée à travers les mots signés par un autre. Il meurt sous ses yeux en refusant jusqu'au bout de céder au désespoir, fidèle à son idéal de panache.
Le titre reprend simplement le nom du personnage principal, inspiré d'une figure historique réelle, l'écrivain et duelliste Savinien de Cyrano de Bergerac. Edmond Rostand s'est librement inspiré de sa vie et de sa légende pour créer un personnage romanesque bien plus flamboyant que l'original. Le nom est devenu depuis synonyme, dans la culture populaire, d'un amoureux transi se cachant derrière les mots d'un autre.
La partition de Jean-Claude Petit, à la fois lyrique et énergique, accompagne magnifiquement les scènes de duel comme les moments les plus intimes, et lui vaut le César de la meilleure musique.
Le film reste régulièrement diffusé et redécouvert, notamment à l'occasion des adaptations plus récentes du mythe de Cyrano, comme le film musical américain Cyrano de Joe Wright sorti en 2021 avec Peter Dinklage, qui a relancé l'intérêt pour l'œuvre originale de Rappeneau.
Les amateurs du film peuvent se tourner vers Roxane de Fred Schepisi (1987), transposition moderne de la pièce de Rostand, vers Edmond d'Alexis Michalik (2018), qui raconte la création de la pièce originale, ou encore vers Ridicule de Patrice Leconte pour son évocation du verbe comme arme sociale au XVIIIe siècle.