Coraline Jones est une fillette curieuse qui vient d'emménager avec ses parents débordés dans une vieille maison isolée. En explorant sa nouvelle demeure, elle découvre une petite porte secrète dissimulée derrière le papier peint. Cette ouverture la mène dans un monde parallèle étrangement similaire au sien, mais en beaucoup plus joyeux et attentionné. Dans cet univers alternatif, ses "Autres Parents", qui ont des boutons de couture à la place des yeux, se montrent d'une gentillesse suspecte. Coraline va vite comprendre que ce monde merveilleux cache un piège terrifiant dont elle devra s'échapper.
Le projet de ce chef-d'œuvre d'animation en volume trouve sa source dans le célèbre roman éponyme de dark fantasy écrit par Neil Gaiman et publié en 2002. Fasciné par l'atmosphère gothique et enfantine du livre, le réalisateur Henry Selick, célèbre pour "L'Étrange Noël de monsieur Jack", en a immédiatement acquis les droits d'adaptation. L'idée originelle était de traiter des peurs enfantines universelles et du désir d'évasion à travers un conte moderne moral. Selick s'est inspiré des contes de fées traditionnels des frères Grimm tout en y insufflant une sensibilité visuelle contemporaine et surréaliste. Le développement du film a marqué l'histoire de l'animation puisqu'il s'agit du tout premier long-métrage en stop-motion conçu pour être visionné en relief 3D stéréoscopique. Ce défi technologique et artistique a nécessité plusieurs années de recherche et développement pour adapter les marionnettes aux caméras numériques modernes.
La critique professionnelle a accueilli le film avec une ovation unanime, saluant la virtuosité technique de Henry Selick et la richesse de l'univers visuel créé par le studio Laika. Les journalistes ont été impressionnés par la fluidité exceptionnelle de l'animation en stop-motion et la pertinence de l'utilisation de la 3D au service du récit. De nombreux articles ont souligné la bande-son immersive et la justesse du ton, capable d'émerveiller les enfants tout en terrifiant intelligemment les adultes. Le film a été instantanément classé parmi les classiques du cinéma d'animation moderne.
Le public a répondu présent en masse dans les salles, faisant du film un succès commercial mondial majeur pour un studio indépendant. Les spectateurs ont été fascinés par la créativité débordante de l'Autre Monde et se sont profondément attachés au personnage frondeur de Coraline. Le film a généré une immense communauté de fans à travers le monde, captivés par les détails cachés et l'esthétique gothique soignée. Sa réputation n'a cessé de croître au fil des ans grâce aux éditions vidéo de collection.
Le long-métrage a reçu une consécration institutionnelle importante, matérialisée par une nomination à l'Oscar du meilleur film d'animation en 2010. Il a également remporté plusieurs Annie Awards, les récompenses suprêmes du cinéma d'animation, notamment pour la meilleure musique, la meilleure conception de personnages et les meilleurs décors. Cette pluie de distinctions a définitivement installé le studio Laika comme un acteur incontournable de l'industrie cinématographique mondiale.
Henry Selick s'est inspiré de l'expressionnisme allemand pour concevoir les décors distordus et angoissants de la maison de l'Autre Mère, cherchant à créer un sentiment de malaise progressif. Il a également puisé dans les techniques picturales classiques pour donner une texture unique aux ciels et aux environnements extérieurs du film. Son but était d'opposer la grisaille du monde réel à l'explosion chromatique piégée du monde parallèle.
La production a représenté un travail herculéen de plus de trois ans, mobilisant des centaines d'artisans, sculpteurs et animateurs au sein des studios Laika. Chaque marionnette exigeait des mois de fabrication minutieuse, et l'expression des visages reposait sur des milliers de prothèses interchangeables imprimées en 3D, une première historique. Le rythme de production était d'une lenteur extrême, l'équipe ne parvenant parfois à fabriquer que quelques secondes de film par semaine de travail.
Mélanger l'animation en volume et les effets numériques légers a donné lieu à des défis constants, notamment pour la création des cheveux de Coraline qui devaient bouger naturellement. Une anecdote raconte qu'une animatrice a passé des semaines entières à implanter de minuscules fils de fer dans des mèches de cheveux synthétiques pour pouvoir ajuster le mouvement image par image. Ce souci obsessionnel du détail caractérise l'ensemble du processus de création du film.
Le casting vocal original a été mené avec un soin tout particulier pour donner vie aux personnages excentriques imaginés par Neil Gaiman. Dakota Fanning a été choisie très tôt pour prêter sa voix pleine d'énergie et de maturité à Coraline, apportant la nuance nécessaire entre courage et vulnérabilité enfantine. Teri Hatcher a relevé le défi d'incarner à la fois la mère biologique fatiguée et la terrifiante Autre Mère doucereuse, modifiant subtilement son timbre de voix pour trahir la monstruosité du personnage.
Le film explore en profondeur la thématique du passage à l'âge adulte, de l'acceptation de la réalité face aux illusions dangereuses du paraître. Il aborde les relations complexes entre parents et enfants, la solitude enfantine et la négligence involontaire des adultes débordés par leur quotidien économique. La figure de l'Autre Mère sert de métaphore sur les dangers de la tentation et de la manipulation psychologique, rappelant qu'un monde trop parfait cache souvent une prison. Le courage, l'ingéniosité et l'importance de l'identité personnelle sont célébrés à travers le parcours de l'héroïne.
La fin du film voit Coraline triompher de l'Autre Mère en réussissant à sceller définitivement la petite porte secrète et en jetant la clé magique au fond d'un vieux puits condamné. De retour dans le monde réel, elle apprécie enfin ses vrais parents malgré leurs défauts et organise une fête dans le jardin avec tous ses voisins excentriques. Le dernier plan montre le chat noir magique disparaître derrière un panneau, suggérant que la vigilance reste de mise mais que l'harmonie est retrouvée. C'est une conclusion lumineuse qui valide la maturité acquise par la fillette au cours de son terrible voyage spirituel.
Le titre reprend simplement le prénom original de l'héroïne, choisi par Neil Gaiman à la suite d'une faute de frappe fortuite alors qu'il voulait écrire Caroline. Ce prénom unique souligne d'emblée la singularité du personnage principal et son décalage par rapport à son environnement de départ. Il symbolise également le processus d'individualisation de la fillette, qui refuse de se fondre dans le moule des attentes des autres.
La bande originale magique et envoûtante a été composée par Bruno Coulais, qui a créé une atmosphère sonore unique en utilisant une chorale d'enfants chantant dans une langue totalement inventée et incompréhensible. Cette musique mystérieuse et baroque contribue grandement à l'identité fantastique et angoissante du film, saluée par les spécialistes comme un chef-d'œuvre de composition.
Le film bénéficie régulièrement de ressorties événementielles en salles dans des versions remastérisées en 4K ou en 3D relief pour célébrer ses anniversaires successifs. Il continue d'être analysé lors de masterclass d'animation comme le projet qui a défini l'identité artistique et technologique du studio Laika. Les marionnettes originales font l'objet d'expositions itinérantes très prisées dans les musées du monde entier.
Ce long-métrage s'inscrit dans la tradition des contes macabres animés comme "L'Étrange Noël de monsieur Jack" ou "Les Noces funèbres" de Tim Burton. On peut également y voir une version gothique et moderne d'"Alice au pays des merveilles" de Lewis Carroll ou du "Voyage de Chihiro" d'Hayao Miyazaki pour la thématique du monde parallèle éducatif.