C'est l'histoire d'un homme qui va trop vite et d'un autre qui est trop lent. Au milieu d'un embouteillage bruxellois, Foster, un bourgeois pressé muni d'un mystérieux scénario, croise la route de Taupin, un sans-abri poussant un caddie vide. Foster affirme suivre à la lettre les indications d'un texte qui prédit leur destin à tous les deux, tandis que Taupin, lui, n'a reçu aucune page. Embarqués malgré eux dans des aventures aussi loufoques que dangereuses, les deux hommes vont devoir se remettre en question sur leurs vies diamétralement opposées.
Convoi exceptionnel marque le retour de Bertrand Blier derrière la caméra, neuf ans après Le Bruit des glaçons, après l'abandon d'un projet d'adaptation de son propre roman Existe en blanc, une histoire sombre mettant en scène un tueur de femmes que le cinéaste a finalement renoncé à porter à l'écran, jugeant le sujet trop délicat à traiter à notre époque. Le réalisateur y retrouve le duo Christian Clavier et Gérard Depardieu, qui n'avaient plus tourné ensemble depuis Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, dix-sept ans plus tôt. L'idée de départ, une mise en abyme où la vie de simples citoyens est dictée par un scénario livré au fil de l'histoire par une équipe de scénaristes invisibles, permet à Blier de retrouver son goût habituel pour l'absurde kafkaïen.
Le film reçoit des critiques globalement mitigées, avec une note moyenne de seulement 1,5 sur 5 relevée sur AlloCiné. Première évoque un film inégal mais traversé par des moments de grâce que l'on doit au duo Clavier-Depardieu, tandis que La Voix du Nord regrette une sensation de partition inachevée. Plusieurs critiques saluent la première partie du film, jugée pleine de verve et d'absurde typiquement bliérien, avant de déplorer un essoufflement progressif du concept de départ. Le public se montre également partagé, certains spectateurs saluant un pur moment de cinéma désintéressé et personnel, quand d'autres jugent le scénario confus et le film décevant au regard de son casting prestigieux.
Bertrand Blier avait initialement pour projet un film beaucoup plus sombre, Existe en blanc, mettant en scène un tueur de femmes qui devait être interprété par Benoît Poelvoorde, mais il a renoncé au tournage, estimant que l'époque, marquée par une sensibilité accrue aux violences faites aux femmes, ne s'y prêtait plus. Convoi exceptionnel réunit à nouveau à l'écran Christian Clavier et Gérard Depardieu, dix-sept ans après Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, les deux acteurs ayant accepté de revoir leurs cachets à la baisse pour permettre le financement du film, en échange d'un poste de coproducteur. Le personnage d'Esther entonne à un moment la chanson Danse avec moi, un clin d'œil au film Quai des Orfèvres d'Henri-Georges Clouzot, dans lequel jouait Bernard Blier, le père du réalisateur.
Le film explore la destinée et le libre arbitre à travers la métaphore d'une vie dictée par un scénario écrit par d'autres, l'absurdité de l'existence, la fracture sociale entre un bourgeois et un sans-abri, ainsi qu'une forme de bilan testamentaire sur toute une carrière de cinéaste.
Le titre "Convoi exceptionnel" joue sur l'expression désignant un chargement hors norme nécessitant une escorte spéciale sur la route, pour évoquer avec ironie le duo que forment Foster et Taupin, deux hommes que tout oppose et qui se retrouvent malgré eux embarqués ensemble sur une route commune, encombrante et imprévisible.
Convoi exceptionnel constitue à ce jour le dernier long-métrage réalisé par Bertrand Blier derrière la caméra.
Le Bruit des glaçons (2010, Bertrand Blier) et Buffet froid (1979, Bertrand Blier), deux autres comédies noires et absurdes du même réalisateur.