John Constantine est un exorciste aux méthodes brutales et au caractère abrasif, condamné à l'Enfer en raison d'un suicide dans sa jeunesse mais vivant sur Terre en accomplissant des missions occultes pour tenter de se racheter. Atteint d'un cancer des poumons, il enquête sur la mort suspecte de la sœur jumelle d'une détective de police et découvre que des démons cherchent à faire naître le fils de Satan sur Terre. Keanu Reeves incarne ce personnage iconique des comics DC/Vertigo dans un film noir et mystérieux qui mêle l'occultisme, le film noir et la mythologie chrétienne avec un sérieux visuel impressionnant. Un film de super-héros atypique qui refuse les conventions du genre pour plonger dans quelque chose de plus sombre et de plus singulier.
Constantine est l'adaptation du personnage de John Constantine créé par Alan Moore et Garth Ennis dans la série de comics DC/Vertigo Hellblazer, publiée depuis 1988 et réputée pour son ton adulte et désenchanté très différent des super-héros classiques. Le personnage original — un Anglais blond aux allures de Sting — avait été reconçu pour devenir le personnage interprété par Keanu Reeves, une adaptation qui avait déjà provoqué des remous chez les fans des comics avant même la sortie du film. Francis Lawrence, réalisateur de clips musicaux passant à son premier long métrage, avait été choisi pour sa vision visuelle forte et son aptitude à créer des atmosphères visuelles distinctives. Le scénario de Kevin Brodbin et Frank Cappello puisait dans plusieurs arcs narratifs d'Hellblazer tout en créant une histoire originale centrée sur la mythologie du fils de Satan. Warner Bros. cherchait à développer une franchise DC dans un registre différent des super-héros classiques, exploitant la richesse de son catalogue Vertigo pour toucher un public adulte. Le ton délibérément sombre et la dimension religieuse prononcée du film constituaient un pari commercial risqué dans le paysage des films de super-héros de 2005.
Résumé des critiques professionnelles : Constantine a reçu un accueil critique partagé, les journalistes reconnaissant la qualité visuelle et atmosphérique du film tout en critiquant un scénario parfois confus et des personnages insuffisamment développés. La performance de Keanu Reeves a divisé — certains appréciant sa froideur distanciée comme correspondant à la nature du personnage, d'autres la trouvant trop monolithique. Tilda Swinton dans le rôle de l'archange Gabriel a été unanimement saluée comme la révélation du film, sa présence androgyne et inquiétante dominant chacune de ses scènes.
Réception du public : Le film a connu un succès commercial solide, réalisant des recettes mondiales d'environ deux cent trente millions de dollars pour un budget de cent millions. Le public, notamment les fans de films fantastiques et de comics, a apprécié l'atmosphère unique du film et ses références mythologiques complexes. Constantine a rapidement acquis un statut de film culte auprès des amateurs de fantastique adulte.
Récompenses obtenues : Constantine n'a pas reçu de grandes récompenses dans les cérémonies officielles. Les effets visuels et la direction artistique ont été remarqués dans des publications spécialisées. Tilda Swinton a reçu plusieurs mentions dans des listes de meilleures performances de l'année.
Inspirations du réalisateur : Francis Lawrence s'est inspiré des films noirs classiques des années 1940 et des polars hardboiled pour l'atmosphère visuelle du film, cherchant à intégrer les codes de l'occultisme dans le genre du détective désabusé. Il voulait que Los Angeles soit représentée comme une ville au bord du gouffre, où l'Enfer et le Paradis sont des réalités presque aussi tangibles que les rues.
Difficultés de production : La création des décors représentant l'Enfer — une version apocalyptique de Los Angeles dévastée par un vent perpétuel — a représenté un défi de direction artistique considérable. L'équipe a développé un aspect visuel de l'Enfer qui soit distinct de toutes les représentations cinématographiques précédentes, optant pour un paysage urbain familier transformé par la destruction totale.
Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Constantine plonge ses bras dans un seau d'eau pour avoir une vision de l'Enfer, réalisant qu'il peut voir les deux mondes depuis sa naissance, a été filmée de façon à créer une transition visuelle fluide entre la réalité et la vision, sans coupure nette, pour que le spectateur partage la désorientation du personnage.
Casting initialement prévu : Nicolas Cage avait été envisagé pour le rôle de Constantine avant que Keanu Reeves ne soit choisi. Plusieurs actrices avaient été approchées pour le rôle d'Angela avant Rachel Weisz. Le choix de Tilda Swinton pour Gabriel était le plus audacieux du casting, son allure naturellement androgyne correspondant parfaitement à la vision que Lawrence avait de l'archange.
Constantine est une exploration de la question de la rédemption et de ce qu'il faut faire pour mériter le Paradis quand on a commis l'irréparable — Constantine, suicidé, est fondamentalement damné et ne peut espérer que négocier un meilleur sort en remplissant des missions au nom du Bien, sans jamais être certain que cela suffira. La frontière poreuse entre le Bien et le Mal, entre les anges et les démons, est questionnée de façon perturbante — Gabriel, censée être du côté du Paradis, se révèle aussi dangereuse que les démons. La foi et le cynisme coexistent dans ce film de façon inconfortable : Constantine croit profondément à l'existence de Dieu et de Satan, mais cette croyance ne génère aucun réconfort, seulement la conscience d'une guerre cosmique dont les humains sont les pions. Le sacrifice comme acte ultime de rédemption est le thème résolutif du film. Enfin, la mort comme frontière à la fois définitive et perméable dans cet univers donne au film une tension existentielle qui dépasse le simple film d'action fantastique.
La résolution de Constantine voit le personnage principal se sacrifier pour révéler la vérité sur le complot de Gabriel à Lucifer — qui, par orgueil et par calcul, accepte de faire une exception et de l'envoyer au Paradis plutôt qu'en Enfer. Mais Constantine est ramené à la vie par Lucifer lui-même, qui refuse de le laisser accéder à cette récompense — paradoxalement, c'est le Diable qui prive Constantine du Paradis par jalousie. Cette fin est délicieusement perverse : Constantine survit non pas grâce à ses mérites mais à cause de la vanité de Satan, et est condamné à continuer de vivre et de se battre pour une rédemption qu'il ne peut peut-être jamais atteindre.
Constantine est simplement le nom du personnage principal — John Constantine — un nom qui renvoie à l'Empereur romain Constantin le Grand, premier empereur romain à s'être converti au christianisme, une référence implicite à la dimension religieuse profonde du film. Dans les comics originaux Hellblazer, le nom Constantine évoque aussi l'idée de constance et de persistance — un personnage qui reste lui-même malgré tout ce que l'univers fait pour le détruire.
Constantine a acquis avec le temps un statut de film culte considérable, sa réputation ayant largement dépassé son accueil initial. Keanu Reeves a régulièrement exprimé son désir de reprendre le rôle dans une suite, et Warner Bros. a annoncé à plusieurs reprises des projets de suite ou de reboot qui n'ont pas encore abouti. Un film Constantine 2 avec Keanu Reeves est en développement chez Warner, suscitant l'enthousiasme d'une communauté de fans très active.
Hellblazer, la bande dessinée originale d'Alan Moore et Garth Ennis, constitue le matériau source indispensable. Doctor Strange de Scott Derrickson (2016) explore des thèmes similaires de magie et de dimension cachée dans un registre Marvel moins sombre. Daredevil de Mark Steven Johnson (2003) représente un autre super-héros DC/Marvel adulte et ténébreux de la même époque. Le Sacrifice de Tarkovski (1986) pousse infiniment plus loin la thématique du sacrifice personnel au service d'un bien cosmique. Enfin, Constantine, la série télévisée NBC (2014-2015) puis les apparitions du personnage dans l'univers DC télévisuel, constituent le prolongement naturel du personnage.