Dimanche, 12 juillet 2026
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Comprame Un Revolver

Comprame Un Revolver

2019 Mexique, Colombie
Synopsis

Dans un Mexique intemporel et dévasté par la violence des cartels, une fillette surnommée Huck se déguise en garçon et porte un masque de Hulk pour dissimuler son identité, à une époque où les femmes disparaissent les unes après les autres. Elle aide son père, ancien musicien devenu ombre de lui-même, à entretenir un terrain de baseball abandonné où les narcotrafiquants se retrouvent chaque nuit pour jouer et boire. Avec l'aide d'une bande d'enfants livrés à eux-mêmes, capables de se fondre dans le paysage désertique comme des fantômes, elle va devoir affronter le chef local de la région pour espérer un jour connaître une enfance loin de la peur. Entre conte cruel et western contemporain, le film dresse le portrait d'un pays où l'innocence n'a plus vraiment sa place.

Genèse du film

Cómprame un revólver n'est pas une adaptation directe d'un livre, mais Julio Hernández Cordón revendique une filiation assumée avec les récits qui ont nourri son imaginaire d'enfant, à commencer par Les Aventures de Huckleberry Finn de Mark Twain, dont le personnage principal emprunte jusqu'au surnom. Le réalisateur cite aussi Mad Max, Sa Majesté des mouches et son goût pour le baseball et les films de gangsters comme autant d'influences fondatrices du projet. Au départ, il envisageait une adaptation plus littérale de Huckleberry Finn transposée dans un futur apocalyptique aux décors minimalistes, avant que le projet n'évolue vers cette fable contemporaine ancrée dans la réalité mexicaine. Pour Hernández Cordón, le film parle avant tout de la violence inouïe faite aux femmes et aux enfants au Mexique, une violence qu'il décrit comme motivée non par des considérations politiques mais par le seul appât du gain. Le tournage n'a pu se concrétiser qu'après une longue recherche de décor : le réalisateur profitait de chaque festival ou atelier de cinéma pour repérer des terrains de baseball abandonnés à travers le pays, jusqu'à en trouver un correspondant à sa vision d'un Mexique à la fois dystopique et parfaitement réel. Le film a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2018, une reconnaissance importante pour ce cinéaste guatémaltèque installé au Mexique.

Critiques et réception

La critique s'est montrée particulièrement partagée face à ce film singulier. Certains observateurs latino-américains l'ont qualifié d'œuvre majeure du cinéma de la région, saluant sa manière de représenter la violence sans jamais sombrer dans la complaisance ou le misérabilisme. D'autres ont au contraire pointé un récit trop diffus et léthargique, jugeant que le film mettait à rude épreuve la patience du spectateur malgré la force de son sujet. La photographie de Nicolás Wong a en revanche fait l'unanimité, saluée pour son équilibre entre noirceur et lueur d'espoir.

Le public l'a découvert principalement en festivals, où le film a bénéficié d'une exposition confidentielle mais remarquée, notamment après son passage à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes en 2018. Les spectateurs les plus réceptifs ont souligné la force du regard enfantin porté sur un monde d'adultes déliquescent, quand d'autres sont restés davantage extérieurs à son rythme volontairement lent et à son atmosphère onirique.

Sa présence dans la sélection officielle de la Quinzaine des Réalisateurs demeure la reconnaissance la plus significative obtenue par le film, lui offrant une exposition internationale que peu de productions indépendantes mexicaines de cette envergure parviennent à obtenir.

Anecdotes de tournage

Julio Hernández Cordón a mis un point d'honneur à trouver un terrain de baseball abandonné qui corresponde exactement à l'image qu'il s'en faisait, une quête qui l'a mené à travers plusieurs régions du Mexique au fil de ses déplacements en festivals. Lors d'une étape à Hermosillo pour le Festival du Désert, on lui a indiqué qu'il existait plus de cent trente-six terrains de ce type rien que dans cette ville, preuve de l'ampleur de l'abandon urbain qu'il cherchait à filmer. Le tournage, mené au Mexique et coproduit avec la Colombie, s'est appuyé sur une équipe réduite portée par les sociétés Woo Films et Burning Blue. La construction du personnage de Huck, cette fillette contrainte de dissimuler son genre derrière un masque de Hulk pour survivre dans un monde hostile aux femmes, a nécessité un important travail de direction avec la jeune actrice Matilde Hernández Guinea, qui porte une grande partie du film sur ses épaules malgré son jeune âge. Le réalisateur a également dû composer avec la nature du sujet, particulièrement sensible, en évitant toute reconstitution complaisante de la violence tout en restant fidèle à la dureté du contexte qu'il souhaitait dépeindre.

Thèmes abordés

Le film explore avant tout la place écrasante de la violence liée au narcotrafic dans le quotidien des enfants mexicains, livrés à un monde d'adultes qui a renoncé à les protéger. Il interroge aussi la disparition et l'invisibilisation des femmes, symbolisée par la nécessité pour Huck de se travestir en garçon pour espérer simplement survivre. La perte de l'innocence occupe une place centrale, entre nostalgie d'une enfance rêvée façon Huckleberry Finn ou Peter Pan et confrontation brutale avec une réalité dystopique. Enfin, le film questionne la possibilité même d'un espoir ou d'une utopie, cette promesse d'une enfance vécue dans la liberté et loin de la peur que les personnages poursuivent malgré tout.

⚠️ Attention : cette section révèle les éléments majeurs de l'intrigue.

Explication de la fin

Le film se referme sur la tentative des enfants de mettre fin à l'emprise du chef local de la région, dans l'espoir de gagner enfin ce qui s'apparente à une utopie : une enfance vécue en toute liberté, loin de la peur et de la violence qui structurent leur quotidien depuis le début du récit. Cette conclusion, portée par le regard de Huck, ne se veut pas un triomphe éclatant mais plutôt une possibilité fragile, à la mesure du monde incertain et onirique dans lequel évoluent les personnages tout au long du film. Julio Hernández Cordón privilégie ainsi une forme d'espoir ténu à toute résolution nette, cohérente avec la logique de conte cruel qui traverse l'ensemble de son récit.

Signification du titre

Le titre Cómprame un revólver, qui peut se traduire par « Achète-moi un revolver », renvoie directement à l'environnement de violence armée omniprésente dans lequel grandissent les personnages du film. Cette phrase, à la fois enfantine dans sa formulation directe et terrible dans ce qu'elle révèle, résume la manière dont la violence des adultes s'est immiscée jusque dans le langage et les désirs des plus jeunes. Le titre fonctionne comme un raccourci saisissant de tout ce que le film met en scène : un monde où même les enfants en viennent à penser leur survie en termes d'armes à feu.

Actualités

Après sa sélection remarquée à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes en mai 2018, Cómprame un revólver est sorti dans les salles espagnoles le 10 mai 2019, porté par une distribution limitée mais une reconnaissance critique certaine dans les festivals européens. Le film reste à ce jour l'une des œuvres les plus commentées de la filmographie de Julio Hernández Cordón aux côtés de Te prometo anarquía et Atrás hay relámpagos.

Films Similaires

Les amateurs de ce regard cru sur l'enfance prise dans la violence latino-américaine pourront se tourner vers La Jaula de Oro de Diego Quemada-Díez, qui suit des adolescents centraméricains tentant de rejoindre les États-Unis, ou vers Sin Nombre de Cary Fukunaga, qui explore lui aussi les ravages des gangs sur de jeunes vies mexicaines et centraméricaines.