Une jeune étudiante finlandaise fuit une histoire d''amour compliquée à Moscou en prenant un train en direction du port arctique de Mourmansk. Forcée de partager son petit compartiment avec un mineur russe rustre et alcoolique, la cohabitation s''annonce d''abord cauchemardesque. Pourtant, au fil des jours et des paysages enneigés qui défilent, une étrange complicité naît entre ces deux êtres que tout oppose. Ce voyage en train va profondément transformer leur vision de la solitude et de l''intimité.
Le film est une adaptation libre du roman éponyme de l''autrice finlandaise Rosa Liksom, publié en 2011. Le réalisateur Juho Kuosmanen a découvert ce livre et a immédiatement été séduit par l''atmosphère de voyage et la confrontation brute entre deux solitudes. Contrairement au roman qui se déroule dans les années 1980 en URSS, le cinéaste a choisi de situer l''action à la fin des années 1990 pour capturer une époque de transition incertaine. L''inspiration lui est aussi venue de ses propres voyages en train à travers la Russie, où les espaces confinés brisent naturellement les barrières sociales. Il a voulu filmer non pas une grande histoire d''amour, mais la naissance d''une connexion humaine inattendue dans un monde déconnecté.
La critique professionnelle a encensé le film lors de sa présentation au Festival de Cannes, saluant la justesse émotionnelle de cette romance ferroviaire hors norme. Les journalistes ont unanimement loué l''alchimie magnétique entre Seidi Haarla et Yuri Borisov, qui parviennent à rendre bouleversante une cohabitation d''abord repoussante. La mise en scène organique et la photographie nostalgique ont été saluées pour leur capacité à rendre le spectateur prisonnier et complice de ce wagon.
Le public a été profondément touché par l''humanité et la tendresse brute qui se dégagent du récit, loin des clichés habituels des comédies romantiques hollywoodiennes. Les spectateurs ont partagé leur enthousiasme pour ce voyage sensoriel qui donne une folle envie de voyager et de s''ouvrir aux inconnus. Le bouche-à-oreille a été excellent, notamment auprès du public art et essai international.
Le film a connu un parcours prestigieux en remportant le Grand Prix au Festival de Cannes 2021, ex æquo avec Un Héros d''Asghar Farhadi. Il a également représenté la Finlande aux Oscars et a glané de nombreuses nominations dans les cérémonies européennes, consolidant le statut de Juho Kuosmanen sur la scène internationale.
Le réalisateur s''est inspiré du cinéma réaliste des années 90 et a insisté pour tourner le film sur de la véritable pellicule 35mm afin de donner un grain nostalgique et imparfait à l''image.
Le tournage s''est avéré particulièrement complexe car l''équipe a choisi de filmer dans un vrai train en mouvement sur les voies ferrées russes, plutôt que d''utiliser des décors en studio. L''espace était si restreint que seuls le réalisateur, le cadreur et les acteurs pouvaient tenir dans le compartiment.
Le long-métrage explore la solitude urbaine, la peur de l''autre et la recherche d''identité à travers le voyage initiatique. Il questionne les préjugés de classe et de nationalité en démontrant que l''intimité la plus pure surgit parfois de la confrontation avec notre exact opposé au bout du monde.
Arrivés à Mourmansk, le voyage touche à sa fin et les deux protagonistes affrontent une tempête de neige pour aller voir des pétroglyphes sacrés, symbolisant l''aboutissement de leur quête. Bien qu''ils finissent par se séparer et retourner à leurs vies respectives, les dessins et les sourires échangés prouvent que leur connexion a brisé définitivement leur armure de solitude.
Le titre fait référence à l''espace clos et numéroté dans lequel les deux personnages principaux sont confinés pendant des milliers de kilomètres, devenant le théâtre de leur rapprochement forcé puis choisi.
La bande originale est marquée par l''utilisation magistrale de la chanson pop des années 80 Voyage Voyage de Desireless, qui résonne comme un hymne mélancolique et ironique tout au long de leur périple à travers la Russie.
Le film est devenu un classique moderne du cinéma nordique et continue d''être programmé régulièrement dans les festivals thématiques dédiés aux road-movies et au voyage.
On pense immédiatement à la trilogie Before Sunrise de Richard Linklater pour la magie des discussions entre inconnus en voyage. Lost in Translation de Sofia Coppola partage également cette même mélancolie et cette rencontre fortuite entre deux âmes perdues dans un pays étranger.