Stan et Oliver veulent absolument assister à la grande convention annuelle de leur confrérie secrète, "Les Compagnons de la nouba", qui se tient cette année à Chicago. Malheureusement, leurs épouses respectives s'opposent fermement à ce voyage d'agrément. Pour contourner l'obstacle, Oliver imagine un stratagème audacieux : il feint une grave maladie nerveuse et se fait prescrire une cure de repos obligatoire à Honolulu par un faux médecin. Libres en apparence, les deux compères s'échappent en secret pour faire la fête à Chicago, sans se douter qu'un terrible quiproquo maritime va faire éclater leur mensonge au grand jour.
Le scénario est né de l'imagination fertile du producteur Hal Roach et de ses auteurs attitrés, qui cherchaient un sujet idéal pour exploiter le format de long-métrage avec le célèbre duo comique Laurel et Hardy. Inspiré par les rituels loufoques des loges maçonniques et des clubs sociaux très populaires en Amérique dans les années trente, le projet a pris forme rapidement. L'inspiration du réalisateur William A. Seiter est venue de la volonté de brocarder la lacheté masculine face à l'autorité conjugale avec une légèreté burlesque. Le film a été conçu comme un enchaînement de situations vaudevillesques parfaitement adaptées au génie corporel des deux compères.
La critique professionnelle de l'époque a accueilli le film avec enthousiasme, le qualifiant immédiatement de meilleur long-métrage de la carrière de Laurel et Hardy. Les journalistes ont salué l'ingéniosité du quiproquo narratif et l'efficacité comique des dialogues décalés qui soutenaient parfaitement les gags visuels. La critique moderne le considère toujours comme un classique incontournable du burlesque parlant. Le grand public s'est rué en masse dans les salles obscures, trouvant dans cette comédie irrésistible une bouffée d'air frais salutaire en pleine période de dépression économique. Les rires des spectateurs face aux mensonges ridicules des deux héros ont fait de ce film un immense triomphe commercial mondial. Bien que le burlesque de cette époque ait rarement été récompensé dans les grands festivals ou par les Oscars, le film a acquis un statut d'œuvre culte inscrite durablement dans le patrimoine cinématographique international.
William A. Seiter a choisi de laisser une grande liberté d'improvisation à Stan Laurel, qui était en réalité le véritable cerveau comique du duo sur le plateau. Les répétitions étaient minimales pour préserver la spontanéité des réactions physiques d'Oliver Hardy face aux bêtises de son partenaire. La production s'est déroulée dans une excellente ambiance dans les studios d'Hal Roach, malgré la logistique complexe requise pour chorégraphier les scènes de foule joyeuse lors de la parade de la convention à Chicago. Les décors ont été optimisés pour permettre les gags de destruction physique chers au duo. Une scène hilarante montre les deux compères se cachant derrière des instruments de musique pour éviter d'être reconnus, une séquence qui a nécessité de nombreuses prises car l'équipe technique ne pouvait s'empêcher de rire à haute voix pendant le tournage. Pour le rôle des épouses autoritaires, le choix s'est porté sur des actrices chevronnées du muet capables d'exprimer une colère noire d'un simple regard terrifiant.
Le film explore avec ironie la lâcheté masculine, le mensonge conjugal récurrent et la solidarité amicale absurde face aux responsabilités de la vie adulte. Il tourne en dérision le besoin d'évasion des hommes à travers des confréries secrètes aux rituels infantiles. La confrontation entre la ruse naïve et l'autorité domestique est le moteur comique de l'œuvre.
La fin désopilante voit les deux menteurs rentrer chez eux en se faisant passer pour des rescapés héroïques du naufrage de leur faux bateau d'Honolulu. Malheureusement pour eux, leurs femmes ont déjà découvert la vérité en les voyant s'amuser en direct dans les actualités cinématographiques de la convention. Tandis qu'Oliver est cruellement puni par son épouse, la candeur de Stan lui permet d'obtenir le pardon, laissant Oliver gémir sous les décombres de sa cuisine.
Le titre français, "Les Compagnons de la nouba", traduit magnifiquement le nom de la société secrète "Sons of the Desert" à laquelle appartiennent les héros. Il évoque immédiatement l'esprit de fête débridée, de camaraderie joyeuse et d'irresponsabilité comique qui anime la confrérie. C'est un hymne à la fête entre amis pour échapper à la monotonie du quotidien.
Le film est si emblématique que la plus grande association internationale de fans de Laurel et Hardy à travers le monde a officiellement pris le nom de "Sons of the Desert" en hommage à cette œuvre. Des versions restaurées numériquement continuent de ravir les cinéphiles lors des festivals de films de patrimoine.