Dans un Niger en pleine mutation, trois compères se lancent dans le commerce ambulant de volailles à bord d'une Citroën 2CV branlante baptisée Cocorico. Leur voyage à travers le désert se transforme rapidement en une série de mésaventures rocambolesques et imprévues. Entre les pannes mécaniques à répétition et les rencontres fortuites avec des personnages hauts en couleur, le périple met à rude épreuve leur débrouillardise. Ce voyage devient ainsi une radiographie pleine d'humour et de tendresse de l'Afrique de l'Ouest des années soixante-dix.
L'idée originale de ce projet atypique est née de la complicité de longue date entre le cinéaste-ethnologue Jean Rouch et ses compagnons de route nigériens. Inspiré par les réalités économiques locales et le système D africain, le réalisateur a voulu capturer l'esprit d'entreprise et l'humour de ses amis. Le concept s'est développé de manière organique au fil de leurs discussions et de leurs voyages communs à travers le pays. Il ne s'agit pas de l'adaptation d'un livre, mais d'une pure création collective née de l'observation du quotidien. Jean Rouch a puisé son inspiration dans la tradition orale et le théâtre improvisé pour construire cette fiction documentée. Le véhicule lui-même, véritable personnage du film, symbolise l'introduction de la modernité technologique occidentale réappropriée avec ingéniosité par les populations locales.
La critique professionnelle a chaleureusement accueilli le film lors de sa présentation, saluant l'audace de sa démarche et la fraîcheur de son ton. Les spécialistes du cinéma africain ont loué la capacité unique de Jean Rouch à s'effacer derrière ses personnages pour laisser éclater leur vérité. Plusieurs articles de l'époque ont souligné la rupture salutaire que représentait cette comédie face aux productions misérabilistes ou purement didactiques. La fluidité du montage et la poésie de l'improvisation ont été largement portées au crédit du réalisateur.
Le public a immédiatement été séduit par l'énergie communicative du trio d'acteurs et les dialogues savoureux. En Europe comme en Afrique, les spectateurs ont partagé les éclats de rire de cette épopée routière hors du commun. Le film est rapidement devenu une œuvre culte dans les ciné-clubs et les universités grâce à son accessibilité et sa joie de vivre. Sa popularité ne s'est jamais démentie auprès des passionnés de cinéma direct.
Bien que le film n'ait pas bénéficié d'une large distribution commerciale lui permettant de concourir dans les grands festivals internationaux traditionnels, il a reçu de nombreux hommages. Il a été célébré dans plusieurs festivals de films ethnographiques et de documentaires à travers le monde. Cette reconnaissance institutionnelle a ancré l'œuvre comme un jalon essentiel du cinéma partagé et collaboratif.
Le réalisateur s'est grandement inspiré des techniques du cinéma-vérité et de la liberté offerte par la Nouvelle Vague française. Son but était de minimiser l'impact de l'équipe technique pour préserver la spontanéité absolue des situations. Il a également puisé dans les contes traditionnels africains où le voyage initiatique sert de révélateur social.
La production a dû composer avec des moyens financiers extrêmement réduits et des conditions climatiques éprouvantes dans le désert. Les pannes de la Citroën 2CV visibles à l'écran n'étaient pas toutes simulées, obligeant l'équipe à improviser des réparations de fortune en plein tournage. La poussière et la chaleur extrême ont également mis le matériel de prise de vue et de son à rude épreuve.
Une scène mémorable montre la traversée difficile d'un fleuve où la voiture menace à chaque instant de couler. Cette séquence a été filmée sans aucune sécurité particulière, reposant entièrement sur l'adresse des acteurs et le sang-froid de Jean Rouch. Le soulagement des personnages à l'arrivée est totalement authentique et non joué.
Le casting a été conçu dès le départ pour et avec le trio inséparable formé par Damouré, Lam et Tallou. Jean Rouch n'a jamais envisagé d'autres comédiens pour ce projet puisque le scénario s'écrivait en fonction de leurs propres personnalités. Aucune autre piste de casting n'a donc été explorée.
Le film explore en profondeur la transition entre tradition et modernité dans une Afrique de l'Ouest en pleine mutation post-coloniale. À travers les mésaventures des marchands, il aborde avec légèreté mais acuité le capitalisme sauvage, la précarité économique et l'importance de la solidarité humaine. L'ingéniosité face à l'adversité, symbolisée par les réparations de la voiture, constitue le fil rouge philosophique de l'œuvre. Le long-métrage questionne également le regard anthropologique en brouillant la frontière entre documentaire et fiction.
La fin du film se conclut sur une note douce-amère qui scelle le voyage des trois protagonistes après la perte de leur précieuse cargaison. Malgré les pertes matérielles et la destruction finale de leur mythique voiture, l'optimisme et la fraternité du groupe restent intacts. Cette conclusion démontre que la véritable richesse réside dans l'expérience partagée et la résilience plutôt que dans le profit commercial. C'est une célébration de la liberté et de la capacité à rebondir face aux aléas de l'existence.
Le titre combine le chant matinal du coq, symbole traditionnel de l'éveil et de la France, avec l'emblème de la marque de la voiture utilisée pour le voyage. Il fait directement référence à la Citroën 2CV qui sert de moyen de transport et de commerce aux protagonistes. Ce choix ironique et poétique souligne le métissage culturel et l'humour qui caractérisent l'ensemble du récit.
Le film fait régulièrement l'objet de projections spéciales lors de rétrospectives consacrées à Jean Rouch ou au cinéma nigérien. Des versions restaurées numériquement sont présentées dans les festivals pour préserver ce patrimoine cinématographique inestimable. Il reste étudié dans les écoles de cinéma pour sa méthode révolutionnaire d'improvisation guidée.
On peut rapprocher cette œuvre de "La Noire de..." d'Ousmane Sembène pour son regard sur l'Afrique de cette époque, ou de "Week-end" de Jean-Luc Godard pour sa structure de road-movie satirique et décousu. Les comédies routières italiennes de la même période partagent également cette liberté de ton.