À sa mort, le magnat de la presse Charles Foster Kane prononce un dernier mot énigmatique : "Rosebud". Un journaliste est chargé d'enquêter sur le sens de ce mot mystérieux en interrogeant tous ceux qui ont connu Kane au cours de sa vie extraordinaire — de son enfance modeste à sa fortune colossale, de ses ambitions politiques à sa solitude finale dans son immense demeure de Xanadu. À travers les témoignages contradictoires de ses proches, se dessine le portrait fragmenté et complexe d'un homme qui a tout possédé sauf, peut-être, ce qui comptait vraiment.
Citizen Kane est un projet original d'Orson Welles, qui n'avait alors que vingt-cinq ans et qui bénéficiait d'un contrat exceptionnellement libre accordé par RKO Pictures, lui donnant un contrôle créatif total sur son premier long métrage — une situation sans précédent à Hollywood. Le scénario, co-écrit avec Herman J. Mankiewicz, s'inspirait très largement et de façon à peine voilée de la vie du magnat de la presse William Randolph Hearst, ce qui allait provoquer une controverse majeure et des tentatives de Hearst pour faire détruire le film avant sa sortie. Welles, déjà célèbre pour ses productions théâtrales radicales et sa fameuse émission radiophonique La Guerre des mondes, a apporté au cinéma toute son expérience de l'innovation formelle, développant avec son chef opérateur Gregg Toland des techniques de profondeur de champ et d'éclairage révolutionnaires pour l'époque. La structure narrative fragmentée, racontant la vie de Kane à travers les souvenirs contradictoires de multiples témoins plutôt que de façon chronologique linéaire, était une innovation narrative majeure qui allait influencer des générations de cinéastes.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a immédiatement reconnu le génie formel de Citizen Kane, saluant les innovations techniques de Welles et Toland en matière de photographie, de montage et de structure narrative comme une révolution dans le langage cinématographique. Le film a cependant souffert à sa sortie de la campagne de dénigrement orchestrée par William Randolph Hearst, qui a interdit toute mention du film dans ses nombreux journaux et fait pression pour limiter sa diffusion en salles.
Réception du public : Le film a été un échec commercial relatif à sa sortie, en grande partie à cause du boycott orchestré par Hearst qui a empêché une promotion et une diffusion normales. Ce n'est que dans les décennies suivantes, à travers des ressorties et la redécouverte critique progressive, que Citizen Kane a acquis le statut de chef-d'œuvre absolu qu'on lui reconnaît aujourd'hui.
Récompenses obtenues : Citizen Kane a reçu neuf nominations aux Oscars mais n'a remporté que celui du meilleur scénario original, partagé entre Welles et Mankiewicz, l'influence de Hearst ayant probablement pesé sur les votes de l'Académie. Le film a depuis été élu à de multiples reprises meilleur film de tous les temps dans les classements de l'American Film Institute et du magazine Sight & Sound.
Inspirations du réalisateur : Orson Welles s'est inspiré de la vie de William Randolph Hearst, magnat de la presse réel dont la biographie présentait de nombreuses similitudes avec celle de Charles Foster Kane, bien que Welles ait toujours nié une correspondance directe et exhaustive entre les deux hommes. Il a également puisé dans son expérience théâtrale du Mercury Theatre pour développer une direction d'acteurs et une mise en scène d'une densité narrative inhabituelle au cinéma de l'époque.
Difficultés de production : La controverse déclenchée par William Randolph Hearst a représenté la difficulté majeure entourant le film, le magnat de la presse ayant tenté par tous les moyens d'empêcher sa sortie, y compris en proposant de racheter le négatif pour le détruire. RKO a dû résister à des pressions considérables pour maintenir son engagement envers Welles et son film, dans un contexte où l'industrie hollywoodienne craignait les représailles médiatiques de l'empire de presse de Hearst.
Anecdote sur une scène particulière : Le mot "Rosebud", prononcé par Kane à sa mort et qui structure toute l'enquête du film, a été choisi par Welles et Mankiewicz pour sa sonorité énigmatique et sa capacité à incarner la nostalgie d'une innocence perdue. La révélation finale de sa signification, dans les dernières secondes du film, est devenue l'un des moments les plus commentés et analysés de l'histoire du cinéma.
Citizen Kane est une méditation profonde sur le pouvoir, la solitude et l'impossibilité de connaître véritablement un être humain à travers les témoignages fragmentaires de ceux qui l'ont côtoyé. Le film explore la corruption que peut engendrer une richesse et un pouvoir illimités, montrant comment Kane, malgré tous ses succès matériels et politiques, n'est jamais parvenu à combler le vide affectif de son enfance. La nostalgie de l'innocence perdue, incarnée par le mystérieux "Rosebud", traverse tout le récit comme une clé interprétative qui échappe pourtant aux personnages eux-mêmes. Le film interroge également la nature de la vérité biographique, suggérant qu'aucun récit unique ne peut prétendre saisir la totalité d'une existence humaine.
La fin de Citizen Kane révèle enfin, dans une scène que seul le spectateur peut voir — aucun personnage du film n'en a connaissance — que "Rosebud" était le nom de la luge avec laquelle Kane jouait enfant, juste avant d'être arraché à sa famille modeste pour être élevé dans la richesse. Cette révélation finale souligne l'ironie tragique de toute l'existence de Kane : malgré sa fortune et son pouvoir colossaux, c'est un objet simple et perdu de son enfance qui représentait pour lui le bonheur véritable, un bonheur qu'aucune richesse n'a pu lui rendre.
Le titre Citizen Kane (littéralement "le citoyen Kane") présente le personnage principal sous l'angle de sa citoyenneté ordinaire plutôt que sous celui de sa richesse extraordinaire, une ironie qui souligne d'emblée le décalage entre l'image publique du magnat tout-puissant et la solitude profondément humaine qui l'habite. Ce titre, d'une sobriété trompeuse, annonce la démarche du film qui consiste à chercher l'homme derrière le mythe et la légende publique.
La bande originale de Citizen Kane, composée par Bernard Herrmann, constitue l'une des premières grandes réussites de ce compositeur qui allait devenir l'un des plus influents de l'histoire du cinéma, notamment grâce à ses collaborations ultérieures avec Alfred Hitchcock. La partition, d'une sophistication rare pour l'époque, accompagne avec subtilité les différentes époques de la vie de Kane et les variations émotionnelles du récit, contribuant de manière déterminante à l'atmosphère mélancolique et grandiose du film. Herrmann a notamment composé un opéra fictif entier pour les besoins d'une scène du film, démontrant l'ambition musicale considérable de cette première collaboration avec Welles.
Citizen Kane demeure régulièrement cité comme le plus grand film de l'histoire du cinéma par de nombreux critiques et institutions, bien que sa position de tête dans le classement du Sight & Sound ait été détrônée en 2012 par Vertigo d'Alfred Hitchcock. Le film continue d'être étudié dans toutes les écoles de cinéma du monde et reste une référence absolue en matière d'innovation cinématographique. Il est disponible sur de nombreuses plateformes de streaming.