Trois lycéens — Andrew, Matt et Steve — découvrent dans une carrière une mystérieuse substance qui leur confère des pouvoirs télékinétiques. D'abord euphoriques, ils explorent leurs nouvelles capacités et les filment pour immortaliser leur aventure, mais la dynamique du groupe se grippe peu à peu quand Andrew, jeune homme solitaire et meurtri par une enfance difficile, commence à utiliser ses pouvoirs de façon de plus en plus incontrôlable. *Chronicle* est un film de super-héros à rebours, un found footage ancré dans la réalité psychologique de ses personnages, qui interroge ce que des pouvoirs illimités feraient d'un adolescent blessé.
Chronicle est né d'une idée originale de Josh Trank et Max Landis, qui souhaitaient réinventer le film de super-héros en le confrontant à la réalité de la psychologie adolescente et des blessures sociales. Plutôt que de suivre un héros idéal acquérant des pouvoirs pour le bien commun, ils voulaient explorer ce qui arriverait à un jeune homme profondément blessé si on lui donnait une puissance absolue. Le format found footage, alors à son apogée après le succès de Cloverfield et de Paranormal Activity, a été choisi pour ancrer le récit dans un quotidien immédiat et viscéral, brouillant la frontière entre documentaire et fiction. Josh Trank, alors jeune réalisateur inconnu de 26 ans, a impressionné la Fox avec un budget contenu de 12 millions de dollars, pari risqué que le studio a accepté de relever. Le film a été tourné à Cape Town, en Afrique du Sud, pour réduire les coûts tout en offrant des décors urbains crédibles.
Résumé des critiques professionnelles : La critique a été enthousiaste, saluant l'originalité d'un film de super-héros qui osait s'interroger sur les conséquences psychologiques et sociales du pouvoir. Avec 85 % d'avis favorables sur Rotten Tomatoes, Chronicle a été salué comme l'une des surprises de l'année 2012 et comme une bouffée d'air frais dans un genre souvent formaté. La prestation de Dane DeHaan a été particulièrement remarquée, l'acteur installant avec une précision troublante le glissement progressif de son personnage vers la folie.
Réception du public : Le film a été un succès commercial impressionnant, rapportant plus de 126 millions de dollars dans le monde pour un budget de 12 millions, soit un retour sur investissement exceptionnel. Le public adolescent s'est particulièrement retrouvé dans les personnages et la situation, et le bouche-à-oreille enthousiaste a largement dépassé les frontières du cercle habituel des fans de films de genre.
Récompenses obtenues : Sans décrocher de grands prix, le film a été nommé dans de nombreuses catégories lors de prix spécialisés en science-fiction et en fantastique, et a reçu le prix du meilleur film de genre dans plusieurs festivals. Il est depuis régulièrement cité comme l'un des meilleurs found footage jamais réalisés.
Inspirations du réalisateur : Josh Trank a cité Akira (1988) de Katsuhiro Otomo comme une influence majeure, notamment pour la façon dont le manga et le film d'animation japonais traitent de la puissance dévastatrice d'un adolescent rejeté par la société. Il s'est également inspiré de Carrie (1976) de Brian De Palma pour la dimension tragique d'un enfant maltraité qui se retourne contre le monde avec ses pouvoirs.
Difficultés de production : Le format found footage imposait des contraintes créatives importantes, car chaque scène devait être justifiée par la présence d'une caméra diégétique. A mesure que les pouvoirs des personnages grandissent, Trank a résolu ce problème en permettant à Andrew de déplacer la caméra par télékinésie, offrant paradoxalement une liberté de mise en scène croissante au fil du récit.
Anecdote sur une scène particulière : La séquence finale de destruction au-dessus de Seattle est l'une des plus impressionnantes du film et a été entièrement conçue en effets visuels numériques, un exploit considérable au regard du budget très limité. L'équipe VFX a dû trouver des solutions ingénieuses pour rendre crédibles les combats aériens tout en conservant l'esthétique rugueuse du found footage.
Chronicle est avant tout une exploration psychologique de la violence comme réponse aux traumatismes : Andrew, victime de maltraitance paternelle et de harcèlement scolaire, voit dans ses pouvoirs une revanche sur le monde qui l'a écrasé. Le film interroge la notion de responsabilité face au pouvoir : sans cadre moral ni mentor, que fait un adolescent meurtri de la toute-puissance ? La dynamique de groupe et la façon dont elle se fissure sous la pression est finement observée, chacun des trois amis réagissant différemment à la même expérience selon son histoire personnelle. La surveillance et l'omniprésence des caméras dans nos vies sont également des thèmes sous-jacents, le found footage n'étant pas qu'un dispositif formel mais une réflexion sur le rapport à l'image et à l'auto-exposition. Enfin, Chronicle est un film sur la solitude adolescente et l'impossibilité de se faire comprendre, même quand on a le pouvoir de soulever des voitures.
Andrew, totalement dépassé par ses propres pouvoirs et consumé par la colère et la douleur, déclenche une destruction massive au cœur de Seattle avant d'être finalement arrêté par Matt, son cousin, qui doit se résoudre à le tuer pour mettre fin au carnage. La mort d'Andrew n'est pas celle d'un super-méchant vaincu, mais celle d'un enfant brisé qui n'a jamais reçu l'aide dont il avait besoin. Matt part ensuite au Tibet, filmant un dernier message à Andrew, dans un épilogue mélancolique qui refuse le triomphe facile du héros victorieux. La fin de Chronicle est une tragédie pure, qui rappelle que les super-pouvoirs sans amour et sans soutien ne sont qu'une force de destruction.
Le titre Chronicle signifie « chronique » en anglais, terme qui désigne un récit factuel d'événements dans l'ordre chronologique. Il renvoie directement au dispositif du found footage : le film se présente comme la reconstitution des images filmées par les protagonistes eux-mêmes, une chronique brute et subjective de leur expérience. Mais le titre a aussi une résonance historique et épique : une chronique, c'est aussi le récit d'une époque, d'un événement marquant. Chronicle suggère que l'histoire d'Andrew est digne d'être racontée, même si — surtout parce que — elle se termine en tragédie.
Depuis le succès de Chronicle, une suite a été régulièrement évoquée mais n'a jamais abouti, notamment en raison des relations compliquées entre Josh Trank et la Fox après le tournage chaotique de Fantastic Four (2015). Josh Trank a depuis réalisé Capone (2020) avec Tom Hardy, avec un succès mitigé. Dane DeHaan a poursuivi une carrière remarquée, notamment dans The Amazing Spider-Man 2 et Valerian et la Cité des mille planètes. Chronicle reste à ce jour le film le plus abouti de son réalisateur et une œuvre de référence du found footage de super-héros.
Les amateurs de Chronicle apprécieront Akira (1988), sa référence déclarée, pour la même vision d'un adolescent dont les pouvoirs dépassent sa capacité à les contrôler. Carrie (1976) de Brian De Palma explore la même thématique de l'enfant martyrisé qui se venge avec ses pouvoirs. Project Power (2020) et Brightburn (2019) reprennent des thèmes similaires dans des registres différents. Cloverfield (2008) partage le format found footage et la même façon de filmer une catastrophe de l'intérieur, à hauteur d'homme.