Dans un poulailler anglais des années 1950 géré d'une main de fer par l'impitoyable Mrs. Tweedy, Ginger la poule rêve d'évasion et mène ses compagnes dans des tentatives d'évasion répétées qui échouent toutes lamentablement. L'arrivée de Rocky, un coq américain fanfaron prétendant être capable de voler, semble enfin offrir la solution miracle : si les poules apprennent à voler, elles pourront s'échapper avant que la sinistre Mme Tweedy ne les transforme toutes en tourtes à la viande. Un chef-d'œuvre d'animation en pâte à modeler signé Aardman, drôle, inventif et bourré de références cinématographiques, qui conquiert aussi bien les enfants que les adultes.
Chicken Run est né de la collaboration entre Peter Lord et Nick Park, fondateurs du studio Aardman Animations, qui avaient acquis une renommée internationale grâce aux aventures de Wallace et Gromit. L'idée d'un film de grande évasion centré sur des poules était issue d'une suggestion de Nick Park, qui s'était demandé ce que les poules pensaient de leur condition et si elles ne rêvaient pas d'en sortir. Le projet s'inscrivait dans la tradition des grands films d'évasion de prisonniers de guerre — La Grande Évasion de John Sturges étant la référence principale revendiquée par les réalisateurs — mais transposait ce genre dans l'univers décalé et potache de l'animation en pâte à modeler. Aardman souhaitait réaliser son premier long métrage en conservant la technique artisanale qui avait fait sa réputation, la stop-motion en plastiline, malgré les défis techniques considérables que cette décision imposait à l'échelle d'un long métrage. Le partenariat avec DreamWorks Animation pour la distribution américaine a permis de donner au film les moyens nécessaires à son ambition, tout en préservant l'identité artistique distinctement britannique d'Aardman.
Résumé des critiques professionnelles : Chicken Run a reçu un accueil critique triomphal, les journalistes du monde entier saluant un film d'animation qui réussissait le tour de force de plaire simultanément aux enfants et aux adultes, à travers deux niveaux de lecture parfaitement imbriqués. La qualité technique de l'animation en pâte à modeler, la richesse des références cinématographiques adultes et la profondeur inattendue des personnages ont été unanimement appréciées. Beaucoup de critiques ont qualifié le film de chef-d'œuvre d'animation, plaçant Aardman aux côtés de Pixar dans le panthéon du meilleur cinéma d'animation occidental.
Réception du public : Le public a plébiscité le film dans le monde entier, Chicken Run devenant à sa sortie le film d'animation en stop-motion le plus rentable de l'histoire. Les enfants ont adoré les aventures des poules courageuses, tandis que les adultes ont apprécié les références à La Grande Évasion et l'humour britannique décalé qui traversait le film. Le film a généré un engouement populaire extraordinaire et des recettes dépassant toutes les projections.
Récompenses obtenues : Chicken Run a été nommé aux Golden Globes dans la catégorie meilleur film d'animation et a remporté de nombreux prix dans les cercles de critiques et les festivals d'animation. Il a contribué à faire reconnaître l'animation en stop-motion comme un art à part entière méritant la même considération que l'animation traditionnelle ou numérique.
Inspirations du réalisateur : Peter Lord et Nick Park ont regardé de nombreuses fois La Grande Évasion de John Sturges (1963) pendant la préparation du film, cherchant à en décrypter les codes pour mieux les transposer dans leur univers de basse-cour. Ils avaient également en tête les films de prison britanniques des années 1950, dont le ton flegmatique et l'humour pince-sans-rire correspondaient parfaitement à l'identité qu'ils voulaient donner au film.
Difficultés de production : Réaliser un long métrage en stop-motion avec des décors aussi complexes et un casting de personnages aussi nombreux représentait un défi de production sans précédent pour Aardman. La technique impose de manipuler les personnages image par image, ce qui signifie qu'une seconde de film nécessite 24 manipulations. L'ensemble du film, qui dure environ quatre-vingt-dix minutes, a nécessité des années de travail minutieux de l'équipe entière.
Anecdote sur une scène particulière : La séquence finale de l'évasion en machine volante a été la plus longue et la plus complexe à réaliser, nécessitant des mois de travail pour coordonner les mouvements de nombreux personnages dans un décor en constante évolution. Les équipes ont dû développer des solutions techniques innovantes pour simuler la sensation de mouvement et de vitesse dans un médium dont la nature même est la lenteur.
Casting initialement prévu : Le rôle de Rocky, le coq américain, a finalement été confié à Mel Gibson pour la version anglaise, ce qui ajoutait une touche d'auto-dérision bienvenue étant donné la réputation de l'acteur pour les films d'action. D'autres acteurs américains avaient été envisagés pour ce rôle clé qui devait incarner l'Amérique vue par les Britanniques.
Chicken Run est une fable sur la liberté et sur le droit de toute créature à déterminer son propre destin plutôt que de se soumettre à la logique économique qui la réduit à une ressource exploitable. La métaphore du poulailler comme camp de prisonniers est explicite et volontaire : les poules représentent tous les êtres qui vivent sous une domination qu'ils n'ont pas choisie et rêvent d'en sortir. La solidarité collective comme condition nécessaire de la libération est au cœur du film : l'évasion ne peut réussir que si toutes les poules y participent, aucune ne pouvant s'en sortir seule. Le film questionne également les idées reçues sur la capacité des "faibles" à se libérer de la domination des "forts" — les poules, réputées stupides, font preuve d'une ingéniosité et d'un courage qui démentent tous les préjugés. La critique de la production industrielle des animaux est subtilement présente, le projet de transformer les poules en tourtes à la viande fonctionnant comme une métaphore transparente de l'agriculture industrielle.
L'évasion réussie des poules et leur installation dans une réserve naturelle à l'abri de toute exploitation humaine constitue un dénouement utopique et réjouissant, fidèle à l'esprit d'un film qui n'a jamais caché son parti pris pour la liberté des opprimés contre les oppresseurs. La défaite de Mme Tweedy est aussi celle d'un certain modèle économique qui considère les animaux comme de simples marchandises. Rocky, qui avait prétendu savoir voler, est finalement le personnage qui apprend la leçon la plus importante : ce ne sont pas les héros individuels qui permettent la libération collective, mais la force du groupe réuni autour d'un idéal commun.
Chicken Run — La Grande Évasion des Poulets — joue sur plusieurs niveaux : "chicken run" désigne littéralement l'enclos des poules, mais "run" signifie aussi "fuite", "course" — ce qui crée immédiatement une tension entre la cage et l'évasion. En anglais, "chicken" signifie également "poltron", ce qui ajoute une ironie supplémentaire : le film parle de poules — traditionnellement associées à la peur — qui font preuve d'un courage extraordinaire. Ce titre est donc un programme à lui seul : des créatures supposément peureuses qui vont accomplir quelque chose d'audacieux.
Chicken Run reste l'un des films d'animation les plus aimés de son époque, régulièrement cité dans les classements des meilleurs films d'animation de l'histoire. Netflix a produit une suite, Chicken Run : La Menace Nuggets (2023), qui a permis à une nouvelle génération de spectateurs de découvrir l'univers d'Aardman. Le studio Aardman, qui continue de produire des films et des séries en stop-motion avec la même philosophie artisanale, est aujourd'hui reconnu comme l'un des studios d'animation les plus créatifs et les plus cohérents au monde.
La Grande Évasion de John Sturges (1963) est la référence revendiquée du film, à regarder impérativement pour apprécier pleinement toutes les clins d'œil que lui adresse Chicken Run. Les aventures de Wallace et Gromit d'Aardman constituent le corpus artistique dont ce film est issu et méritent d'être visionnées pour comprendre l'univers de leurs créateurs. Toy Story de Pixar (1995) partage la même ambition de créer un film d'animation qui parle aux enfants et aux adultes avec la même intelligence. Babe de Chris Noonan (1995) explore des thèmes similaires de solidarité animale et de résistance à l'exploitation. Enfin, Fantastic Mr. Fox de Wes Anderson (2009) appartient à la même tradition du film en stop-motion pour toute la famille avec des niveaux de lecture multiples.