Alicia Ricosi est une grande créatrice de mode adulée du monde entier, mais une rupture sentimentale retentissante l'a plongée dans une panne d'inspiration totale à quelques semaines des collections. Sa directrice froide et calculatrice, Hélène Birk, se lance alors dans une opération sauvetage inattendue : recruter par casting un homme capable de redonner le goût de créer à la diva. C'est finalement Julien, un paysagiste breton aussi rustique qu'attachant, qui va tout chambouler — et peut-être redonner à Hélène elle-même une leçon sur ce qui compte vraiment dans la vie.
Chic ! est né de l'envie de Jérôme Cornuau de s'attaquer à une comédie romantique ancrée dans le monde de la haute couture, un univers qu'il souhaitait montrer sans caricature excessive mais en révélant ce qu'il peut avoir de déshumanisant. Le réalisateur a comparé son film à la fable de La Fontaine «Le Rat de ville et le rat des champs», voulant opposer le monde du luxe et du clinquant à la simplicité rurale bretonne. Le scénario, écrit par Jean-Paul Bathany, s'inscrit dans la tradition de la comédie de caractères à la française, jouant sur la confrontation entre des personnages aux univers radicalement opposés. La Bretagne, choisie pour les décors naturels représentant le monde de Julien, a offert un contrepoint visuel saisissant aux intérieurs feutrés de la maison de couture. Cornuau voulait avant tout éviter de tomber dans le cliché du film de mode superficiel, préférant creuser les relations humaines derrière le vernis du luxe.
Résumé des critiques professionnelles : Chic ! a reçu un accueil globalement positif de la critique, qui a unanimement salué la performance de Fanny Ardant, jugée charnelle, libre et drôle dans un rôle taillé sur mesure. La satire du milieu de la mode a été jugée efficace sans être trop appuyée, et l'ensemble a été qualifié de comédie légère et parfois déjantée, aux acteurs tous excellents. Certains ont néanmoins pointé un rythme inégal et des ficelles scénaristiques prévisibles.
Réception du public : Le public a globalement suivi, sensible au charme du duo Ardant/Hands et à l'humour décalé qui traverse le film. Les spectateurs ont apprécié la peinture sans complaisance du monde de la mode et les situations cocasses engendrées par l'irruption du Breton Julien dans ce milieu guindé. Le film a constitué une agréable surprise pour beaucoup, qui ne s'attendaient pas à une comédie aussi enlevée.
Inspirations du réalisateur : Jérôme Cornuau a voulu explorer le contraste entre deux univers : la haute couture parisienne, monde de l'apparence et de la performance, et la Bretagne rurale, espace de l'authenticité et du concret. Cette dialectique ville/campagne, luxe/simplicité, était au cœur de son ambition créatrice pour le film.
Difficultés de production : Le tournage s'est en partie déroulé dans plusieurs petites villes de Bretagne — à Trédrez-Locquémeau, Tonquédec, aux Sept-Saints et à Perros-Guirec —, ce qui a impliqué une logistique complexe pour faire voyager toute l'équipe du film entre Paris et ces locations bretonnes.
Chic ! interroge avec légèreté la superficialité du monde du luxe et de la mode, montrant comment la recherche permanente de l'inspiration et de la perfection peut vider les relations humaines de leur substance. Le film pose aussi la question de l'authenticité contre l'artifice : face à un milieu où l'apparence prime sur tout, l'irruption d'un homme simple et sincère agit comme un révélateur. La comédie romantique sous-tend l'ensemble, avec ses codes bien rodés — la rencontre improbable, les malentendus, la transformation des personnages — mais le film les traite avec une élégance et une distance teintée d'ironie. La libération personnelle est aussi au cœur du récit : Hélène, personnage en apparence dur et calculateur, apprend au contact de Julien à s'autoriser la vulnérabilité.
La fin de Chic ! réconcilie les tensions du film autour d'une double transformation. Alicia retrouve l'inspiration créatrice, et la collection qu'elle présente en clôture devient le symbole de sa renaissance artistique et sentimentale. Mais c'est peut-être Hélène qui connaît le vrai arc de la fin : cette femme froide et professionnelle, qui n'avait jusqu'alors vécu que pour son travail, s'ouvre à quelque chose de plus grand. Le film affirme que la beauté authentique — qu'elle soit dans la mode ou dans la vie — ne peut naître que d'une expérience humaine vraie, et non d'une quête forcée et calculée.
Chic ! est un titre à double lecture. Au premier degré, il renvoie au monde de la haute couture et du style vestimentaire, univers central du film. Mais il fonctionne aussi comme une exclamation ironique, un commentaire en creux sur cette élégance de façade qui masque souvent un vide profond. Le point d'exclamation accentue cette ambivalence : «chic !» peut exprimer l'admiration autant que la moquerie narquoise face à des codes sociaux artificiels.
Chic ! reste une comédie emblématique dans la filmographie de Jérôme Cornuau, confirmant sa capacité à diriger de grandes actrices dans des rôles de femmes de caractère. Fanny Ardant, à qui le film offre un rôle particulièrement jubilatoire, a largement contribué au succès critique du film. Il est disponible en VOD sur les plateformes françaises.
Chic ! rappelle inévitablement Le Diable s'habille en Prada (2006) de David Frankel, autre plongée caustique dans les coulisses de la mode. Prêt-à-Porter (1994) de Robert Altman explore lui aussi avec ironie le monde de la haute couture parisienne. Pour la comédie romantique à la française avec un duo féminin fort, Mademoiselle Chambon (2009) ou La Vérité ou presque (2007) offrent des registres proches. Enfin, Populaire (2012) de Régis Roinsard partage ce même goût pour les comédies rétro élégantes portées par des acteurs charismatiques.