En janvier 1971, la star hollywoodienne Steve McQueen traverse une mauvaise passe après l'accueil tiède réservé au film Le Mans. Après une confrontation avec son agent, il accepte de choisir son prochain projet à une condition: retrouver la mythique Ford Mustang GT390 qu'il conduisait dans Bullitt. Ce périple à travers le désert et jusqu'à Los Angeles devient le prétexte à un retour sur ses triomphes et ses échecs. Entre un mariage qui se délite, des séances de thérapie et une carrière vacillante, le film dresse le portrait intime d'un homme derrière la légende.
Chasing Bullitt n'est pas l'adaptation d'un roman mais une fiction biographique originale écrite, produite et réalisée par Joe Eddy, cinéaste indépendant passionné par la figure de Steve McQueen. L'idée du film est née de la fascination du réalisateur pour l'un des objets les plus mythiques du cinéma américain: la Ford Mustang GT390 utilisée dans le film culte Bullitt en 1968. Eddy s'est notamment inspiré d'anecdotes bien réelles autour de cette voiture, comme celle du carrossier Lee Brown qui avait un temps récupéré les deux Mustang accidentées après le tournage. Plutôt que de proposer un biopic classique et chronologique, le réalisateur a choisi de resserrer son récit sur une période precise, janvier 1971, pour explorer la psychologie de McQueen à un moment charnière de sa vie. Le projet s'inscrit dans la veine des biopics à petit budget qui misent sur la ressemblance physique de leur acteur principal plutôt que sur la notoriété du casting. Andre Brooks a ainsi été choisi avant tout pour sa capacité à incarner la gestuelle, la voix et le regard si particuliers de l'acteur du King of Cool. Eddy voulait aussi interroger la solitude des stars, ce moment où la gloire ne suffit plus à combler un vide intérieur. Le tournage, mené avec des moyens limités, a cherché à compenser le manque de budget par un soin apporté aux décors d'époque et aux lieux emblématiques du désert californien.
Les critiques professionnelles ont majoritairement souligné le contraste entre l'ambition du projet et ses moyens réduits, saluant la performance d'Andre Brooks tout en pointant une mise en scène parfois académique. Plusieurs observateurs ont noté que le choix musical du film, jugé trop contemporain, nuisait à l'immersion dans les années 1970. Le scénario a été perçu comme plus ambitieux qu'une simple chasse à la voiture, bien que certains aient regretté un rythme inégal sur la durée du film. Le public, en particulier les amateurs inconditionnels de Steve McQueen, a réservé un accueil chaleureux au long-métrage, saluant la ressemblance frappante de l'acteur principal avec son modèle. De nombreux spectateurs ont exprimé leur enthousiasme sur les plateformes de streaming, évoquant une redécouverte touchante de l'homme derrière l'icône. D'autres, moins familiers avec la carrière de McQueen, se sont montrés plus circonspects face à un rythme jugé lent et une narration fragmentée. Le film a surtout trouvé son public parmi les cinéphiles nostalgiques et les passionnés d'automobiles anciennes.
Joe Eddy a puisé son inspiration dans les nombreuses biographies consacrées à Steve McQueen, en particulier les ouvrages qui détaillent son amour inconditionnel pour les voitures et les motos. Le réalisateur souhaitait avant tout capturer l'âme tourmentée de l'acteur plutôt que de livrer une simple reconstitution factuelle de sa vie. Le tournage s'est heurté aux contraintes classiques d'une production indépendante, avec un temps de tournage resserré et un budget limité qui a obligé l'équipe à multiplier les astuces pour recréer l'atmosphère du désert californien des années 1970. Plusieurs séquences ont dû être repensées pour s'adapter aux lieux de tournage disponibles. Andre Brooks a longuement travaillé sa gestuelle et son phrasé pour se rapprocher au plus près de l'icône qu'il incarnait, allant jusqu'à visionner des heures d'archives filmées de Steve McQueen. Cette préparation minutieuse a été unanimement saluée, y compris par les spectateurs les plus critiques envers le film. Le choix du casting a longtemps hésité entre plusieurs acteurs capables de rappeler physiquement McQueen, avant qu'Andre Brooks ne s'impose comme une évidence auprès du réalisateur.
Chasing Bullitt explore avant tout la solitude qui peut se cacher derrière la célébrité, montrant qu'un immense succès public ne protège pas des doutes intimes. Le film interroge la difficulté de vieillir dans un milieu obsédé par l'image et la jeunesse, thème incarné par un McQueen en pleine remise en question de sa carrière. La quête de la Mustang GT390 fonctionne comme une métaphore de la recherche d'un sens perdu, une tentative de renouer avec une période plus heureuse. Le récit aborde également les tensions conjugales et la difficulté de concilier vie de couple et exigences d'une carrière artistique dévorante. La thérapie, encore taboue à l'époque pour un homme viril comme McQueen, est montrée comme un outil de introspection nécessaire mais inconfortable. Le film questionne enfin le poids des attentes du public sur une star, contrainte de perpétuer une image qui ne lui correspond plus totalement.
Le film se termine sans que Steve McQueen ne retrouve réellement la voiture qu'il recherchait depuis le début, un choix scénaristique assumé par Joe Eddy pour souligner que la quête elle-même importait davantage que son aboutissement. Cette fin en creux reflète la réalité historique: McQueen n'a effectivement jamais réussi à remettre la main sur les Mustang du tournage de Bullitt avant sa mort en 1980. Le voyage à travers le désert lui aura toutefois permis de se reconnecter à ses souvenirs et d'amorcer une forme de paix intérieure avec son passé. La dernière scène, plus apaisée, suggère que McQueen accepte enfin de vivre avec ses failles plutôt que de chercher à les fuir constamment. Ce dénouement ouvert invite le spectateur à réfléchir sur la nature même de l'obsession et sur ce que l'on poursuit réellement lorsqu'on croit chercher un objet précis.
Le titre Chasing Bullitt fait directement référence à la traque de la voiture emblématique du film Bullitt sorti en 1968, dans lequel Steve McQueen incarnait un policier de San Francisco. Le mot "chasing", qui signifie "pourchasser" en anglais, renvoie autant à la course-poursuite automobile mythique du film original qu'à la quête personnelle du personnage dans ce long-métrage. Il évoque aussi la manière dont McQueen semble ici poursuivi par son propre passé et par l'image publique qu'il a lui-même contribué à façonner. Le titre joue ainsi sur une double lecture, entre hommage cinéphile à un classique et métaphore de la fuite en avant d'un homme en quête de repères.
Depuis sa sortie, Chasing Bullitt continue de circuler principalement sur les plateformes de location et d'achat numérique, porté par la communauté toujours active des passionnés de Steve McQueen et de voitures de collection.
Les spectateurs à la recherche d'œuvres similaires pourront se tourner vers Le Mans 66 pour son exploration du monde automobile et de la passion des courses, ou vers Rocketman et Bohemian Rhapsody pour leur manière de dépeindre les zones d'ombre de célébrités adulées par le public.