Charlie Mortdecai est un marchand d'art excentrique et aristocrate britannique, criblé de dettes et affublé d'une moustache qu'il chérit plus que tout au monde, au grand dam de son épouse. Mêlé malgré lui à une enquête internationale concernant un tableau de Goya volé qui dissimulerait un compte bancaire secret nazi, il se retrouve ballotté entre espions, gangsters et collectionneurs sans scrupules. Accompagné de son fidèle et redoutable manservant Jock, Charlie va devoir faire preuve d'une ingéniosité qu'on ne lui soupçonnait pas pour se sortir de ce guêpier avec sa peau et sa moustache intactes.
Le film est l'adaptation du roman Don't Point That Thing at Me (1973) de Kyril Bonfiglioli, premier volet d'une série de romans humoristiques mettant en scène le personnage de Charlie Mortdecai, un marchand d'art et gentleman-cambrioleur à la fois lâche et attachant. L'acteur Johnny Depp, grand fan des romans de Bonfiglioli, a été le moteur principal du projet, acquérant lui-même les droits d'adaptation et développant le film pendant plusieurs années. David Koepp, scénariste chevronné d'Indiana Jones et de Jurassic Park notamment, a été choisi pour réaliser ce qu'on espérait être le début d'une nouvelle franchise comique. Le projet ambitionnait de retrouver l'esprit des grandes comédies d'espionnage britanniques des années 1960, en particulier la saga The Pink Panther, avec un héros inadapté mais irrésistible au centre de l'histoire.
Résumé des critiques professionnelles : Le film a été accueilli très fraîchement par la critique, qui a reproché au film d'être trop étiré, trop complaisant envers les excentricités de son acteur principal et dépourvu du rythme nécessaire à une comédie d'action. Johnny Depp, dont le jeu très outré semblait convenir parfaitement au personnage sur le papier, a été jugé épuisant à regarder par de nombreux journalistes. Sur Rotten Tomatoes, le film n'a récolté que 12 % d'avis favorables, en faisant l'un des échecs critiques de l'année.
Réception du public : Le box-office a été catastrophique : avec seulement 14 millions de dollars rapportés dans le monde pour un budget estimé à 60 millions, Charlie Mortdecai est l'un des plus gros échecs commerciaux de la carrière de Johnny Depp. La star, pourtant au sommet de sa popularité avec Pirates des Caraïbes, n'a pas réussi à convaincre son public de rejoindre ce nouveau personnage. Le film est sorti dans une relative indifférence et a rapidement disparu des salles.
Récompenses obtenues : Le film a été nommé aux Razzie Awards dans plusieurs catégories, dont Pire Acteur pour Johnny Depp, venant s'ajouter à une série de revers commerciaux qui amorçait une période difficile dans la carrière de l'acteur.
Inspirations du réalisateur : David Koepp a confié s'être inspiré des comédies britanniques des années 1960 et des films de la série Carry On pour construire l'atmosphère du film, cherchant un humour à la fois absurde et policé qui correspondrait à la nature aristocratique de Mortdecai. Il souhaitait que le film ait le rythme et l'élégance d'une comédie d'époque, transposée dans un contexte contemporain.
Difficultés de production : L'un des défis du film a été de calibrer le niveau d'excentricité du jeu de Johnny Depp, qui avait une vision très précise et très marquée du personnage. Certains membres de l'équipe auraient souhaité un jeu plus retenu, mais Depp, fort de son statut de producteur et de moteur du projet, a maintenu son interprétation très stylisée jusqu'au bout.
Casting initialement prévu : Johnny Depp étant à l'origine du projet, son implication n'a jamais été remise en question. En revanche, le choix de Gwyneth Paltrow pour le rôle de Lady Mortdecai a été salué comme judicieux, l'actrice apportant une élégance et un second degré bienvenus dans un film qui en avait besoin.
Charlie Mortdecai explore avec légèreté le thème de l'aristocratie britannique déclassée, ce monde de gentlemen qui conservent les apparences malgré des finances désastreuses. L'humour repose largement sur le contraste entre la grandeur des prétentions de Mortdecai et la médiocrité de ses moyens réels. Le film aborde aussi le monde de l'art comme univers de mensonges et de faux-semblants, où chaque tableau peut cacher une histoire trouble. La relation conjugale entre Charlie et sa femme Johanna est un fil comique récurrent, leur amour résistant à toutes les épreuves avec une complicité digne des meilleures comédies screwball. La moustache, objet de toutes les attentions de Charlie et de tous les dégoûts de Johanna, devient une métaphore de l'ego masculin et de ses ridicules.
Charlie parvient finalement à démêler l'affaire du Goya, à récupérer ses précieux biens et à sauver sa peau dans un dénouement qui mêle retournements de situation et réconciliation conjugale. La moustache, menacée tout au long du film, survit elle aussi, symbole de la résistance de Charlie à un monde qui voulait le voir ravalé au rang de simple mortel. La fin est celle attendue d'une comédie d'aventure : le héros s'en sort, légèrement enrichi et toujours aussi inconscient de sa propre chance.
Le titre Charlie Mortdecai est simplement le nom complet du personnage principal, un choix qui affirme d'emblée que le film est avant tout un véhicule pour ce personnage hors du commun. Le prénom Charlie a quelque chose de populaire et d'accessible qui contraste avec le nom de famille Mortdecai, d'inspiration française (mort + croix), qui lui confère une sonorité à la fois noble et légèrement macabre. Ce contraste entre le prénom commun et le patronyme aristocratique résume à lui seul la nature du personnage : un homme qui se prend pour un grand seigneur mais reste fondamentalement un homme comme les autres.
L'échec de Charlie Mortdecai a mis un coup d'arrêt définitif aux espoirs de franchise. David Koepp a poursuivi sa carrière de scénariste et de réalisateur avec d'autres projets. Johnny Depp, dont la carrière a traversé une période très difficile au cours des années suivantes, n'a pas retrouvé le succès commercial de ses grandes années. Le film reste aujourd'hui un exemple souvent cité des projets portés par la seule passion d'une star, sans le soutien d'un scénario et d'une réalisation à la hauteur de ses ambitions.
Pour retrouver l'esprit de comédie d'aventure britannique à l'ancienne, The Pink Panther avec Peter Sellers reste la référence absolue du genre. Le Limier (1972) de Joseph L. Mankiewicz offre une autre déclinaison du gentleman britannique dans un registre plus sombre. Kingsman : Services Secrets (2015), sorti la même année, a réussi avec bien plus de brio à moderniser les codes de l'espionnage britannique avec humour. Pour un Johnny Depp dans un registre similaire d'excentricité, Ed Wood (1994) de Tim Burton ou Donnie Brasco (1997) offrent des performances bien plus abouties.