Le film retrace la relation passionnée et tumultueuse entre le peintre Paul Cézanne et l'écrivain Émile Zola, deux génies de l'art français du dix-neuvième siècle. Amis depuis l'enfance passée sur les bancs de l'école à Aix-en-Provence, ils partagent les mêmes rêves de gloire, de création et de liberté à Paris. Alors que Zola accède rapidement à la richesse et à la reconnaissance publique en décrivant la société de son temps, Cézanne reste incompris, marginal et hanté par le doute. Malgré les rancœurs, les rivalités amoureuses et les trajectoires opposées, leur lien fraternel résiste tant bien que mal aux épreuves du temps.
Cette grande fresque historique et intimiste est directement inspirée de la correspondance réelle et de la vie des deux immenses artistes français. La réalisatrice Danièle Thompson a eu l'idée originelle du projet en se plongeant dans les lettres passionnées que s'envoyaient les deux hommes tout au long de leur existence. L'inspiration est venue de la complexité de cette amitié, souvent jalonnée de malentendus cruels et d'une admiration mutuelle indéfectible. Thompson voulait comprendre comment deux jeunes garçons d'Aix-en-Provence, partis de rien, avaient pu bouleverser l'histoire de la littérature et de la peinture contemporaine. Elle s'est longuement documentée auprès d'historiens de l'art pour restituer fidèlement l'ambiance des ateliers parisiens et la rigueur du travail de création. Le script a été conçu pour mettre en avant le contraste saisissant entre la réussite sociale bourgeoise de Zola et la misère obsessionnelle de Cézanne. La préparation a nécessité plusieurs années d'écriture pour équilibrer la vérité historique et l'élan romanesque nécessaire au cinéma.
La presse professionnelle a salué l'élégance de la reconstitution historique et la beauté plastique des paysages provençaux qui rappellent les toiles du maître. Les critiques ont particulièrement applaudi le face-à-face intense entre Guillaume Canet et Guillaume Gallienne, qui habitent leurs rôles avec une force dramatique remarquable. Quelques journalistes ont toutefois regretté une narration parfois trop académique et un montage alterné entre les époques qui brise le rythme du récit. Du côté du public, les amateurs d'histoire et de peinture ont répondu présent, touchés par la mélancolie de cette amitié contrariée. Les retours ont mis en avant la qualité des dialogues ciselés et la justesse des décors du dix-neuvième siècle. Le film a réalisé un score honorable au box-office français et a été chaleureuseusement accueilli dans plusieurs festivals internationaux dédiés aux films d'époque.
La cinéaste s'est inspirée de la lumière naturelle de la Provence et des véritables tableaux de Cézanne pour composer la charte chromatique de ses plans. Le tournage s'est déroulé en grande partie sur les lieux réels de leur histoire, notamment à Aix-en-Provence et au pied de la célèbre montagne Sainte-Victoire. Une anecdote de tournage rapporte que Guillaume Gallienne a dû apprendre à peindre avec les gestes exacts de Cézanne grâce aux conseils avisés d'un artiste peintre professionnel sur le plateau. Les difficultés de production concernaient principalement la météo capricieuse qui changeait brusquement les ombres et les lumières si chères au travail pictural reconstitué à l'écran. Pour le casting initialement prévu, le duo de comédiens principaux s'est imposé très tôt comme une évidence absolue dans l'esprit de la production.
Le long-métrage explore les thèmes de l'amitié fraternelle à l'épreuve du succès, de la rivalité créative et de la solitude de l'artiste incompris. Il traite également de la fracture sociale entre bourgeoisie et marginalité, du deuil des illusions de jeunesse et du sacrifice de la vie privée au profit de l'art.
La conclusion du film met en scène l'ultime rupture douloureuse entre les deux hommes après la publication du roman « L'Œuvre » de Zola, dans lequel Cézanne se sent cruellement caricaturé en peintre raté et suicidaire. Le dénouement montre la solitude finale de Cézanne dans son atelier d'Aix, continuant à peindre frénétiquement malgré le deuil de son amitié de jeunesse. La scène finale suggère que malgré la distance, les reproches et la mort d'Émile Zola, leur lien spirituel reste gravé à jamais dans l'histoire à travers leurs œuvres respectives. C'est une fin amère et poignante qui consacre l'immortalité de leur création artistique au détriment de leur bonheur terrestre.
Le titre met en avant l'équilibre fragile de cette relation fusionnelle, plaçant sur un pied d'égalité le peintre de génie et la réalisatrice qui se fait le témoin de son intimité.
Le film est régulièrement projeté dans les musées et les institutions culturelles lors d'expositions temporaires consacrées à l'impressionnisme ou à l'œuvre d'Émile Zola.
On peut rapprocher ce biopic d'autres fresques historiques explorant les relations complexes entre artistes majeurs comme « Van Gogh » de Maurice Pialat ou « Camille Claudel ».