Léon, dix ans, vit dans la banlieue de Montréal au début des années 1970. Sa mère, éprise de liberté et en quête d'autre chose, part vivre en Grèce, laissant Léon et son frère aîné avec leur père. Seul et blessé par cet abandon, Léon réagit comme il peut — par le mensonge, la destruction, le mensonge à nouveau — développant une imagination débordante et une philosophie du monde à nulle autre pareille. Philippe Falardeau signe une comédie tendre et parfois déchirante sur l'enfance, le deuil de l'innocence et les façons très personnelles qu'ont les enfants de survivre à la douleur des adultes.
C'est pas moi, je le jure! est l'adaptation du roman autobiographique C'est pas moi, je le jure! de Bruno Hébert, publié en 1999 et salué comme l'un des textes les plus originaux de la littérature québécoise contemporaine. Hébert y racontait avec humour et désespoir son enfance dans la banlieue de Montréal, l'abandon maternel et les stratégies de survie d'un enfant livré à lui-même et à une imagination hors normes. Philippe Falardeau, qui avait signé le documentaire Monsieur Lazhar avant de se lancer dans la fiction, a été conquis par la voix particulière du roman — entre le rire et la douleur — et par la façon dont Hébert parlait de l'enfance sans romantisme ni misérabilisme. L'adaptation a été développée en étroite collaboration avec Bruno Hébert lui-même, qui a co-écrit le scénario avec Falardeau, garantissant une fidélité à l'esprit autobiographique du livre tout en trouvant les équivalents cinématographiques de la voix narrative du roman. Le film a été tourné au Québec dans des décors qui reconstituaient la banlieue montréalaise du début des années 1970, avec un soin particulier apporté aux détails d'époque. La recherche du jeune acteur qui interpréterait Léon a été longue et minutieuse — le film reposait entièrement sur la capacité de cet enfant à incarner une complexité émotionnelle et comique peu commune.
Résumé des critiques professionnelles : La critique québécoise et internationale a très bien accueilli le film, saluant la justesse du ton, la performance exceptionnelle du jeune Gabriel Pelletier dans le rôle de Léon, et la façon dont Falardeau parvenait à équilibrer l'humour et l'émotion sans jamais verser dans la sentimentalité. Plusieurs critiques ont comparé le film aux grandes œuvres du cinéma sur l'enfance, citant notamment Les 400 coups de Truffaut comme référence évidente sans pour autant réduire le film à une imitation.
Réception du public : Le film a connu un succès significatif au Québec, trouvant un large public sensible à son univers et à son humour très québécois. Il a également été bien reçu dans les festivals internationaux, notamment à la Berlinale où il a été présenté, attirant l'attention sur le cinéma québécois d'auteur dans des marchés peu habitués à ce cinéma.
Récompenses obtenues : Le film a remporté le Jutra du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur pour Gabriel Pelletier lors de la cérémonie des Jutra 2009 — les équivalents québécois des César. Il a également reçu plusieurs prix dans des festivals internationaux.
Inspirations du réalisateur : Philippe Falardeau a cité Les 400 coups de François Truffaut et Le Grand Chemin de Jean-Loup Hubert comme références pour la façon de filmer l'enfance sans la condescendance ni la nostalgie qui guettent les films sur ce sujet. Il voulait que Léon soit un enfant réel, avec ses contradictions, sa cruauté occasionnelle et sa tendresse cachée, plutôt qu'une figure héroïque ou pitoyable.
Difficultés de production : La reconstitution de la banlieue montréalaise du début des années 1970 a demandé un travail minutieux de direction artistique pour effacer les traces des décennies suivantes dans des quartiers encore habitables. La direction du jeune Gabriel Pelletier, pour qui c'était le premier rôle au cinéma, a été un enjeu constant du tournage — Falardeau a développé avec lui une relation de confiance particulière pour que ses réactions restent spontanées et non jouées.
Anecdote sur une scène particulière : La scène dans laquelle Léon détruit méthodiquement la maison de la voisine, une séquence à la fois comique et déchirante, a été tournée en plusieurs jours et a nécessité un dispositif particulier pour que Gabriel Pelletier soit dans l'état émotionnel juste — entre la jubilation de la destruction et la douleur qu'elle cache. Falardeau a laissé l'enfant improviser une grande partie des détails de la scène, qui en a gagné en authenticité.
C'est pas moi, je le jure! explore avec une précision et une tendresse remarquables la façon dont les enfants absorbent et gèrent la douleur des adultes — l'abandon maternel de Léon n'est jamais nommé comme tel, mais toute la violence et l'imagination délirante du personnage sont une réponse à cette douleur fondamentale. Le mensonge et l'invention comme outils de survie psychologique sont au cœur du film — Léon ment, exagère, invente, non par vice mais parce que la réalité est insupportable et que la fiction est plus vivable. La banlieue québécoise des années 1970, avec son conformisme et ses aspirations contrariées, sert de cadre à une réflexion sur l'inadaptation comme forme de liberté. La figure maternelle absente est traitée avec une ambiguïté touchante — Léon aime sa mère et lui en veut simultanément, sans jamais pouvoir choisir entre les deux.
La fin de C'est pas moi, je le jure! est à la fois ouverte et pacifiée : Léon apprend à vivre avec l'absence de sa mère, non pas en la surmontant mais en l'incorporant à sa vision du monde. Le film ne résout pas l'abandon — la mère ne revient pas, le père ne comprend pas vraiment — mais montre que Léon a trouvé, dans son imagination et sa façon singulière d'être au monde, les ressources pour continuer. La dernière scène laisse le personnage en mouvement, toujours vivant, toujours décalé, toujours lui-même.
C'est pas moi, je le jure! est la formule enfantine classique de la dénégation — celle que les enfants emploient systématiquement face à une accusation, même lorsqu'ils sont coupables. Pour Léon, cette phrase est à la fois un cri d'innocence sincère et un aveu de culpabilité — il sait très bien ce qu'il a fait, et il sait aussi que les adultes ne comprendront jamais vraiment pourquoi. Le titre capture parfaitement l'esprit du film : l'enfance comme terrain de l'incompréhension mutuelle et de la négociation permanente avec la réalité.
Philippe Falardeau est depuis devenu l'un des cinéastes québécois les plus reconnus internationalement, notamment grâce à Monsieur Lazhar (2011), nommé aux Oscars du meilleur film en langue étrangère. C'est pas moi, je le jure! reste son œuvre la plus personnelle et est disponible sur les plateformes de streaming québécoises et canadiennes.