Cerise est une adolescente de 14 ans qui en paraît 20 : maquillée à outrance, elle peine à trouver sa place entre son quartier du périphérique parisien et ses rêves de petite fille. Lorsque sa mère, à bout de patience, l'expédie chez son père en Ukraine — un homme qu'elle n'a jamais vraiment connu —, Cerise se retrouve plongée dans une culture radicalement différente de la sienne. Entre révolution politique grondante, découverte d'un père inattendu et premières émotions amoureuses, la jeune fille va peu à peu se révéler à elle-même.
Le scénario de Cerise a une origine surprenante : Jérôme Enrico l'a écrit bien avant son film précédent Paulette, en collaboration avec sa femme ukrainienne Irina Gontchar. Il s'agit donc d'un projet très personnel, nourri par la connaissance intime du réalisateur de la culture et du pays de sa compagne. Ce n'est pas un film de commande ou une adaptation d'œuvre préexistante, mais une histoire originale née de l'envie de confronter deux univers culturels aux antipodes. L'idée de plonger une adolescente parisienne dans l'Ukraine en pleine effervescence politique s'est imposée naturellement, Enrico voulant montrer avec légèreté et bienveillance comment ce choc des cultures peut être vecteur de transformation personnelle. Le déclencheur immédiat a également été la crise ukrainienne de novembre 2013 : la révolution de Maïdan, qui éclate alors que le film était en cours d'écriture, a donné une résonance particulièrement actuelle au projet. Le réalisateur a tenu à traiter ce contexte politique non pas de façon dramatique mais comme une toile de fond qui accélère le parcours initiatique de son héroïne.
Résumé des critiques professionnelles : Cerise a réservé une belle surprise à la critique lors de sa sortie en avril 2015. Nombreux sont ceux qui saluaient un film «frais, joyeux et dépaysant», appréciant sa légèreté assumée et sa façon de mêler comédie adolescente et contexte géopolitique sans jamais se prendre trop au sérieux. Le ton décalé et l'audace narrative d'Enrico ont été soulignés comme des qualités rares dans le paysage de la comédie française. Certains critiques ont cependant pointé un manque de profondeur dans le traitement de la crise ukrainienne, qui reste très en surface.
Réception du public : Le public s'est laissé séduire par la fraîcheur du film et par la performance de Zoé Adjani-Vallat, dont c'était la toute première apparition au cinéma. Les spectateurs ont apprécié la vitalité du personnage de Cerise et le dépaysement offert par les décors ukrainiens, encore peu vus dans le cinéma français. Le film a également bénéficié d'un bouche-à-oreille favorable parmi les adolescents, le personnage principal incarnant avec justesse les contradictions et les élans propres à cet âge.
Inspirations du réalisateur : Jérôme Enrico a été profondément inspiré par sa vie personnelle pour ce film : sa femme ukrainienne Irina Gontchar a co-écrit le scénario avec lui, apportant une connaissance de première main des codes culturels, de la langue et de l'atmosphère ukrainienne. Le réalisateur voulait que le film respire l'authenticité plutôt que de livrer une vision fantasmée de l'Ukraine depuis Paris.
Casting initialement prévu : Le choix de l'actrice principale a relevé du hasard créatif : Jérôme Enrico a découvert Zoé Adjani-Vallat sur Facebook, avant de la contacter directement. Il tenait à lui préciser qu'il l'avait choisie pour son talent, et non pour son lien de parenté avec la grande Isabelle Adjani, dont elle est la nièce. Comme il le soulignait lui-même : «Le charme de Paulette, c'était Bernadette Lafont, le charme de Cerise, c'est Zoé.» Ce premier rôle au cinéma s'est révélé être une révélation.
Cerise s'articule autour du voyage initiatique adolescent, cette période charnière où l'on se cherche sans encore savoir qui l'on est. La confrontation entre deux cultures — le monde urbain et consumériste de la banlieue parisienne face à la chaleur humaine et aux traditions ukrainiennes — constitue le moteur narratif et thématique central. Le film explore aussi la relation père-fille dans ce qu'elle a de plus délicat : renouer avec un inconnu qui est pourtant votre propre sang. La quête identitaire de Cerise passe par la découverte de l'autre, et c'est au contact d'une société en révolution qu'elle va enfin commencer à se comprendre elle-même. Enfin, Cerise porte un regard tendre et sans condescendance sur l'émancipation féminine adolescente, entre séduction maladroite et aspirations sincères.
Au terme de son séjour en Ukraine, Cerise repart transformée. Elle a rencontré son père, découvert une culture vivante et chaleureuse, vécu ses premières émotions amoureuses et, surtout, appris à se regarder autrement. La fin du film ne referme pas le chapitre de sa vie sur une solution miracle, mais sur une conscience nouvelle : Cerise comprend qu'elle est capable de s'adapter, d'aller vers l'autre, et que l'identité se construit dans la rencontre. Le retour implicite vers la France ne signe pas une régression, mais une maturité gagnée — celle d'une jeune fille qui sait désormais d'où elle vient, des deux côtés de l'Europe.
Le prénom Cerise est à lui seul un programme : sucré, rouge, décalé, un brin fantaisiste. Il reflète parfaitement la personnalité du personnage — à la fois mûre et fragile, voyante et secrète. Le titre est également une métaphore de la jeunesse : la cerise est le fruit du printemps, symbole de l'éphémère beauté de l'adolescence. En donnant ce prénom à son héroïne, Enrico joue sur le contraste entre l'image que Cerise projette d'elle-même (une fille qui en paraît vingt) et ce qu'elle est vraiment (une gamine qui rêve encore).
Cerise reste une belle découverte dans la filmographie de Jérôme Enrico, confirmant son talent pour les portraits de personnages atypiques placés dans des situations insolites. Zoé Adjani-Vallat, révélée par ce film, a depuis continué à construire sa carrière au cinéma et à la télévision, confirmant le flair du réalisateur pour dénicher de nouveaux visages. Le film est disponible en VOD sur les principales plateformes françaises.
Les amateurs de Cerise apprécieront Paulette (2012), le film précédent de Jérôme Enrico, qui partage ce même goût pour des personnages décalés confrontés à l'inattendu. Respire (2014) de Mélanie Laurent explore aussi avec finesse le passage à l'âge adulte d'une adolescente. Pour le dépaysement culturel mêlé de comédie légère, L'Auberge espagnole (2002) de Cédric Klapisch reste une référence incontournable. Côté cinéma international, Juno (2007) de Jason Reitman et Lady Bird (2017) de Greta Gerwig touchent aux mêmes thèmes d'émancipation adolescente avec une franchise et une tendresse comparables.