Claire est une enseignante universitaire d'une cinquantaine d'années, divorcée et blessée par la trahison de son jeune amant Ludo. Pour l'espionner sur les réseaux sociaux, elle prend la décision de se créer un faux profil de vingt-quatre ans en utilisant la photo d'une magnifique jeune femme brune. Alex, le meilleur ami de Ludo, tombe sur ce profil virtuel et commence à échanger des messages avec cette mystérieuse Clara. Rapidement, le jeu de séduction virtuel se transforme en une passion amoureuse textuelle addictive et toxique, dont Claire ne peut plus s'échapper.
Ce thriller psychologique et dramatique est l'adaptation cinématographique du célèbre roman éponyme de l'écrivaine française Camille Laurens publié en deux mille seize. L'idée originelle du réalisateur Safy Nebbou était d'explorer l'impact des réseaux sociaux et du virtuel sur la misère affective et le deuil de la jeunesse chez les femmes mûres. L'inspiration est venue de la volonté de traiter l'usurpation d'identité sur internet non pas comme une simple escroquerie, mais comme un vertige romanesque et une quête de réinvention de soi. Le cinéaste a structuré le scénario comme un emboîtement de récits sous forme de confession chez une psychanalyste incarnée par Nicole Garcia. Le projet a été écrit spécifiquement pour Juliette Binoche, dont la sensibilité dramatique pouvait rendre crédible la détresse psychologique de Claire. La production a misé sur une mise en scène élégante et étouffante jouant constamment sur les reflets des écrans.
La presse professionnelle a accueilli le long-métrage avec des critiques très élogieuses lors de sa présentation au Festival de Berlin. Les critiques ont unanimement encensé la prestation vertigineuse de Juliette Binoche, soulignant sa capacité à incarner la fragilité, la sensualité et la folie d'une femme aux abois. De nombreux journalistes ont salué la tension psychologique remarquable maintenue par la mise en scène de Safy Nebbou et le charme magnétique de François Civil. Quelques articles ont néanmoins trouvé les derniers retournements de situation de l'intrigue un peu artificiels par rapport à la première partie du film. Du côté des spectateurs, les retours ont mis en avant le réalisme terrifiant des dérives des rencontres virtuelles et la force dramatique de l'œuvre. Le film a réalisé un beau parcours dans les salles d'art et d'essai européennes.
Le réalisateur s'est inspiré des thrillers paranoïaques classiques d'Alfred Hitchcock comme Vertigo pour filmer l'obsession de la double identité et le vertige amoureux. Le tournage s'est déroulé principalement à Paris dans des décors contemporains épurés, des appartements modernes et des parcs parisiens pour accentuer l'isolement urbain de Claire. Une anecdote de tournage indique que François Civil et Juliette Binoche ont enregistré eux-mêmes toutes les voix de leurs conversations téléphoniques dans des conditions réelles pour préserver l'intimité du dialogue. Les difficultés de production concernaient la mise en image dynamique des conversations textuelles et des messages sur écran sans lasser le spectateur visuellement. Pour le casting, le choix de Nicole Garcia apportait une neutralité clinique essentielle aux scènes de thérapie.
Le long-métrage explore en profondeur les thèmes de l'invisibilité sociale des femmes de plus de cinquante ans, de l'addiction aux réseaux sociaux et du mensonge virtuel comme refuge. Il traite également de la manipulation amoureuse, du deuil de la jeunesse esthétique et des mécanismes psychologiques du transfert psychanalytique.
La conclusion du film bascule dans une tragédie psychologique intense lorsque la réalité rattrape brutalement la fiction cybernétique construite par Claire. Alex, désespéré de ne jamais pouvoir rencontrer la véritable Clara en chair et en os, commet l'irréparable, plongeant Claire dans une culpabilité dévastatrice qui l'amène en maison de repos. Le dénouement révèle que le récit que Claire livre à sa psychiatre comporte plusieurs strates de mensonges et de réécritures romanesques de sa propre vie pour tenter d'échapper à la douleur. La scène finale la montre passer un nouvel appel téléphonique anonyme, suggérant qu'elle est emprisonnée à jamais dans le besoin maladif de se réinventer à travers le regard des hommes. C'est une fin sombre et ambiguë sur l'impossibilité de guérir de ses propres fantômes virtuels.
Le titre joue habilement sur l'ambiguïté des apparences et de la manipulation, désignant à la fois l'illusion dont Alex est victime et les masques que Claire s'impose à elle-même.
Le long-métrage est régulièrement cité lors de débats de société ou de conférences de psychologie portant sur l'impact des nouvelles technologies et des avatars numériques sur la santé mentale.
On peut associer ce drame psychologique moderne à d'autres œuvres explorant les dérives de l'obsession virtuelle et de la double vie comme « Perfect Stranger » ou « Her » de Spike Jonze.